Enquête

Violences conjugales : la part des hommes

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le 6 novembre 2019 Temps de lecture : 6 min.
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Alors que le gouvernement a lancé son Grenelle des violences conjugales et que l’on égrène les féminicides, on s’intéresse finalement assez peu aux hommes qui commettent ces violences. Leur prise en charge est pourtant cruciale, puisque 40 % des assassinats de femmes sont des récidives de violences occultées. À Toulouse, l’Association vivre ses conflits (Avac) tente de combler le retard pris par la France dans le suivi des hommes violents, en bousculant les habitudes et les idées reçues.

En prendre conscience, en parler, lutter contre, est mon parcours. Messieurs, et vous ? », clame la pancarte portée par Bruno, la cinquantaine, lors d’une manifestation #Metoo à Toulouse, fin novembre 2017. Surprenant, courageux même, quand dans le discours dominant, les hommes auteurs de violences n’ont leur place qu’en prison. Le questionnement sur l’origine des violences qui permettrait d’éviter en partie que se répètent les drames est occulté. Il est fait état des assassinats de femmes, mais ces meurtres sont souvent les récidives d’actes violents occultés. Or, les statistiques du centre Clotaire à Saint-Nicolas-lez-Arras montrent que lorsqu’ils suivent un parcours de soins, moins de 8 % des hommes récidivent. Dans le cas contraire, ils sont 40 %.

Des structures existent, qui prennent en charge les hommes auteurs de violences familiales, notamment des groupes de parole. Elles sont 33 sur le territoire, regroupées par la Fédération nationale des associations et des centres de prise en charge d’auteurs de violences conjugales & familiales. En Occitanie, on en trouve deux, dont l’Avac. « En 1995, sa création résultait d’un manque », confie la coordinatrice du projet, Marie-Jacques Bidan, psychologue, psychanalyste, psychothérapeute de la famille et du couple. Les groupes de parole pour les auteurs et les victimes de violences conjugales fonctionnent, eux, depuis 2002.

« Je me bats depuis des années pour faire admettre qu'écouter les hommes auteurs de violences est primordial dans la lutte et la prévention des violences faites aux femmes », insiste-t-elle. « En France, nous sommes terriblement en retard, notamment par rapport à nos voisins européens ou aux Canadiens, dans la reconnaissance de l’utilité de tels suivis. » Au Grenelle, Marlène Schiappa, la secrétaire d’État pour l’égalité entre les femmes et les hommes a fait comprendre aux associations réunies dans la FNACAV, qu’il n’y avait déjà pas assez d’argent pour mettre les femmes1

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