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INTERVIEW

Manu Galure. Sur sa route

PAR Jean COUDERC
Temps de lecture 4 min

Le 21 décembre, Manu Galure bouclera, au théâtre Sorano, son tour de France à pied entamé en 2017. Deux ans passés à marcher le jour et à chanter la nuit, n’importe où et devant n’importe qui. Boudu a devancé son retour pour qu’il nous raconte, en avant-première, les coulisses de cette aventure un peu folle.

Comment vous sentez-vous ?

C’est encore trop tôt pour faire le bilan. Mais ce que je peux dire, c’est que ça a été une belle aventure, ponctuée de supers rencontres. Et que je suis content de l’avoir vécue. C’était assez agréable à faire.

Vous en doutiez ?

Non, pas vraiment. Il y a bien eu des matins où j’ai eu la flemme de marcher et des soirs où je n’ai pas eu envie de chanter. Mais comme tout le monde ! Qui ne ressent pas, par moment, une certaine lassitude dans son travail ? Mais mon métier, au cours de ces deux dernières années, a été de marcher le matin et de chanter le soir. Il y a pire ! Et puis j’ai trouvé tous les jours une bonne raison d’être là où j’étais.

Comment avez-vous vécu le fait d’être sur la route si longtemps ?

Comme n’importe quel chanteur ou routier. Bien sûr que l’on a parfois envie de rentrer. En même temps, je sais très bien qu’au bout de trois semaines, je m’emmerde chez moi. Au fond, plus que son chez soi, ce sont les copains et la famille qui manquent. 

Quel est le bilan « chiffré » de ce tour de France ?

Quelque chose comme 10 000 kilomètres à pied pour
350 concerts. Vu que je n’ai quasiment pas joué pendant les deux étés, et que je me suis accordé quelques vacances, cela fait une moyenne de quatre à cinq concerts par semaine.

Où vous êtes-vous produit ?

Partout ! C’était d’ailleurs l’objectif de départ : aller jouer dans des endroits où je n’aurais pas pu jouer dans une tournée classique. Du coup, j’ai joué dans des salles de spectacle, bien sûr, mais aussi chez des gens, dans des restaurants, chez un vigneron, un fleuriste, dans un hôpital psychiatrique, sur une péniche, sous un chapiteau, dans un Ehpad, une école, une grotte et même une prison.

Quel est le moment le plus fort de cette tournée ?

C’est impossible de répondre à cette question. Jouer dans un squat, une prison, une grotte, sous un pont, c’est à chaque fois une expérience unique. La tournée était faite pour générer des moments improbables, des situations incongrues. Donc ce ne serait pas sympa de ressortir un moment plutôt qu’un autre. J’ai eu la chance de jouer dans beaucoup d’endroits formidables.

Et les publics ?

Eux aussi étaient très différents. L’interrogation initiale était de savoir si j’allais être capable de chanter n’importe où devant n’importe qui. Je peux dire que cela a été une réussite, notamment grâce à la compréhension des gens qui voyaient bien qu’en me rendant chez eux à pied je ne pouvais pas trimbaler tout mon matériel. J’ai donc fabriqué le spectacle pour qu’il passe partout.

Quel accueil avez-vous reçu ?

J’ai toujours été très bien accueilli même si les motivations pouvaient être différentes. Certains, qui me connaissaient déjà, venaient pour mes chansons, tandis que d’autres étaient davantage intrigués par ma démarche. Susciter la curiosité, c’était du reste le pari de cette tournée. De manière générale, les gens ont été très prévenants à mon égard. J’ai vraiment été choyé pendant deux ans : j’ai bien dormi, bien mangé.

Ne vous est-il pas arrivé de trouver le temps long ?

Deux ans, ça peut en effet paraitre long. Mais le temps ne s’écoule pas de la même façon quand on est sur la route. Du coup, j’ai à la fois l’impression de ne jamais avoir vécu autrement… tout en ayant le sentiment d’être parti hier ! Le travail de répétition peut créer la lassitude. Mais là, j’avais un défi quotidien à relever, celui de jouer devant des gens différents, seul sur scène.

La solitude n’est-elle pas pesante au bout d’un moment ?

Par chance, j’apprécie beaucoup la solitude. J’en ai même besoin, c’est une énergie qui me nourrit. Le fait de marcher le matin, seul et de chanter le soir convenait parfaitement au solitaire sociable que je suis. C’était le bon équilibre.

Vous aviez également prévu de composer durant cette tournée. La marche favorise-t-elle l’inspiration ?

Oui et non. Dans l’imaginaire collectif, la route est une source d’inspiration. Dans la réalité, cela ne se passe pas du tout comme ça. L’inspiration, c’est une vision un peu romanesque de l’écriture. Mais l’écriture, ça prend du temps et c’est laborieux ! Après, c’est vrai que marcher apaise. On se sent bien. Et puis j’ai eu du temps pour écrire.

D’où l’album qui sortira en septembre prochain, c’est bien ça ?

Oui, les six prochains mois vont être consacrés à l’enregistrement avant de repartir en tournée. J’ai très envie de retravailler en équipe même si je sais que je referais des tournées seul.

On revient forcément différent après une telle aventure ?

Je ne sais pas. Je n’arrive pas à m’analyser. Comme le dit Aragon dans le poème, « J’arrive où je suis étranger », j’ai le sentiment que les choses changent trop lentement pour que l’on s’en aperçoive. Peut-être plus tard…

Manu Galure, en concert le 21 décembre 2019 à 20h au Théatre Sorano 

Volvo - Horizontal - février 2020

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.