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LES BOUDUCONFINÉ(E)S

Christian Authier : Gatsby, 2e DB et brandade


Temps de lecture 3 min

Dis-moi comment tu te confines et je te dirai qui tu es. Aujourd’hui, l’écrivain toulousain Christian Authier, habitué des terrasses animées et coutumier des longues promenades sans but dans les rues de Toulouse.

Où êtes-vous ?
Chez moi, à Toulouse, non loin de la place Jeanne-d’Arc, près d’un boucher et d’un kiosque à journaux.

Comment vivez-vous le confinement ?
En bonne santé, pour l’instant.

Que faites-vous de vos journées ?
J’ai la chance de pouvoir « télétravailler ». Sinon, je lis, je visionne, je téléphone.

Que faites-vous de vos nuits ?
Je dors, je fais des rêves étranges et pénétrants. L’autre nuit, j’étais à Istanbul. Plus bizarrement, j’ai aussi rêvé que le FC Barcelone était à vendre, plus exactement qu’il mettait la clé sous la porte.

Que regardez-vous ?
Je revois des films et des séries. The Newsroom d’Aaron Sorkin, Munich de Steven Spielberg, The Americans de Joe Weisberg, Treme de David Simon.

Qu’écoutez-vous ?
France Inter.

Que lisez-vous ?
Lève-toi et tue le premier de Ronen Bergman, plus de 900 pages, une histoire secrète des assassinats politiques commandités par Israël, passionnant. Sinon, je relis : Gatsby le magnifique en ce moment. Puis, je pense enchaîner avec Le Rouge et le Noir.

Que mangez-vous ?
De tout : viande, poisson… Un ami chef m’a préparé hier de la brandade, mais je ne dirai pas son nom car ce genre d’échanges n’apparaît pas sur nos attestations de sortie.

Les bons côtés du confinement ?
La baisse de la délinquance (enfin, j’imagine qu’elle baisse), la baisse de la pollution, la fin des Gilets jaunes, les rues désertes bien que l’on n’en profite que quelques minutes par jour.

Les mauvais côtés du confinement ?
La peur, la peur de l’autre, la peur de manquer de pâtes ou de papier toilette. Le besoin d’avoir un « ausweis » pour faire 100 mètres ou un kilomètre.

Si vous travaillez, pouvez-vous nous décrire l’atmosphère qui règne autour de vous ?
Paisible, à peine perturbée par de petites pannes de réseau ou par la crainte d’une vraie panne.

Ce qui vous manque le plus depuis que vous êtes confiné ?
Les amis, les restaurants, boire un café en terrasse… Les voyages aussi. Le plaisir de revoir Madrid, Beyrouth ou Naples.

Ce que vous inspirent ces événements ?
Tant de choses…

Ce qui vous angoisse ?
La maladie de proches.

Ce qui vous donne de l’espoir ?
La décence ordinaire (« common decency » selon Orwell) et les qualités humaines dont fait preuve la majorité de la population.

Ce qui vous aide à relativiser ?
La raison, l’Histoire, la devise de Stendhal : SFCDT (Se foutre carrément de tout).

Votre source principale d’information ?
La presse écrite et l’AFP.

La pensée la plus intelligente que vous ayez lue/vue au sujet de ces événements ?
Il n’y en a pas eu beaucoup… Une interview d’Hubert Védrine, les chroniques de Renaud Girard (spécialiste des relations internationales au Figaro).

La plus idiote ?
Difficile de choisir. D’une manière générale, à la télévision, ces « journalistes », présentateurs et autres « chroniqueurs » se métamorphosant en épidémiologistes ou préconisant des médicaments dont ils ignoraient l’existence 24 heures avant. Les apparitions de Douste-Blazy (une catastrophe n’arrivant jamais seule) n’ont pas été mal non plus dans le registre, mais on ne parle plus là de « pensée ». Idem pour l’appel à la grève lancé par la CGT pour le mois d’avril. On aurait pu penser à un canular du Gorafi, mais non.

Quelle est la première chose que vous ferez, le premier lieu où vous vous rendrez quand tout cela sera fini ?
Cela dépendra de l’heure de levée du confinement et du climat. Dans l’idéal : la terrasse du Tire-Bouchon pour déjeuner avec de bons vins. Sinon, un café le matin sur la terrasse du bar le Crystal, place Jeanne d’Arc.

Une citation, une devise que vous aimez, et qui s’applique parfaitement à la situation actuelle ?
Pour la gestion de la crise par la France et le confinement général : « La pire des solutions, à l’exception de toutes les autres » (définition de la démocratie par Churchill). Sinon, plus généralement, je reste fidèle à l’un de mes héros, le capitaine Raymond Dronne, de la 2e DB, entrant dans Paris libéré avec un drapeau sur sa jeep affichant « Mort aux cons ». Selon la légende, le général de Gaulle aurait dit en voyant passer la jeep « Vaste programme ».

La personnalité historique que vous aimeriez ressusciter pour nous sortir du pétrin ?
De Gaulle, ou Churchill, mais pas Staline…

La personne qui vous inspire le plus de respect depuis le début de ces événements ?
Personne en particulier. Au-delà des personnels de santé auxquels tout le monde rend hommage, j’ai beaucoup de respect et de reconnaissance pour tous ceux qui travaillent sans se plaindre dans des secteurs moins « visibles » mais indispensables : caissiers et caissières, conducteurs, éboueurs, etc.

Ce qui ne sera plus jamais comme avant ?
Les comptes publics. Et j’espère la règle des 3 % de déficit. J’invite d’ailleurs vos lecteurs à se pencher sur l’invention de cette règle créée par des… Français.

Ce que vous jurez de changer une fois la crise passée ?
De femme. Non je plaisante. De lunettes.

Ce que vous vous jurez de changer une fois la crise passée… tout en sachant que vous ne tiendrez pas ce serment ?
Puisqu’il faut mentir : je jure de boire moins.

Christian Authier

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.