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LES BOUDUCONFINÉ(E)S

Christophe Vidal : Pompes, foi, Marianne et Figaro


Temps de lecture 3 min

Dis-moi comment tu te confines et je te dirai qui tu es. Aujourd’hui, Christophe Vidal, ex-maire de la Nuit toulousaine.

Où êtes-vous ?
À Toulouse dans mon appart en ville.

Comment vivez-vous le confinement ?
Comme une nuit H24 calme pour moi et trop agitée pour certains malheureusement.

Que faites-vous de vos journées ?
Je médite le matin et je poursuis mes activités. Je gère un magazine sur l’investissement immobilier et je n’ai pas changé de rythme. Je fais des pompes ou du moins je tente et je vais me balader au moins tous les deux jours. Je m’occupe de mes proches, garde du lien social. Je pousse des coups de gueule parfois quand j’entends trop de gens se plaindre du confinement alors qu’ils sont entre de beaux murs. Certes, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne en ce moment, mais je me souviens d’une mamie qui a vécu la guerre de 40 nous racontant dans un reportage son confinement dans une cave avec un sot pour ses besoins et la dureté du rationnement.

Que faites-vous de vos nuits ?
Love story.

Que regardez-vous ?
Un peu les infos, mais sans plus. Ma tête en me rasant le matin… J’évite surtout les réseaux sociaux sur lesquels des égos sont surdéveloppés et les « experts en brèves de comptoirs sur le Corona » pullulent. Comme disait Frédéric Dard : « Si tous les cons volaient, il ferait nuit ! ». En ce moment, parfois c’est à minima le crépuscule… Je regarde la série Baron noir : bienvenue chez Julien Dray, Macron, Le Pen, Mélenchon et les autres. J’ai aussi repiqué avec Arte. Je retiens un doc superbe sur Simone Signoret et un autre sur Pablo Escobar et Khun Sa en Birmanie : les fossoyeurs de l’humanité dans les années 80/90 remplissant les piquouses des junkies et assurant la propagation du VIH et j’en passe et ce, avec des gouvernements complaisants.

Qu’écoutez-vous ?
De l’électro et du Gospel : la transe culture chamanique et l’amour, la bienveillance, la paix universelle. Mais je change régulièrement. Alléluia ! Il y a également une autre écoute, celle de l’enfant intérieur, les voix de l’éveil de sa conscience qui nous parlent parfois de « révolutions » au sens étymologique : le retour du temps, celles de nos âmes. Le Clézio a écrit sur le sujet et bien d’autres. Je cite : « la réincarnation de l’âme pour qu’elle puisse réparer dans un autre corps les dommages causés durant sa dernière vie et ainsi se perfectionner ». Cul-bénit tout ça ? Pas si sûr :  60% des animaux sauvages ont disparu en 40 ans. L’agriculture est responsable de 70% de la déforestation mondiale et l’Europe a perdu 80 % de ses insectes pollinisateurs en 30 ans. Je continue ? Il va falloir que certains reviennent et vite pour réparer.

Que lisez-vous ?
Je lis Marianne, c’est raccord avec ma tignasse et Le Figaro en ligne, c’est synchro avec mes pompes de trader. Je lis également Les blessures de l’âme, Faire l’amour d’une manière divineL’abrégé du code typographique, Là où est l’argent sur les paradis fiscaux et les cartes divinatoires la nuit.

Que mangez-vous ?
Sérieux ? Comme d’habitude.

Les bons côtés du confinement ?
Les rues sont calmes. Il faudra s’en rappeler au second tour des municipales.

Les mauvais côtés du confinement ?
Les rues sont calmes. Il faudra s’en rappeler aussi au second tour des municipales. Et dans les deux cas, je ne manquerai pas de le rappeler aux candidats, en toute bienveillance, comme je l’ai déjà fait au premier tour. Des candidats qui ont au moins un tronc commun : l’absence de vision politique sur Toulouse la nuit… à quelques sursauts prés. Après deux mois de confinement, ils auront eu le temps de contempler les étoiles et de penser aux travailleurs de nuit dont ils louent le dévouement aujourd’hui night and day.

Si vous travaillez, pouvez-vous nous décrire l’atmosphère qui règne autour de vous ?
Je travaille avec ma petite musique de nuit. Atmosphère, atmosphère confinée mais j’ouvre la cage aux oiseaux parfois…

Ce qui vous manque le plus depuis que vous êtes confiné ?
Rien.

Ce que vous inspirent ces événements ?
Le cinéma est visionnaire et je passe sur les essayistes. Bon nombre de films ont traité de catastrophes comme celle-ci, mais aussi climatiques, économiques, sociales… Nous savons mais nous continuons.  Le courant de pensée collapsologique qui nous parle de l’effondrement de la civilisation industrielle est de plus en plus prégnant. Depuis des lustres, nous sommes dans la stratégie de la Ligne Maginot qui était censée éviter l’invasion nazi. Pétain n’avait pas pensé à la Blitzkrieg. Nos principes de précautions sont comme cette « Ligne ». Nous pensons être en sécurité, mais face à un volcan, un virus, la montée des eaux, un tsunami, ils sont peanuts. Et pendant ce temps, nous sabotons la planète. Notre croyance en l’immortalité est notre pire ennemi couplée à la politique de l’autruche décennale et internationale en matière d’environnement. Prendre en considération le traitement de la catastrophe du Corona est aussi intéressant. En 2003, des chercheurs ont travaillé sur comment les sociétés vivent avec la menace, l’acceptent ou occultent le risque et la médiatisation, l’instrumentalisation et la scénarisation de la catastrophe. Notre esprit critique doit être particulièrement en alerte en ce moment. Les beaux parleurs, résistants de la dernière heure et opportunistes se sentent brusquement « burnés » et affirment la nécessité du changement de paradigme avec, eux, en chefs d’escadrille.

Ce qui vous angoisse ?
Rien de plus qu’auparavant.

Ce qui vous donne de l’espoir ?
La foi.

Ce qui vous aide à relativiser ?
Le témoignage de la mamie dans sa cave en 1940.

La pensée la plus intelligente que vous ayez lue /vue au sujet de ces événements ?
Je ne me permettrais pas.

 

La plus idiote ?
Idem.

Quelle est la première chose que vous ferez, le premier lieu où vous vous rendrez quand tout cela sera fini ?
Rien qui puisse être intéressant pour vos lecteurs.

 

Une citation, une devise que vous aimez, et qui s’applique parfaitement à la situation actuelle ?
« L’histoire sépare, divise, déchire même ! Les hommes et les communautés. La mémoire, elle, peut et doit les réconcilier pour dépasser, pour transcender ce qui, un jour, les a opposés. » Victorin Lurel, sénateur

La personne qui vous inspire le plus de respect depuis le début de ces événements ?
Pourquoi choisir ? « L’armée des ombres » mais toute de blanc vêtue, comme des anges gardiens, un masque à oxygène à la main plutôt qu’une mitraillette Sten.

Ce qui ne sera plus jamais comme avant ?
A suivre…

Ce que vous jurez de changer une fois la crise passée ?
Pas de promesses. Des actes.

Ce que vous vous jurez de changer une fois la crise passée… tout en sachant que vous ne tiendrez pas ce serment ?
C’est une question ?

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.