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LES BOUDUCONFINÉ(E)S

Christopher Bockman : Terroir, Trump et flamenco


Temps de lecture 3 min

Dis-moi comment tu te confines et je te dirai qui tu es. Aujourd’hui le journaliste Christopher Bockman, le plus Toulousain des Britanniques, correspondant de la BBC dans le Sud-Ouest.

Où êtes-vous ?
Je suis confiné chez moi, quartier de Chalets, au centre-ville de Toulouse

Pouvez-vous décrire l’atmosphère qui règne autour de vous, aussi loin que porte votre regard ?
Très tranquille – un peu comme 4pm un dimanche, mais tous les jours – Comme le film Un jour sans fin !

Que faites-vous de vos journées ?
Je me lève toutes les jours à 7h30 – on peut demander pourquoi, mon agenda n’est pas trop rempli. J’écoute les infos dramatiques sur Europe 1 et après sur BBC Radio. Comme la Grande-Bretagne a trois semaines de retard sur la France sur les mesures à prendre, j’ai l’impression d’entendre les mêmes débats à vingt jours d’écart. Une time machine à la Doctor Who !
Le reste du temps, je cherche des sujets que je peux proposer à la BBC ou à France 24. Et de temps en temps ils disent oui.
Sinon comme je prends des cours de guitare flamenca depuis quelques années, j’essaie de m’y mettre sérieusement. Je fais aussi mon jogging sur le canal du Midi. Je vois beaucoup de Toulousains en tenue de jogging sur le Canal. Cela me semble relever davantage du déguisement pour échapper aux contrôles qu’à des tenues de sportifs véritables ! Je remarque aussi que les mêmes chiens sont promenés plusieurs fois dans la même journée par  des « maitres » différents…

Que faites-vous de vos nuits ?
Je suis confiné seul. Elles sont donc très tranquilles.

Que lisez-vous ?
Forcément, je ne peux pas lire mon propre livre Are you the foie gras correspondent? Another slow news day in south west France parce que je le connais déjà. Mais les lecteurs de Boudu peuvent le faire, eux ! C’est même recommandé pour la santé. Quant à moi, je lis The hazards of Good Fortune de Seth Greenland. Si vous aimez Tom Wolfe c’est pour vous.

Que regardez-vous ?
Les infos du soir sur France 2 et les conférences de presse de Donald Trump – sur CNN – le nouveau comedy store.

Qu’écoutez-vous ?
Moi-même.

Que mangez-vous ?
Des choses saines. Comme je ne peux ni voyager, ni aller au restaurant ni acheter des vêtements, au moins j’achète de bons produits du terroir au marché Victor-Hugo. Par contre, l’idée de boire de l’alcool tout seul me semble triste. Donc je résiste.

Ce qui vous manque le plus depuis que vous êtes confiné ?
J’aime beaucoup mon travail, donc forcément il me manque. Tout comme me manque le fait de dîner au champagne en charmante compagnie.

Ce que vous inspirent ces événements ?
C’est comme ça. Les gens qui comparent ce moment a une prison devraient faire une visite en prison.

La pensée la plus intelligente que vous ayez lue/vue au sujet de ces événements ?
Le manager de Liverpool football club Juergen Klopp s’est agacé quand on lui a posé une question sur le Coronavirus. Il a dit plus ou moins qu’il savait créer un 3-4-3 sur un terrain de foot mais qu’il n’était pas compétent pour les virus.

La plus idiote ?
Trop facile.

Ce qui vous donne de l’espoir ?
Je vis ma vie avec l’espoir tous les jours.

Ce qui vous aide à relativiser ?
Je ne suis pas dans une famille nombreuse dans 50 mètres carrés sans balcon, avec un autre famille nombreuse avec enfants en bas âges au-dessus de ma tête !

Ce qui vous permet de lutter contre le sentiment de ne servir à rien ?
Il y a une très jolie expression française sans équivalent en anglais, qui dit « Les cimetières sont remplis de gens indispensables ». Donc objectivement, je ne sers a rien – mais ça ne m’empêche pas de vivre.

La première chose que vous ferez, le premier lieu où vous vous rendrez quand tout cela sera fini ?
Je vais retourner au cours de squash très rapidement, parce que malheureusement, avec le confinement  je vais louper la fin de saison pour le ski du fond.

La personne qui vous inspire le plus de respect depuis le début de ces événements ?
Honnêtement – les gens qui travaillent aux caisses des supermarchés – mal payés, sans protection mais avec le sourire. Le gérant de mon magasin de presse aussi. J’ai pu acheter Le Monde tous les jours.

Ce qui ne sera plus jamais comme avant ?
Si vous croyez vraiment que le monde va changer, vous faites partie de ceux à qui on peut vendre sur catalogue une maison avec vue mer et accès à la plage dans la Creuse.

Ce que vous vous jurez de changer une fois la crise passée, tout en sachant que vous ne tiendrez pas ce serment ?
Il y a un autre jolie expression française qui dit « Il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis ». Donc, je vais changer d’avis sur tout. Vous me croyez ?

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.