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LES BOUDUCONFINÉ(E)S

Sandrine Follère : Soupes, mythes et Tarkovski


Temps de lecture 3 min

Dis-moi comment tu te confines, je te dirai qui tu es. Aujourd’hui Sandrine Follère, peintre, sculpteur et professeur d’arts plastiques à son atelier et à SupAero.

Où êtes-vous ?
Chez moi à Toulouse.

Comment vivez-vous le confinement ?
Ça dépend des jours, des nuits, des heures. La plupart du temps, bien,  mais il y a une inquiétude qui me surprend de temps à autre.

Que faites-vous de vos journées ?
De la cohérence cardiaque et un peu de vélo elliptique, mais n’ai pas encore mis en place une discipline quotidienne.  Je lis, écoute la radio, regarde des documentaires, des films et, en ce moment ,c’est Tarkovski.  Je me suis mise à faire de petites vidéos de lectures de livres que je poste sur la page Facebook de mon  atelier.
Je suis en télétravail avec mes élèves de l’ISAE et certains de mon atelier.  Je passe beaucoup de temps au téléphone : trop ? Je n’ai pas du tout envie de créer pour le moment.

Que faites-vous de vos nuits ?
J’ai un sommeil de mauvaise qualité, entrecoupé de réveils et impossibilité de me rendormir donc je lis.

Qu’écoutez-vous ?
Jazz, musique classique, musique du monde avec Yungchen Lhamo… du Bach, du Chopin et Ella Fitzgerald.

Que lisez-vous ?
Le héros aux mille et un visages de Joseph Campbell (livre sur les mythes et le voyage du héros), L’eau et les rêves de Gaston Bachelard, Pour accompagner le deuil, de l’intime au social sous la direction de Marie-Christophe Pétolas qui se trouve être une de mes élèves et dont j’ai commencé la lecture avant la mise en confinement lié au Covid-19.

Que mangez-vous ?
Sainement. Je suis dans une phase soupes asiatiques.

Les bons côtés du confinement ?
Une période introspective, suspendue. Je le vis comme un hors-temps.

Les mauvais côtés du confinement ?
La perte de liberté et de contact. Je m’astreins à rester chez moi en confinement total et ne sors qu’une fois/semaine pour aller faire les courses. Ce n’est pas simple. Je suis très touchée et me sens concernée par ce qui se passe dans les hôpitaux.

Si vous travaillez, pouvez-vous nous décrire l’atmosphère qui règne autour de vous ?
Très calme et c’est agréable. Le temps passe vite et donne l’impression curieusement d’être en suspension.

Ce qui vous manque le plus depuis que vous êtes confiné ?
Le contact avec les gens. Je suis en confinement total. Une sortie par semaine afin de limiter les risques pour moi et pour les autres. Je suis casanière donc ce n’est pas trop compliqué de rester chez moi.

Ce que vous inspirent ces événements ?
Je n’ai absolument pas de recul pour en parler ou en tirer un enseignement ou une réflexion quelconque.

Ce qui vous angoisse ?
Faisant partie des indépendants, j’ai dû fermer mon atelier donc c’est économiquement stressant. Je ne sais pas non plus quand je vais pouvoir rouvrir mon atelier, reprendre mon activité.  C’est assez vertigineux ce sentiment de ne plus pouvoir se projeter. Je ne le vis pas mal mais je ne le vis pas bien non plus. Je sens juste que quelque chose a basculé et que je n’ai aucune prise sur les évènements. 

Ce qui vous donne de l’espoir ?
La vie ! Je regarde par ma fenêtre et trouve beau les arbres, le chant des oiseaux, la ville silencieuse. Je suis une contemplative donc j’ai l’habitude d’être en observation, contemplation, écoute… c’est encore plus intense actuellement.

Ce qui vous aide à relativiser ?
La fait que cette situation ne va pas durer.

Votre source principale d’information ?
N’ayant pas de télévision, je regarde sur le net afin de me tenir un peu informée sur l’essentiel. Je fais attention de ne pas me saturer d’infos.

Quelle est la première chose que vous ferez, le premier lieu où vous vous rendrez quand tout cela sera fini ?
Aucune idée. C’est trop loin. Quelque chose s’est arrêté et je tente de vivre au mieux le moment présent. J’avais l’habitude d’aller à l’église Saint-Sernin que je trouve magnifique donc… peut-être… je ne sais pas.

Ce qui ne sera plus jamais comme avant ?
Nous avons basculé dans un inconnu qui va peut-être permettre à l’humanité de changer vraiment les choses et d’avoir un positionnement plus responsable, plus sage, plus respectueux. Je suis vraiment dans cet espoir. Sinon, cette expérience n’aurait aucun sens.

Ce que vous jurez de changer une fois la crise passée ?
 Ma couleur de cheveux.

Ce que vous vous jurez de changer une fois la crise passée… tout en sachant que vous ne tiendrez pas ce serment ?
Ma couleur de cheveux.

 

Sandrine Follère

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.