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TRIBUNE LIBRE

Isabelle Serça : Il nous manque les corps

PAR Isabelle SERÇA
Temps de lecture 4 min

Professeure de littérature et de stylistique à l’université Jean-Jaurès. Elle est animatrice et coordinatrice de ProusTime, programme de recherche interdisciplinaire sur le temps. De son expérience d’enseignante dispensant désormais son savoir par écran interposé, elle tire quelques observations sur l’espace, le temps, la transmission et la présence de l’autre.

J’ai la chance de pouvoir, en cette période étrange et terrible, exercer mon métier à distance puisque je suis enseignante (à l’université). On peut tout à fait faire cours, écouter, discuter, partager, bref échanger à distance avec un groupe grâce aux moyens de communication dont nous disposons de nos jours et c’est très bien. Mais ce dont nous prenons tous conscience, c’est de ce qui nous manque et qui rend ces séances à distance si harassantes.

Il nous manque les corps.

Il nous manque cette atmosphère dans laquelle on pénètre quand on entre dans une salle de cours, il nous manque les yeux, les postures, ce que crée une assemblée, ce qu’il émane d’elle : une chaleur, une odeur, un fluide, un silence ou un brouhaha diffus… Il nous manque, quand on parle, ces visages levés vers nous. Il nous manque, et tout particulièrement quand on part dans une démonstration un peu compliquée, de pouvoir nous accrocher à tel regard et voir si ça passe ou s’il faut recommencer. Il nous manque, et tout particulièrement quand on plaisante et quand on cherche à détendre l’atmosphère, les sourires et les grognements d’aise. Il nous manque, quand on s’aventure à dire l’indicible, cette qualité particulière de silence attentif – une écoute que l’on touche du doigt, un silence qui devient tangible et sur lequel on s’appuie pour continuer. Il nous manque tous ces corps qui nous renvoient leurs impressions — et l’on sait parfaitement, même dans un amphithéâtre plongé dans la…

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.