Enquête

Serge Roué : Anges-soignants

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le 14 mai 2020 Temps de lecture : 5 min.
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Directeur du Marathon des mots depuis 2008. Le 12 mars, quelques heures avant l’annonce du confinement, il assistait à la Comédie-Française à une représentation aux accents prémonitoires…

Jeudi 12 mars 2020. Je me presse encore au théâtre. Il faut continuer de vivre tout en respectant les gestes barrières. Samedi, le Premier ministre serrera la vis d’un confinement qui nous enfermera pour de longues et nécessaires semaines. Pour l'heure, on se bouscule à la porte de la Comédie-Française. Dans le hall, Marc-Olivier Fogiel, directeur de BFM TV, écoute sur son téléphone, la mine sombre, sa rédaction commenter l'intervention du président de la République. Il prédit « la plus grave crise sanitaire qu’ait connu la France depuis un siècle ». Nous ne sommes pas encore « en guerre », mais les écoles et lycées seront fermés dès lundi, les entreprises soutenues et le premier tour des élections municipales maintenu.

La salle Richelieu, pleine à craquer, bruisse : on est à touche-touche, on blague encore sur le virus. Qui se doute que pour les 862 spectateurs, les comédiens et techniciens du Français, il s'agira de la dernière représentation de la saison ? À l'affiche : Angels in America, la pièce événement de Tony Kushner, longue de sept heures, rabotée à l'extrême par le réalisateur Arnaud Desplechin. Le spectacle y perd en puissance et métaphore, mais l'essentiel résiste : une réflexion brillante sur l'épidémie de sida à New York au début des années 80. Le texte, pourtant écrit à partir de 1987, fait terriblement écho au temps présent. On y entend éructer l'avocat Roy Cohn, interprété par Michel Vuillermoz. À l'époque, il était aussi le mentor du jeune Donald Trump. Gaël Kamilindi représente la cohorte d'aides-soignants, j'allais dire d'anges-soignants, qui, aujourd'hui comme hier, sont applaudis aux fenêtres des appartements, quand on ne sait plus à quel saint se vouer. Aux côtés de l'excellent Christophe Montenez, formé, rappelons-le, au Conservatoire de Toulouse, Clément Hervieu-Léger joue Prior. Il est malade. Il vivra. À la1

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