Enquête

Caroline StevanAutos-portrait

Rédaction : ,
le 15 juillet 2020 Temps de lecture : 7 min.
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En 2005, la journaliste franco-suisse Caroline Stevan publiait le récit de six mois d’aventure sur la route de la soie, entre Lausanne et Oulan-Bator. Quinze ans plus tard, elle signe un tour de France en BlaBlaCar bouclé en pleine crise des Gilets Jaunes, de Lausanne à Lausanne en passant par Toulouse et Montargis. Et devinez quoi : de ces deux périples, le plus dépaysant n’est pas celui qu’on croit.

Pourquoi ce curieux tour de France ?
J’ai vécu en France de l’âge de 10 ans jusqu’à la fin de mes études. J’avais envie d’y retourner, de prendre de ses nouvelles, de savoir si elle était heureuse.

Pourquoi le covoiturage ?
D’abord parce que c’est un moyen de transport incontournable de notre époque. Jeunes, vieux, cadres, chômeurs, retraités, étudiants, tout le monde utilise BlaBlaCar. Ensuite parce que, bien que le journalisme se pratique aujourd’hui principalement avec un téléphone et à toute allure, j’ai pensé que le covoiturage m’offrirait la lenteur et les rapports humains dont j’avais besoin.

Avec BlaBlaCar,  les passagers notent le chauffeur et le chauffeur note les passagers. Les rapports humains ne s’en trouvent-ils pas faussés ?
Je ne crois pas. Si les notes déterminent le choix que vous faites au moment d’opter pour tel ou tel chauffeur, elles ne modifient pas les comportements. Et si malgré tout vous tombez sur quelqu’un qui en fait trop, ça ne dupe personne.

Vous avez préféré ne révéler ni votre métier ni votre projet à vos voisins de banquette. Pourquoi ?
La question m’a longtemps turlupinée. Si j’avais dévoilé mon projet ou ma profession, une grande partie des conversations s’en serait trouvée modifiée. Dans les voitures, on ne se connaît pas, on passe quelques heures ensemble et on ne se reverra jamais. On aborde donc facilement des sujets très intimes, très profonds. On fait des confidences qu'on ne ferait pas à une journaliste. Pour prendre correctement le pouls du pays, il me fallait taire mon métier, et assurer, à l’écriture, l’anonymat de mes compagnons de voyage.

Votre diagnostic après cette prise de pouls ?
Le cœur de la France battait au rythme des Gilets Jaunes. Il imprimait le paysage au sens propre comme au sens figuré. Le mouvement1

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