Interview

Nicolas TreichLa Covid, maladie d'un monde carné ?

Rédaction : Axelle SZCZYGIEL,
le 4 septembre 2020 Temps de lecture : 6 min.
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Il existe un lien objectif entre certaines zoonoses (une famille de maladies dont la Covid-19 fait partie) et l’élevage intensif. C’est ce que nous apprend l’économiste Nicolas Treich, chercheur à la Toulouse School of Economics et à l’INRAE Toulouse. Spécialiste du bien-être animal et des politiques publiques, il estime que l’élevage, notamment dans ses formes intensives, est problématique pour l’environnement, la santé et les animaux.

Pourquoi réduire notre consommation de viande ?
D'abord pour l'environnement. L'élevage représente 14,5 % des gaz à effet de serre liés aux activités humaines dans le monde. Il est en outre la première cause de perte de biodiversité, notamment à cause de la déforestation, et une source majeure de pollution de l'eau.
Ensuite, pour le bien-être animal. Même en France, la majorité des animaux sont élevés dans des systèmes intensifs, où la priorité est de produire le plus de viande, de lait et d'œufs, le plus vite et le moins cher possible, au détriment du bien-être animal. On les fait grossir rapidement, on entasse les poules pondeuses dans des cages pour gagner de la place… 95 % des cochons passent leur vie dans un enclos, à l'intérieur. Sans parler des diverses mutilations subies : 80 % des porcelets mâles sont castrés à vif !
Enfin, pour la santé. Aujourd'hui, plus de la moitié des antibiotiques dans le monde sont utilisés sur les animaux. Selon les experts en médecine, cet usage massif contribue au développement des résistances bactériennes. On peut aussi avancer les études scientifiques qui montrent que la surconsommation de viande est associée à des maladies comme le cancer, le diabète ou les maladies cardio-vasculaires. On peut enfin citer le rôle de l'élevage dans l'émergence des zoonoses.

Au printemps dernier, en pleine crise du coronavirus, vous avez justement cosigné dans Le Monde une tribune à ce sujet.
Vous y établissiez un lien entre l'élevage intensif et l'apparition de maladies comme la Covid-19. Faut-il comprendre qu'en supprimant le premier on se prémunit des secondes ?

De nos jours, les trois quarts des maladies infectieuses émergentes sont des zoonoses, c'est-à-dire des maladies qui se transmettent entre animaux et humains. Ce sont probablement des contacts entre des chasseurs-mangeurs de viande de brousse et1

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