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Portrait

L’autre face – Valérie Dupont

PAR Jean COUDERC | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 10 min

Valérie Dupont Boudu

En novembre, L’autre fêtera son dixième anniversaire après 6 mois de fermeture pour cause de Covid. Boudu s’est intéressé à la personnalité de sa patronne, Valérie Dupont, une égérie de la nuit toulousaine à l’existence chaotique et romanesque, qui a fait d’un local improbable du quartier Belfort l’after le plus couru de Toulouse.

Mystérieuse, provocatrice, sensible, passionnée, fragile, vulnérable, persévérante. Si aucun de ces adjectifs n’est inapproprié pour qualifier Valérie Dupont, il est nécessaire de les additionner pour avoir une chance de comprendre l’énigmatique personnalité de cette native du Gers, département où elle grandit, coincée entre un père breton, militaire blessé en Indochine et une mère d’origine italienne, qui se rêvait pianiste : « J’ai bien essayé de me mettre au piano, mais vu son degré d’exigence, c’était peine perdue. C’était compliqué d’attirer son attention car c’était un enfant gâté. Je rêvais d’avoir ses câlins mais ce n’était pas trop son truc. » La complicité, c’est donc avec son père qu’elle va la chercher. Un patriarche, opticien de son état, qui lui met très jeune un dictionnaire entre les mains pour satisfaire sa curiosité, et qui n’hésite pas à se mettre à dos une bonne partie de la bourgeoisie auscitaine en sortant sa fille de l’école privée dans laquelle elle venait à peine d’être inscrite parce que « je ne supportais pas que l’on me force à prier, à chaque récréation, devant la lumière rouge ». Le passage dans le public ne résoudra pas tout. Plus grande, par la taille, que ses camarades, elle a du mal à trouver sa place à l’école. « Je me trouvais (déjà) différente. Lorsqu’il y avait des repas à la maison, je préférais être à la table des parents. Je trouvais les conversations plus intéressantes. ».
Aussi, c’est dans la lecture qu’elle trouve refuge, une activité qui correspond mieux à son tempérament solitaire et autonome. L’entrée dans l’adolescence va conforter sa différence. D’autant que son physique continue à lui jouer des tours : « À 14 ans, j’en faisais 20. Les copains de mon frère, qui avaient 7 ans de plus, me draguaient. Dans le regard des parents, c’était inquiétant. »
Bien que timide et pas très à l’aise avec cette précocité corporelle, la jeune femme a pourtant des envies de son âge. Les autres, elle a envie de les fréquenter. Même si elle ne sait pas vraiment comment les aborder. Aussi lorsque, sans explication, ses parents décident de serrer la vis, la privation de liberté est terrible : « Je suis passée d’une période, avant la puberté, où je pouvais aller dormir chez Anne Daguin, me rendre au théâtre ou aux jeunesses musicales de France… à plus rien. Ils devaient avoir peur pour ma virginité… »
Perturbée par cette sensation de différence, elle insiste pour consulter un psychiatre qui lui assure qu’elle fait une crise d’ado. Un mois plus tard, elle fait une tentative de suicide. Et quelques mois plus tard, elle échappe in extremis à un viol en piquant un sprint. « L’adolescence n’a pas trop aidé à ce que je crois en moi », résume-t-elle.
Côté études, là aussi, c’est le flou. Après s’être imaginée psychanalyste, puis informaticienne, elle décide de s’inscrire en droit. « Parce que ça mène à tout », croit-elle se souvenir, sans conviction. Les études supérieures ne correspondent pas, pour la jeune femme, au grand envol puisque ses parents « profitent » de l’exil de leur fille à Toulouse pour y acheter une bijouterie. Malgré la proximité parentale, elle vit l’arrivée dans la capitale régionale comme une libération : « Auch, c’était trop petit. » Mais à Toulouse, elle subit le harcèlement d’un amant jaloux qui la persécute. « C’était le premier homme qui faisait attention à moi, et comme je ne croyais pas en moi, j’ai mis du temps à m’en détacher. » Trois ans, pour être précis, de long calvaire qui prend fin, après une énième crise, par un internement de l’amant jaloux en hôpital psychiatrique. Démolie par cette relation, rongée par le mal-être, elle se met à sortir pour oublier. Et découvre rapidement son pouvoir de séduction tout comme le caractère éphémère de la nuit, qui correspond bien à son humeur vagabonde : « J’aimais bien danser, le fait de passer du statut de coqueluche à rien du tout en une semaine. » Elle se met également à multiplier les expériences dangereuses : « Mes études de droit peuvent se résumer ainsi : 1e année : alcool, 2e année : cocaïne, 3e année : héroïne. »
À grand renfort d’amphétamines, elle parvient à se hisser jusqu’en maitrise. Avant d’exploser en vol, un soir de réveillon, chez elle : « J’ai fait une overdose. Comme je n’étais pas totalement suicidaire, j’avais lu des livres sur le sujet, ce qui m’a permis de comprendre que j’étais en train de faire un arrêt respiratoire. Je me suis levée, car c’était la seule chance pour m’en sortir. Puis j’ai regardé les gens qui se trouvaient autour de moi. Pour la plupart, c’était des étrangers, opportunistes. Je me suis alors rendu compte que j’aurais pu crever dans l’indifférence générale. Deux jours après, j’étais en cure de désyntox. »
Le séjour en clinique n’est pas de tout repos. Surprise en train de s’écraser des cachetons, elle est mise à l’isolement. Un électrochoc : « J’étais vraiment avec des tarés. Je me suis rendu compte que je n’étais pas du tout comme eux. J’ai donc accepté de faire ce qu’il fallait pour m’en sortir. Mais pendant un ans, j’ai rêvé d’avoir ½ kilo d’héroïne et de me finir. » Rongée par le sentiment d’être trop différente des autres pour vivre au milieu d’eux, elle renaît pourtant par l’amour qu’elle rencontre à l’Ubu, célèbre discothèque à la mode toulousaine. « Il mesurait près de 2 mètres, il avait attiré mon attention. Et réciproquement. » Un coup de foudre, un vrai. Avec Pierre-Maxime, Valérie s’assume enfin comme elle est : « Je me sentais complètement en confiance, c’est par exemple avec lui que j’ai porté les plus hauts talons. » Et puis les problèmes d’addiction disparaissent. Seule ombre au tableau, cette (désagréable) impression de ne toujours pas trouver sa place socialement, entre le monde de la bijouterie, dans lequel elle travaille aux côtés de ses parents, et celui de l’art (son compagnon est artiste-peintre) : « Pour les artistes, j’étais trop bourge, et pour les bourgeois, j’étais trop rebelle. Je n’ai jamais aimé que l’on mette les gens dans une case : j’ai par exemple toujours assumé mes origines gersoises contrairement à mon frère qui est un vrai Rastignac. »
Reste qu’elle semble enfin avoir trouver un certain équilibre. Jusqu’à ce que celui-ci vole en éclats lorsqu’elle fait une fausse couche d’un « enfant désiré » : « Mes parents venaient de subir un homejacking, mon père de se faire opérer du dos, je me suis mise à douter de tout et notamment de ma relation avec Pierre-Maxime. Cette fausse couche, je ne l’ai pas supportée. »
La découverte des tchats de Wanadoo va faire le reste : « Ça m’a fasciné. Mais aussi déstabilisé. Quelqu’un qui vient me demander si je suis mariée, si je cherche un mec, je trouvais ça fou. » Dans sa tête, tout s’emballe. « Je me suis dis que rien que l’idée que je puisse penser à quelqu’un d’autre était mauvais signe. Et je quitte Pierre-Maxime, comme ça, sans l’avoir tromper. J’ai tout envoyé balader, sans voir sa souffrance. » Quand elle se rend compte de son erreur, le mal est fait : « C’était pourtant l’homme de ma vie. »
Pour Armelle Barelli, qui connaît Valérie Dupont depuis 1992, cet épisode dramatique trahit surtout la complexité de la relation entretenue par son amie avec ses parents : « C’était très étonnant, quasi passionnel entre eux. Il y avait beaucoup de jalousie de la part de sa mère. Au fond, je me demande si ce n’était pas trop dur pour Valérie d’être mère devant sa propre mère. »
Mère, Valérie Dupont aurait pourtant adoré l’être. Quant à la relation tumultueuse avec ses parents, elle assume : « Je me suis aperçue qu’à chaque fois que j’ai eu des velléités de partir, ils m’ont accaparée. Mais je me suis laissée faire. »
Pas au point, néanmoins, d’avoir épousé la bijouterie à contrecœur : « J’ai énormément aimé ce métier. » Pour preuve, elle prend des fonctions au syndicat des bijoutiers où elle rencontre Guy Subra qui se souvient d’une jeune femme « gaie, dynamique, pleine d’idées, toujours très généreuse dans ce qu’elle fait ».

Bijoutier en vogue sur la place toulousaine, Marc Deloche débutait à peine dans le métier lorsqu’il fit la connaissance de Valérie Dupont : « Elle était très passionnée et considérée comme une experte. Elle m’a appris pas mal de choses. » Les vicissitudes de la vie vont hélas la rattraper en plein cœur de l’hiver 2004 où on lui diagnostique un cancer bien avancé du sein. Elle accepte la sentence ce qui ne l’empêche pas d’accuser le coup. « Perdre ses cheveux, c’est vraiment atroce. La radiothérapie, c’est une belle saloperie. » Pas question toutefois de se laisser abattre. Entre deux chimios, elle sort, beaucoup, coiffée d’une perruque blond platine « que je portais comme un chapeau. J’ai toujours été provocatrice ».
Mais il y a toujours une bijouterie à faire tourner, dans un contexte économique de moins en moins favorable aux pierres anciennes. Et avec des parents qui déclinent rapidement, notamment sa mère devenue aveugle et paralytique. Mais au lieu d’accompagner ses parents dans leur volonté de céder la boutique, Valérie s’accroche au rocher familial : « Je voulais garder le fonds de commerce parce que je ne savais pas quoi faire d’autre. » Une décision qui s’avère rapidement une erreur : « Avec mon cancer, je n’arrivais plus à m’occuper de la boutique. Du coup, ce sont mes collègues qui se sont relayés pour liquider le  stock en 2006. » Et l’année d’après, ce sont ses parents qui se suicident. « J’ai très mal encaissé le choc, d’autant que c’est moi qui les ai découverts. Je m’en suis voulu de m’être un peu éloigné, au moment de mon cancer, alors que l’on avait été jusqu’alors plutôt fusionnels. »

Valérie Dupont Boudu

Après une éphémère tentative dans la bijouterie fantaisie, elle décide de tourner la page, définitivement. S’ensuit un long tunnel d’une année et demi, jonché de sorties et de fuites en avant. Jusqu’à l’apparition de sa grand-mère maternelle dans un rêve : « Elle me disait que j’avais encore des choses à faire sur terre. Le lendemain, j’ai recommencé à me lever et à chercher ce que je pouvais faire. »
De la rencontre avec un DJ naît alors l’idée de vendre des after. « Pourquoi un after ? Parce que c’est à partir d’une certaine heure qu’il commence à y avoir des choses intéressantes musicalement. » Le concept plaît tout de suite mais après quelques expériences malheureuses dans différents établissements de nuit toulousaine, elle se rend à l’évidence : il lui faut son propre local.
« Au début, je ne voulais pas acheter un fonds de commerce. Mais le seul moyen de gagner de l’argent, c’est en vendant de l’alcool. Et puis je me suis aperçue que si je n’utilisais pas le coussin financier que j’avais dans un outil de travail, je me retrouverais nue et crue cinq ans après. »
Cette expérience lui prouve au moins une chose, une reconversion dans le milieu de la nuit n’est pas illusoire. Présente à ses côtés dès cette époque-là, Eve Pouzergues témoigne : « Valérie était le visage, l’image de ces soirées. Elle s’occupait de l’accueil, de l’organisation. C’était vraiment la maitresse de cérémonie. Avec Fritz à la musique, ça a pris tout de suite. »
Aussi lorsqu’elle ouvre L’autre, le 13 novembre 2010, dans le quartier Belfort, tous les espoirs sont permis, même si le local, et le quartier, ne sont pas idylliques. Les emmerdes ne vont pas tarder à faire leur apparition. D’autant que dans le monde de la nuit, où personne ne l’attend, on n’a pas l’habitude de se faire des cadeaux. Bernard Courrèges, patron du Puerto Habana après avoir tenu la discothèque Le Clap explique : « Elle s’est faite tailler, des barrières lui ont été mises dans les pattes. Parce que ce n’est pas une légende de dire qu’une femme a du mal à se faire accepter dans le milieu de la nuit. »
« Je ne sais pas trop minauder, manipuler les gens, faire des sourires. Mais je reconnais que dans ce métier, moins de testostérone et un regard qui tue, ça aide » concède-t-elle.
Outre les clients, « que l’on attendait un peu au démarrage », confie Eve Pouzergues, Valérie doit également faire le ménage dans ses propres rangs. « Il s’est passé ce dont j’avais peur, à savoir que le DJ avec lequel je m’étais associée confonde lieu de travail et lieu de plaisir. En principe un DJ se fait offrir à boire, pas l’inverse. » La relation de plus en plus conflictuelle aboutit à son départ trois ans après le début. Un mal pour un bien : « J’allais le foutre à la porte. Il pensait que j’allais le supplier de revenir, c’était mal me connaître. » Mais les problèmes de L’autre ne se limitent pas à la scène. À la porte également, rien ne lui est épargné, comme ce matin où elle doit défendre son bar face à un repris de justice, flanqué d’un autre malfrat, bien décidés à tout casser : « J’ai sauté par-dessus pour sauver mon bar. J’ai pris une baffe mais j’ai tenu tête. Et lui ai demandé de partir. Sur le moment, je n’ai pas eu peur. Après coup, oui. Mais je n’ai pas porté plainte, comme on me l’avait conseillé. Je crois que c’est en agissant ainsi que j’ai gagné mes galons. Car depuis je n’ai plus été emmerdée. »
Quelques mois plus tard, un groupe de sécurité tente néanmoins de prendre le pouvoir dans l’établissement. Là encore, la néophyte ne se laisse pas faire. Sans pour autant employer des manières de voyous : « J’ai changé sans attendre de portiers. Sans mesurer les risques que je prenais. J’ai ensuite passé un mois où je ne me baladais jamais seule en ville… »
Plus tard, c’est un règlement de comptes entre portiers qui se règle à la machette et dans le sang. Ou encore un trafic de drogue orchestré par des portiers albanais. « C’est sûr que si j’avais su, avant de me lancer, toutes les merdes que j’aurais, je n’y serais pas allée. Je n’ai pourtant pas l’impression d’être partie la fleur au fusil… »
Mais Valérie Dupont n’est pas du genre à reculer devant l’obstacle. Pour s’en sortir dans le monde de la nuit, elle comprend vite qu’il faut faire attention à tout. « Comme dans la bijouterie, il faut vraiment avoir le sens du détail. À la porte, comme au bar, il faut avoir l’œil. » Refuser une vision dogmatique des choses. Ce n’est pas parce que c’est un after qu’il faut fermer les yeux sur les substances qui circulent. Les flics ? « Je ne les prends pas pour des cons, je collabore quand il faut. Et je suis bien contente qu’ils soient là quand j’en ai besoin. »
Une approche pragmatique et intransigeante assez rare dans ce type d’établissements selon Olivier Risbourg, alias DJ The Deep Brothers : « À L’autre, il y a une super ambiance, contrairement aux autres afters qui sont un peu craignos. Pour tenir un after, il faut être sans concession ce qui est le cas de Valérie, aussi bien dans la sélection de la clientèle, le respect de L’autre ou l’absence de vente de produits. Même si ça va souvent à l’encontre de l’argent. Elle a réussi à faire un lieu à son image : classe, intimiste, qualitatif. »
Adrien Ghastine alias DJ Ghaston, qui se produit un peu partout en France, confirme : « Je ne retrouve pas un endroit comme ça ailleurs. 200 personnes qui dansent en symbiose à 10h du matin, c’est incroyable. Et ça ne tient qu’à Valérie ! » Et de s’enthousiasmer sur les qualités humaines de celle qu’il affuble du surnom de « baronne » de la nuit : « Elle est assez unique dans son approche. Avec elle, ça va au-delà du business. Elle se démarque par sa grande humanité. L’autre est d’ailleurs connu pour être un cercle de tolérance : c’est le seul endroit où je peux mixer à la fois devant des trans, des policiers, des mecs en costard… Il y a une ambiance un peu berlinoise : les gens viennent vraiment pour la musique. »
Cet éclectisme, Valérie Dupont le revendique, même si elle reconnaît une certaine tendresse pour certaines communautés, comme les gays « qui savent aimer les gens de manière intelligente. Mais j’ai horreur des ghettos ou des cases. »
Les femmes, en revanche, font l’objet d’une attention toute particulière à L’autre. « Pour moi, c’est primordial qu’elles soient en sécurité. Les rapports entre les hommes et les femmes se sont dégradés. Les hommes sont plus prédateurs. Sans doute à cause d’un manque d’éducation et de culture globale. » L’ancienne égérie de l’Ubu ne se considère pourtant pas comme une féministe militante. En tous les cas, pas comme certaines d’entre elles : « Mon père m’a sensibilisée à l’émancipation et au droit des femmes. Je suis par exemple scandalisée que l’inégalité salariale persiste. Mais je considère que le féminisme s’est perdu dans les années 80, en basculant de la quête de l’équité à la haine de L’autre, de l’homme. Quand c’est le cas, moi je ne m’y reconnais pas. »
À quelques semaines, elle l’espère, de pouvoir fêter le 10e anniversaire de L’autre, l’heure est au bilan. Inutile d’être devin pour comprendre que ce n’est pas l’exercice préféré de Valérie Dupont. Tout au plus consent-elle à exprimer la satisfaction d’avoir créé « le bar où elle aurait aimé sortir à l’époque, un lieu où l’on peut danser, parler, sans prise de tête ». Et aussi d’avoir trouvé la force d’être toujours là : « Still alive », tout simplement. Une longévité qui inspire le respect de Jean-Christophe Tortora, le patron de La Tribune : « Il y a beaucoup de sprinteurs dans la nuit. Elle a des qualités de marathonienne. Sans doute grâce à son histoire, ses valeurs solides, issues de la terre. »
Fin connaisseur de la nuit toulousaine, Bernard Courrèges sait également apprécier sa longévité : « On ne dure pas dans la nuit si on est tordu, que l’on se laisse marcher sur les pieds, ou que l’on s’acoquine avec des voyous. Elle a fait preuve d’une opiniâtreté démesurée. »
Et la suite ? Forcément, comme tout le monde, elle trouve le temps long. Et reconnaît que tout lui manque, les DJs, « ses petits chéris » avec lesquels elle a noué des liens forts, les clients, les potes, l’ambiance. Même si elle a plutôt bien vécu le confinement : « Être isolée, confinée est quelque chose que je connais, notamment depuis mes différentes maladies. C’est la perte de repères qui est le plus difficile pour moi. Le fait de ne pas savoir quand je vais y retourner. Ce confinement, c’est comme un coup de chevrotine en plein envol. Il me tarde de rouvrir. Je suis sûre que la nuit n’est pas morte… »

Elle confesse par ailleurs que cette épreuve l’a rendue encore plus agoraphobe : « Jeune, j’étais trop perméable et les gens me piquaient toute mon énergie. Je ne savais pas me protéger. J’y parviens davantage. Mais du coup, c’est en voyant moins de monde. Avant, je recevais beaucoup. Mais je me laissais envahir, je voulais satisfaire toutes les envies. Maintenant, je vois un peu plus venir les gens. C’est pour ça qu’il faut que je sois prudente. C’est toute ma problématique, ce nuancier, difficile à appréhender pour moi. »
Une différence de plus avec Régine, avec laquelle certains ont pu la comparer depuis son entrée dans le monde de la nuit. « Je comprends ce que les gens veulent dire mais je n’arrive pas à le voir comme un hommage. Je trouve que ça me vieillit… » Un avis mille fois partagé par Eve Pouzergues : « Valérie a une clientèle jeune, elle sait s’adapter, écouter. Elle est dans le coup. » « J’ai compris qu’il fallait renouveler, approuve la principale intéressée. J’arrive à voir ce qu’il faut faire de manière expérimentale » Car la Jeunesse de L’autre, Valérie Dupont dit la comprendre à part les plus jeunes dont elle ne comprend pas pourquoi ils se mettent dans de tels états.
À la tête du Puerto Habana depuis 10 ans, Bernard Courrèges approuve : « C’est une femme atypique, intelligente, qui a su se démarquer des autres en personnalisant son affaire, en amenant sa patte. Elle a su créer un after très bien. Et beaucoup de clients viennent pour elle car elle n’est pas du genre à se cacher dans l’arrière-salle. Même si elle ne se gêne pas pour dire ce qu’elle pense. »
Une franchise qui semble être la marque de fabrique de Valérie Dupont : froide de prime abord, elle n’est pas ce que l’on appelle une personnalité avenante : « Je suis moi, point barre, se défend-t-elle. Je fais ce que je dis et je dis ce que je fais. On m’a dit un jour que mon pire défaut était de croire que les gens étaient comme moi. Mais je préfère ça plutôt que faire les choses « à la toulousaine » Et puis force est de constater que ma présence à L’autre a un réel impact sur le CA. »
Un Autre dans lequel elle dit avoir (enfin) trouvé sa (juste) place. « Aujourd’hui, ce n’est plus un mirador. C’est ma place. Être derrière le bar me plaît, je ne pourrais plus me retrouver de l’autre côté. Et puis ça met de la distance entre les gens et moi. »
Pour Armelle Barelli, elle a surtout découvert qu’elle pouvait faire les choses seule : « Je ne l’ai jamais vu aussi épanouie. C’est le premier projet qu’elle mène en liberté, qu’elle a vraiment choisi. Je pense que tant que ses parents étaient là, ce n’était pas possible. Là, elle assume tout. L’autre, c’est son truc, un peu le bébé qu’elle n’a pas eu. Maintenant, elle est en paix avec elle-même. Elle se regarde enfin, maintenant. » L’heure de penser enfin à elle ?
« Je n’ai pas eu de relation de plus de trois mois depuis ma séparation il y a 20 ans. Et rien du tout depuis sept ans, avoue-t-elle sans fausse pudeur. Parfois, je me dis qu’il n’y a pas de place pour quelqu’un. Je n’attends pas…même si je n’ai pas fermé la porte. Ça pourrait m’arriver mais ça me fait terriblement peur parce que je me sens encore très vulnérable… »
Pour son ami Jean-Christophe Tortora, « en créant L’autre, elle fait pour les autres ce qu’elle n’a peut-être pas réussi à faire ou organiser pour elle. C’est un accomplissement. Et puis le vendredi et le samedi, elle n’est pas seule. Et elle apporte du plaisir. »
Demeure cette interrogation, mais pourquoi la nuit ? à cette question, elle n’apporte pas véritablement de réponse.
Sans doute parce qu’elle a trop peur de tomber dans les clichés : « Le monde de la nuit n’est pas différent de celui du jour : il y des promesses non tenues, de la jalousie, des coups bas. La nuit, c’est juste plus théâtral »

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.