retour haut de page

Portrait

Madame Capitole – Corinne Mascala

PAR Claire VILLARD | Photographie de Rémi BENOIT et Matthieu SARTRE
Temps de lecture 5 min

Corinne Mascala Boudu

Depuis l’accession de Régine André-Obrecht à la présidence de l’Université Paul-Sabatier, toutes les facs de Toulouse sont dirigées par des femmes. En 2016, c’est la fac de droit, pourtant généralement brocardée par le Mirail et Paul-Sab pour son conservatisme, qui avait montré la voie en portant à sa tête sa vice-présidente, Corinne Mascala, dont le mandat s’achève dans quelques semaines.

« La marque de fabrique de notre université, c’est un peu : Créé en 1229” », ironise Cécile Chicoye, directrice générale des services. Ici, nous ne sommes pas de grands révolutionnaires ! » Pourtant, en 2016, Toulouse 1 devient la première université toulousaine à placer une femme à sa tête. Le doyen de la faculté de droit, Philippe Nelidoff, se réjouit de cette première : « On présente toujours les juristes comme conservateurs mais on n’a pas été en retard ! » Une demi-boutade car si tous assurent que Corinne Mascala a été élue pour ses compétences et non pour offrir une image moderne de l’université, chacun reconnait une part de fierté dans le fait d’avoir poussé dans le sens de la parité.
« Jamais une femme n’avait été élue, mais surtout, jamais une femme ne s’était présentée », nuance la professeure en droit privé. Dans le monde de l’enseignement et de la recherche, la parité est respectée jusqu’au statut de maître de conférences, où près d’un poste sur deux est occupé par une femme. Au grade au-dessus, en revanche, soit celui de professeur d’université, les titulaires sont aux trois-quarts masculins. Comme si le fameux plafond de verre se situait précisément entre ces deux échelons. Et logiquement, plus haut, c’est encore moins accessible (12 femmes sont à la tête des 88 universités françaises, contre seulement 7 en 2012).
Tout n’a cependant pas été aisé au cours de cette campagne, où le fait d’être une femme n’était pas toujours un atout : « Certaines questions ne se seraient pas posées si j’avais été un homme. Comme « sera-t-elle compétente ? », ou bien « aura-t-elle les épaules assez larges ? ». Les mêmes questions auxquelles doivent faire face les femmes en politique. Ça a été assez désagréable ». Autre crainte, celle que la future dirigeante reste dans l’ombre de son prédécesseur, Bruno Sire. « Ça n’a pas du tout été le cas. Elle s’est très vite imposée en tant que Corinne Mascala », témoigne sa chargée de communication, Françoise Montet-Lattes.
Une chose est sûre, l’atmosphère a changé depuis son élection. Selon ses collaborateurs, les « relations sont plus fluides », et le management « plus humain ». Même le personnel qui ne la côtoie pas régulièrement en atteste, comme cette chargée de gestion financière pour qui la nouvelle présidente « semble soucieuse de son équipe ».

Corinne Mascala Boudu

Qualités d’écoute, bienveillance, « douce fermeté » dixit Mme Montet-Lattes… « Mais attention aux clichés » corrigent nos interlocuteurs : « Cela n’est pas dû au fait qu’elle soit une femme, mais à sa personnalité ».
Corinne Mascala ose néanmoins qu’ « une femme est davantage dans la discussion et la négociation. Les femmes ont un rapport différent au pouvoir. Elles se positionnent moins en termes de pouvoir, elles ne font pas les choses que pour elles, mais pour le projet. » C’est ce qui, d’après elle, expliquerait les excellents rapports qu’elle entretient, tant avec le personnel administratif, qu’avec le corps professoral. « J’ai une équipe dévouée, soudée, les relations sont souples, parce qu’il n’y a justement pas de relation de pouvoir : on poursuit un même objectif ensemble. Je suis accessible, la porte de mon bureau est d’ailleurs toujours ouverte. »
Cette ouverture d’esprit tient aussi à son parcours extérieur à l’université toulousaine : « Nombre de mes collègues qui ont fait leur carrière dans la même université ne voient que ce qui ne va pas sur leur site. C’est un peu sclérosant d’avoir une seule vision du monde universitaire. Je serais d’ailleurs favorable à la mobilité dans ce milieu, comme c’est le cas chez les magistrats qui changent tous les sept ans. » Le développement international et en particulier les dossiers européens restera, pour les enseignants-chercheurs, l’un des points forts de son mandat. « Elle nous a encouragé dans le montage de projets européens grâce à des aides financières, sans doute parce qu’elle-même est enseignante. À ce niveau-là, il y a vraiment eu un changement positif », analyse ce professeur de droit public.
Enfin, autre facette largement plébiscitée par son entourage professionnel : elle a choisi de conserver des cours de droit pénal des affaires, sa spécialité, en quatrième et cinquième année, en dépit de ses nouvelles responsabilités. « Je ne me verrai pas remplir uniquement des fonctions administratives.
Le contact avec les étudiants m’est indispensable. Je suis avant tout une enseignante », tranche-t-elle. Elle continue par ailleurs à écrire et à publier. « Madame Capitole », comme elle s’est baptisée elle-même au moment de son élection est donc sur tous les fronts. Des défauts ? « Certains me trouvent sans doute trop autoritaire, et d’autres doivent se sentir en concurrence par rapport aux évolutions de carrière. Il y a bien sûr des gens qui ne m’apprécient pas. De toutes façons, on est plus facilement critiqué que remercié à ce poste ! »

Ce qui n’entame en rien sa motivation à briguer un deuxième mandat. Les prochaines élections sont prévues pour le 13 octobre. En attendant, quels que soient les résultats de celles-ci, il s’agit d’organiser une rentrée universitaire dans un contexte et avec des contraintes inédits. « Nous avons élaboré plusieurs scénarii en fonction de l’évolution de la situation sanitaire. Dans le meilleur des cas, nous pourrons effectuer la rentrée en présentiel. Là, le masque sera obligatoire, dans les couloirs, les salles de classe, les amphis. » Pour autant, l’épidémie de Covid-19 empêchera des étudiants de se rendre sur place : les malades et certains étudiants internationaux. « J’ai demandé à chaque enseignant de fournir un support numérique, pour chacun de leur cours. Le distanciel garantit une solution de secours, même si notre objectif est de permettre à tous d’être là. » Si des cours à distance doivent être mis en place, ce seront encore d’autres difficultés à affronter. D’abord d’ordre technique : « Tous les amphis ne sont pas équipés pour la captation vidéo, on devra encore bricoler en septembre… » Ensuite, d’ordre humain : « Il y a une très forte réticence chez les juristes pour les cours en visio. Le droit se transmet par la parole. Il y a de leur part une vraie crainte, plus générale, que dans quelques années on nous dise que le présentiel est superflu. Or notre discours, en tant qu’enseignants, suppose le présentiel. »
L’heure est aux nouveaux agencements, à l’installation de signalétique indiquant les sens de circulation sur le campus, ou à l’ajout de systèmes de ventilation pour créer des courants d’air. Chaque mission, l’une après l’autre. Pour continuer à anticiper ce qui peut l’être.

Partagez

Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.