Interview

Maryse CarrarettoDernières nouvelles de la civilisation rurale

Rédaction : Sébastien VAISSIERE,
Photo : Rémi BENOIT,
le 14 octobre 2020 Temps de lecture : 3 min.
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Anthropologue spécialiste en ethnologie des sociétés rurales européennes, Maryse Carraretto a longtemps étudié la place des animaux dans la ruralité. Cette enseignante et chercheuse associée au Laboratoire interdisciplinaire Sociétés Solidarités Territoires de l’université Jean-Jaurès, connaît bien cette relation directe et utilitaire aux animaux. Relations que les sociétés urbaines abandonnent peu à peu au profit d’un modèle reposant sur l’empathie, et parfois l’anthropomorphisme.

Quand avez-vous pris conscience de ce changement ?
Dès les années 1990, je me suis rendue compte que la population qui avait connu le monde rural d’avant le Plan Marshall était en train de disparaître, et que la modernisation des habitats apportait des changements extraordinaires dans leurs relations aux animaux.

Quel lien existe-t-il entre habitat et relation aux bêtes ?
Les sociétés rurales anciennes connaissaient une grande proximité physique avec les animaux. Dans une ferme on avait un mur mitoyen avec l’étable, et la cuisine au-dessus de la bergerie. On ne se posait pas de questions. On vivait avec eux, tout simplement.

Dès lors, comment l’animal était-il considéré ?
D’abord comme un outil. Les bœufs au champ, les chevaux au débardage, les ânes au transport. Également comme une source alimentaire : animaux de la basse-cour, cochons, vaches, veaux, avec lesquels on va faire des provisions. Entre les deux, l’animal de rapport, qu’on élève pour en retirer un revenu, comme les poules ou, chez nous, les canards gras. Et enfin, celui avec lequel on coopère. Le chien de chasse, le chien de garde, le chat chasseur de rongeurs ou le cochon truffier.

Quid du traitement réservé à ces bêtes ?
Elles sont entourées de mille soins. Non pas pour des raisons affectives, mais parce qu’elles sont précieuses. On ne change pas tous les quatre matins sa paire de bœufs ou son chien de berger. Les animaux sont à l’abri l’hiver, en liberté l’été, et, quand les temps sont durs, sont mieux nourris que leurs propriétaires. C’est cet équilibre très ancien qui sera bouleversé par la modernisation de l’agriculture, notamment du fait du changement d’échelle. Dans les sociétés rurales anciennes, le propriétaire de dix vaches est déjà considéré comme un éleveur très important. Il garde une grande proximité avec ses bêtes, est capable1

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