Interview

Maylis AdhémarPremière foi

Rédaction : Sébastien VAISSIERE,
Photo : Rémi BENOIT,
le 14 octobre 2020 Temps de lecture : 6 min.
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La bonne surprise toulousaine de la rentrée littéraire n’est pas à chercher chez Dubois, Garcia ou Mauvignier, mais auprès de Maylis Adhémar. Cette journaliste habituée des colonnes de Clutch et de Ça m’intéresse publie chez Julliard un premier roman impeccable sur un sujet pourtant épineux et propice aux lieux communs. L’histoire de Sixtine qui, à la faveur d’une naissance et d’une fracture du crâne, parvient à s’extirper du milieu catholique intégriste nantais dans lequel elle a grandi. Dans ce récit initiatique, Sixtine balance entre ce qui l’emprisonne (la culpabilité, le devoir, les malentendus, le fondamentalisme, les injonctions, la bigoterie) et ce qui la libère (le désir, la vie rurale, la maternité, la foi, le retour aux racines, l’amitié et les berges du Lézert). 300 pages nettes et sans effets superflus, qu’on vous conseille vivement de lire après avoir parcouru, en guise de préambule, l’interview qui suit.

Votre éditrice chez Julliard n’est autre que Vanessa Springora, dont le livre Le Consentement, paru en janvier, décortique l’emprise exercée par Gabriel Matzneff sur l’adolescente qu’elle était. Vous vous doutiez que votre roman, qui traite d’une autre forme d’emprise, allait la séduire ?
Maylis Adhémar : Pas du tout. Je n’avais même pas songé à lui envoyer le manuscrit. Il est arrivé sur son bureau par un concours de circonstances. C’est, je crois, le parcours de Sixtine qui l’a séduite. Celui d’une femme naïve, un peu coincée, qui se libère de ses chaînes. D’après ce que je sais, la construction du livre, qui alterne récit et lettres, présent et passé, a également pesé dans son choix.

Le récit mêle effectivement deux parcours. Celui d’une femme qui s’affranchit du catholicisme intégriste en 2013, et celui de sa mère, qui s’est abandonnée au fondamentalisme dans les années 1970 pour fuir la bohème ariégeoise de ses parents baba-cool…
Je trouvais intéressant de raconter à la fois une libération et une conversion. Les parcours de libération nous paraissent plus naturels, plus évidents, mais il existe encore de nos jours des parcours d’enfermement. Chez les cathos intégristes, il y a bien entendu une grande partie d’aristos et de bourgeois, marqués politiquement par l’Action Française ou les mouvements monarchistes, mais aussi des gens un peu paumés issus de familles populaires, qui se laissent happer par ce milieu. Ils y trouvent  un cadre et des règles que la société ne leur offre plus. Des jeunes qui s’enferment volontairement, il y en a plus qu’on croit. On le voit bien avec l’islam radical.

Vous peignez la vie des familles catholiques tradis, notamment leur intimité, avec force détails. Avez-vous enquêté avant l’écriture du roman ?
J’ai mené une enquête journalistique dans le microcosme intégriste local au moment du débat1

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