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Interview

Un bon coup de pression – Rémi Gaillard

PAR Sébastien VAISSIERE
Temps de lecture 4 min

Aux dernières municipales, pendant que le parti animaliste toulousain recueillait 1,52% des voix, le Youtubeur montpelliérain Rémi Gaillard passait à 200 voix à peine du 2e tour. Ce vidéaste connu depuis 1999 pour ses impostures absurdes et punks, revendique 7 millions d’abonnés, soit autant que de téléspectateurs du 13H de Jean-Pierre Pernaut. Influent soutien local du RIP, il semble pourtant avoir la tête ailleurs, occupée par un vaste projet dédié au bien-être animal.

Pourquoi avoir signé le RIP ?
Parce que je suis d’accord avec les six propositions et parce que Hugo Clément m’a appelé pour que je signe. Et malgré le fait que, deux mois après son coup de fil, il ait participé à Fort Boyard, une émission avec des tigres en cage.

Xavier Niel ne cache pas vouloir aller beaucoup plus loin que ces propositions. Jusqu’où faut-il aller ?
Ceux qui ne veulent pas aller plus loin seront toujours à temps de s’opposer aux prochaines. Jusqu’où il faut aller ? Je ne sais pas. Je ne suis pas milliardaire et je ne crois plus aux pétitions.

Vous pensez le RIP inutile ?
C’est un bon coup de pression aux élus, mais je ne crois plus à ces modes d’action. En face il y a aussi des coups de pression. Gérard Larcher, le président du Sénat, qui est pro-chasse, fait tout pour décourager les signatures. On n’arrivera à rien comme ça.

Comment alors ? Par des actions plus radicales ?
Non. On ne convainc pas les gens en les agressant. Je n’aime pas les méthodes extrêmes de certaines associations. J’ai fait des vidéos pour L214 ou Peta parce que je partage leurs idées, mais leur façon de communiquer ne me va pas.

Pourquoi ?
Je suis d’accord sur le fond mais je n’aime pas les donneurs de leçons. Moi, je ne mange plus de viande depuis deux ans, mais si on m’avait donné des leçons, j’en aurais sans doute mangé encore plus.

@ Laurent Gonzalez

Vous préférez mener des actions trash et tourner des vidéos un peu punks sur les bords…
En 2016, quand je me suis enfermé cinq jours dans une cage de la SPA pour dénoncer l’isolement des chiens en attente d’adoption, ça n’était pas dirigé contre les gens. Au contraire ça m’a réconcilié avec l’être humain. J’essaie d’être cohérent avec moi-même, de ne pas faire la morale, de faire sourire les gens et avancer les choses.

Votre façon de faire pendant les municipales était plutôt outrancière, mais vos propositions pour les animaux semblaient sérieuses…
On me dit que je suis tout sauf con mais qu’au moment de défendre mes idées je montre le contraire. Aux municipales j’ai défendu la cause animale, mais je l’ai gardée en retrait. Je savais qu’en ne parlant que de ça, je ferais un score moins bon qu’espéré. Alors j’ai parlé de la société en général. Et on a fini à 200 voix du deuxième tour.

Pour quel résultat ?
J’ai fait avancer mon projet Anymal. J’ai été reçu il y a quelques jours par Carole Delga qui m’a assurée du soutien de la Région. Elle l’a fait avant les élections, pendant les tractations de l’entre-deux-tours, et après le deuxième alors qu’elle aurait préféré que je rejoigne le candidat socialiste. Mais elle se place au-dessus des partis sur ce sujet. Je trouve ça assez exceptionnel. Et pourtant, je n’aime pas les politiques.

Qu’est-ce que ce projet Anymal ?
25 hectares consacrés aux animaux dans la Métropole de Montpellier ou à proximité, avec des espaces de liberté, des bassins, une pension, des chiens à l’adoption, des espaces aménagés pour les chevaux, une brasserie vegan, une salle de spectacle, un sanctuaire pour animaux de ferme, une clinique vétérinaire, une boutique, des hébergements écoresponsables, des espaces de coworking avec formation au bien-être animal…

Vous n’étiez pas vraiment engagé sur ce sujet à vos débuts en 1999.
Que s’est-il passé ?
Un jour ma copine est partie faire la saison et m’a demandé de garder son chien et d’arroser ses fleurs. J’étais un peu paumé au début. J’ai promené les fleurs et arrosé le chien. À la fin de la saison, elle n’est pas revenue. Alors Tilay est devenu mon chien. Il est mort le 2 mai 2016. Ce jour-là j’ai perdu mon meilleur ami, ma famille… une partie de ma vie. Quel effondrement… J’ai promis de tout faire pour ses congénères. Et c’est parti comme ça. Tu t’enfermes dans une cage, tu fais 50 millions de vues, tu arrêtes de manger de la viande, tu es contre la corrida, tu vois d’autant plus la souffrance animale que tu t’y intéresses. Tu vois l’être humain. Et tu fais Anymal.

Chasseurs et aficionados mettent en garde contre le changement de civilisation et les ruptures dans la tradition qu’entraînerait la modification de nos rapports aux animaux. Vous comprenez cette réserve ?
Mettre à mort un animal dans une arène, c’est mettre un animal à mort dans une arène, point. C’est une torture extrême. La tradition n’est pas un argument non plus. On a arrêté beaucoup d’autres traditions. J’essaie parfois de comprendre les pros corrida, mais je n’y arrive pas.

Vous êtes pourtant né dans une région de culture taurine…
Oui, il n’y a pas si longtemps encore j’allais voir des courses camarguaises. J’adorais ça.  C’est difficile d’en parler parce que les gens mélangent tout et font des amalgames. Dans la course camarguaise les taureaux ne sont pas torturés. On les considère comme des seigneurs. Rien à voir avec l’exécution de la corrida. Mais c’est terminé la corrida, c’est en train de s’éteindre, comme le reste. Quand les générations futures découvriront des images de notre époque, avec ses orques dans les parcs marins, ses animaux de cirque et ses corridas, elles auront honte de nous.

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.