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Reportage

RIP Kiki – Cimetière des animaux

PAR Emilie Dias | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 4 min

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Créé en 1968 par un laborantin toulousain, Maurice Massonnier, le cimetière des animaux de Beaumont-sur-Lèze (31) est géré depuis 1992 par une association qui porte son nom. Boudu s’est glissé dans les allées de ce lieu étrange et quiet, semblable à quelques détails près aux cimetières humains, à la rencontre des maîtres éplorés penchés sur la tombe de l’animal qu’ils aimaient.

Thérèse Campan, 87 ans, est assise près de la tombe de son chat Trésor. Son « minou » mourant l’a inspirée pour terminer son livre « Un crime presque parfait sous la 3ème République. » Elle lit à haute voix ces derniers mots, pour celui qui a partagé sa vie pendant 15 ans : « Un sentiment de révolte m’anime, je ne souhaite pas sa sépulture dans mon jardin. C’est donc avec émotion et empressement que je choisis d’inhumer Trésor au cimetière animalier de Beaumont-sur-Lèze. » Dans ses yeux abîmés, son amour des animaux déborde et elle l’assume : « On me prend souvent pour une fada, mais en enterrant mon chat ici, je voulais le déconnecter des ambiances hostiles. » Dans ce cimetière, implanté en pleine campagne haut-garonnaise, seul le bruit des moustiques vient troubler le calme. Ici, 1682 animaux ont été inhumés. Des chiens, des chats, lapins, hamsters et même un furet. Seuls les animaux de compagnie sont autorisés. Pourtant, en se glissant dans les allées étroites, on remarque que la première tombe était celle d’une ânesse. Noisette appartenait à Maurice Massonnier, le fondateur du cimetière. Dans les années 1960, ce scientifique toulousain achète ce terrain pour ses propres besoins. Après Noisette, il enterre ses deux chiens, Tomy et Ralph, et commence à inhumer les animaux de ses amis. Le cimetière s’agrandit et devient en 1968 officiellement un lieu pour les animaux. À l’entrée du champ de repos marbré, une stèle rend hommage à Maurice Massonnier. Aujourd’hui, le lieu est géré par l’association qui porte son nom. Michel Caboche, qui a connu le créateur dans les années 1970 en est devenu le président. Ce passionné guide, conseille les curieux et raconte avec emphase l’histoire du lieu.

@ Rémit Benoit

@ Rémit Benoit

LA RELIGION PRESQUE ABSENTE
Chaque sépulture raconte l’histoire d’une famille. Des photos, des souvenirs, des statues ornent les tombes. Enterrer leur compagnon de vie ici est une façon pour les maîtres et maîtresses de les honorer. « Je voulais leur rendre hommage », confie Véronique Andreu, secrétaire du cimetière. La bénévole a connu le lieu en 2003 et en est tout de suite tombée amoureuse : « C’est un endroit tristement beau ». Elle y a acheté un caveau où reposent trois chiens et quatre chats. Un geste que n’ont pas toujours compris ses proches. Qu’importe, pour elle, ses animaux avaient une âme. Une certitude partagée par Carine Itani : « Je voulais respecter leur corps, ne pas les jeter à la poubelle ou dans un jardin », explique-t-elle la gorge serrée. Elle se rend tous les mois à Beaumont-sur-Lèze pour entretenir le caveau de ses quatre animaux. Avant d’arroser les fleurs, de retirer la mousse, elle fait une prière : « C’est mon rituel, ça me fait du bien, c’est une sorte de méditation, il n’y a rien de religieux là-dedans. » La religion, d’ailleurs, est presque absente du cimetière animalier. Peu de croix, peu d’étoiles de David sur les stèles. Mais lorsque des croyants se présentent, Michel Caboche, le président de l’association respecte leurs volontés. « Des musulmans nous ont demandé d’orienter la tête de leur animal en direction de la Mecque. Ce que nous avons fait. »

@ Rémit Benoit

En 2018, l’association a obtenu la reconnaissance qu’elle attendait depuis longtemps. Brigitte Bardot en est devenue la marraine pour le 50e anniversaire du lieu. Dans une maisonnette qui fait office d’accueil, le président montre avec fierté la lettre écrite de la main de l’icône yéyé, placardée sur le mur : « C’est avec émotion que j’accepte d’être la marraine de ce lieu de souvenirs et recueillements indispensables au repos de nos meilleurs amis chiens et chats. »

Chez les adhérents que nous croisons, les animaux disparus profitent du même traitement que les défunts de la famille : «  Au même titre que j’entretiens la tombe de mes parents, j’entretiens celle de mon chien », assène Maryse. Tous les mois, cette Toulousaine vient nettoyer et agrémenter de nouveaux jouets la tombe de son chien Kenzo. À chacune de ses visites, elle pose un baiser sur la photo de son caniche : « Mon chien était comme un enfant, il était toujours à l’écoute. J’avais une relation très fusionnelle avec lui. Quand il est décédé, j’en ai été malade pendant longtemps. »

@ Rémit Benoit

Pour Yvette aussi, ses chiens font partie de la famille. En 30 ans, cette sexagénaire a enterré ici dix animaux de compagnie. Ses trois caveaux en marbre rose, garnis de photos, stèles, objets divers, témoignent de son affection :
« J’ai déboursé 2000 euros pour ces trois caveaux. Quand on aime, on ne compte pas ! Mes enfants enterreront aussi leurs animaux dans un cimetière. Avec mon mari Jean-Bernard, nous leur avons transmis cette passion. » À la Toussaint, Yvette n’oublie pas ses animaux défunts, et fleurit leur tombe comme celle de ses parents. À Noël, elle leur achète un jouet neuf qu’elle dépose sur le caveau décoré de sapins et de guirlandes : « Ce n’est pas un lieu qui fait peur, il n’y a que de l’amour et de la simplicité. Ici, tout le monde se comprend. »
La secrétaire du cimetière, Véronique Andreu, constate que la relation entre l’être humain et l’animal a bien changé. Des familles de la France entière et de l’étranger achètent des caveaux au cimetière : « La jeune génération a compris que l’animal méritait lui aussi le respect dans la mort. » À Beaumont-sur-Lèze, 70 enterrements ont lieu chaque année. Cercueils, caveaux, emplacements, stèles, Pascal, l’homme à tout faire et les bénévoles de l’association confectionnent tout eux-mêmes.
Le seul salarié du cimetière organise aussi les enterrements : « Ce sont des moments simples, sans musique et discours. » Dans le dédale de tombes, certaines semblent abandonnées. Si les tombes ne sont pas entretenues, les restes des animaux sont enterrés dans le jardin des souvenirs :  « On essaie de respecter l’animal jusqu’au bout, même si les familles ne sont plus là. ».

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.