Portrait

TitoL'enchanteur

Rédaction : Vincent Sarthou-Lajus,
le 4 novembre 2020 Temps de lecture : 15 min.
Partager : TwitterFacebookMail

Sur la scène d’Odyssud où Édouard Baer présente ce mois-ci sa dernière pièce, les Toulousains familiers des nuits de Victor-Hugo, du gras de Noir de Bigorre et du son de la guitare sèche, reconnaitront la silhouette de Tito. Guitariste d’élite, maître coupeur de jambon, grand viveur, saltimbanque à la joie communicative, quelque part entre le marlou d’Audiard et la créature fellinienne, cet Aquitain a traversé bien des déserts avant de vivre, à la radio, au théâtre et au cinéma, une vie rêvée d’amuseur et de fantaisiste.

Si je te dis tout, je pars en prison et ton magazine sera retiré des kiosques ! » Tito s’esclaffe en remuant sur place avec son air canaille, à la fois inaltéré et toujours surprenant. Presque vingt ans pourtant qu’on connaît l’animal, dans le genre félin ondoyant, regard aux aguets, voix mélodieuse au bord du rire. On se souvient de lui la première fois en 2002 ou 2003, derrière le comptoir du J’Go, l’établissement de la place Victor-Hugo : il coupait, avec une inlassable patience méthodique, des lamelles de Noir de Bigorre, puis à la fin du service, troquant le jambon et le couteau pour la guitare, il avait diverti les derniers clients jusqu’à l’aube dans un mélange, qui depuis a fait sa légende, de chansons à boire et de mélodies à pleurer.
Cette nuit qui en a appelé beaucoup d’autres en sa compagnie, on se rappelle l’avoir trouvé spirituel, racé, flamboyant, une gueule de Cheyenne et des manières délicates ; aujourd’hui à 55 ans, frais grand-père, il n’a pas beaucoup changé. Il revient ce mois-ci Odyssud (du 19 au 21 novembre), où il accompagne sur scène Édouard Baer dans son spectacle Les élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce. Un titre à rallonge comique, très baeresque, mi-De Broca mi-dada, qui conviendrait également très bien pour présenter la vie de notre sujet.
En guise d’amorce édifiante, le jour de notre rendez-vous, il se pointe vêtu d’une improbable chemise à motifs floraux taillée sur mesure en Chine et siglée El Tito sur la bande du col (« Je t’ai pas raconté ? Ma photo avec François Hollande trône dans le plus grand souk de Shanghai… »). Sans attendre, il en retrousse les manches pour découvrir ses avant-bras couverts de tatouages à l’encre turquoise estompée (dans le détail : un poignard de la vengeance, une tombe, un1

La suite est réservée aux abonnés.

Accédez à tous les contenus de Boudu en illimité.
Ou achetez directement le magazine en version pdf

À lire aussi dans ce numéro

Format court -

Hors les murs

Si Boudu s’est naturellement et principalement intéressé, depuis sa création, à ce qui se passe dans notre région et aux hommes et femmes qui l’habitent, il nous est cependant arrivé...

> Lire l'article <
Format court -

Etonnement

ça nous est tous arrivé au moins une fois. On voyage quelques jours dans un autre pays, on traverse en marchant des villes étrangères, attentif à leur atmosphère, leurs parfums,...

> Lire l'article <
Dominique Baudis en campagne
Format court -

Quelle époque !

Comme tous nos contemporains, nous autres Toulousains sommes en quête de sens, de privilèges, de catharsis, de nature, de contact, de travail, d’exutoire et de divertissement. Aussi cédons-nous sans résistance...

> Lire l'article <
Behourd Toulouse