Enquête

Le grand ras-le-job

le 9 décembre 2020 Temps de lecture : 17 min.
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C’est l’une des conséquences inattendues du premier confinement. Assignés à résidence avec du temps pour penser et des raisons d’avoir peur, la plupart des actifs ont envisagé de changer de métier et d’horizon au cours de ce printemps désolant. Désir mu le plus souvent par un ras-le-bol général, quelques questions existentielles, et l’envie de mettre du sens dans son job. Rien que de très courant dans le monde du travail… mais cette fois la Covid et ses conséquences ont donné l’élan nécessaire aux candidats à la reconversion, qui sont, depuis le mois de mai, de plus en plus nombreux à franchir le Rubicon.

« La société dans laquelle je vis me dégoûte ; la publicité m’écœure ; l’informatique me fait vomir. Tout mon travail d’informaticien consiste à multiplier les références, les recoupements, les critères de décision rationnelle. Ça n’a aucun sens. Pour parler franchement, c’est même plutôt négatif ; un encombrement inutile pour neurones. Ce monde a besoin de tout, sauf d’informations supplémentaires. » Cette confidence synthétise si bien les témoignages que l’on recueille en cet automne 2020 auprès de nos contemporains qu’elle pourrait avoir été entendue tout à l’heure à la sortie d’une PME de Toulouse, Labège ou Montpellier. Il n’en est rien. On la trouve à la page 41 du roman de Houellebecq Extension du domaine de la lutte, paru il y a un quart de siècle. On le saura la prochaine fois : pour connaître l’avenir de la société, mieux vaut lire Houellebecq que les journalistes et les sondeurs. Ces derniers, d’ailleurs, sont bien meilleurs pour décrire le présent. Preuve en est cette enquête Ifop parue en juin : 58% des salariés y estiment que le confinement a changé leur rapport au travail, et 81% déclarent que le bien-être constitue désormais leur enjeu prioritaire… contre 56% à peine en 2018 ! Parmi les éléments garantissant ce bien-être, 31% mentionnent « donner du sens à son activité ». Quant aux principaux changements attendus, la « meilleure conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle » concerne 27% des sondés.

Ainsi s’annonce la nouvelle donne post-covid du monde du travail. Phénomène que Stéphane Pannetier, salarié toulousain que Boudu a rencontré et qui a quitté son emploi pour vendre du fromage (voir p.31) appelle « l’effet confinement. »  Effet à la fois perturbateur, révélateur et accélérateur, que mesure depuis le printemps Marielle Bovo, consultante en ressources humaines au club CIBC AgirE en Haute-Garonne, Lot et Tarn-et-Garonne : « Je1

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