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Des microparticules de plastique dans les Pyrénées

le 15 février 2021 Temps de lecture : 4 min.
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Il pleut du plastique dans les Pyrénées ? Non ce n’est pas une blague ! 365 microparticules de plastique ont été retrouvées par jour et par mètre carré par des chercheurs du CNRS dans le massif des Pyrénées. Autant que dans les plus grandes mégalopoles.

C’est sur le site classé Natura 2000 de la station météorologique de Bernadouze, dans la Haute Vallée du Vicdessos à près de 1500 mètres d’altitude et plusieurs kilomètres du village le plus proche, que l’étude (publiée le 15 avril 2019 dans Nature Géoscience) a été menée entre 2017 et 2019 par des chercheurs du CNRS des Universités de Toulouse, Orléans et de Stratchclyde en écosse. «
On a testé le taux de microparticules de plastique dans des échantillons de neige et on en a trouvé en quantité non négligeable. L’intensité de cette pollution a été similaire à ce qu’on pourrait retrouver dans des grandes villes », explique Gaël Le Roux, directeur de recherche au CNRS et géochimiste au Laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement, avant de continuer : « Grâce aux modèles atmosphériques, on a pu déduire que les microparticules de plastique retrouvées sur la tourbière de Bernadouze avaient voyagé sur plus de 150 km. » Le principe est simple, des microparticules de plastique pour la plupart invisibles à l’œil nu sont arrachées au sol par les vents et sont ensuite déposées plus d’une centaine de kilomètres plus loin par les pluies dans les montagnes. Les gouttes d’eau rencontrent les microparticules de plastique présentes dans l’air, ce qui a pour effet de les faire tomber au sol.
Un problème extérieur qui vient polluer, comme le feraient certains métaux, les sols de la tourbière de Bernadouze pourtant épargnée par la pollution locale. Si cette pollution de plastique provient principalement des emballages, de sacs, de textiles ou encore d’objets à usage unique, d’autres secteurs de l’économie mondiale sont pointés du doigt.
« Il ne faut pas oublier les plastiques issus de l’agriculture ou du secteur du BTP qui sont généralement laissés à l’air libre. Soumis à l’impact des rayons lumineux, ils se dégradent plus rapidement et ne sont pas contrôlés comme d’autres produits plastiques recyclés ou incinérés », raconte le chercheur. Mais l’origine des plastiques retrouvés reste incertaine. « Le plastique est utilisé à l’échelle globale, on peut donc imaginer que les microplastiques retrouvés dans les Pyrénées ont une vingtaine d’années. Ce ne sont que des suppositions, nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour dater et certifier l’origine de chaque composant. » De plus, un même composant plastique peut se retrouver dans une multitude d’objets aux utilisations diverses. En plus de la neige et de la pluie, les océans ramèneraient aussi leurs lots de microparticules de plastique. « Il existe un vrai cycle des microplastiques. Dans une étude récente, on a démontré qu’une partie des microparticules de plastique des océans peuvent se retrouver dans l’air avec l’effet des embruns et des tempêtes », précise le scientifique. De quoi rappeler que près de 10 % de la production mondiale de plastique finit dans les océans. C’est d’ailleurs cette accumulation d’agents plastiques qui a fait apparaître, dès 1997, le tristement célèbre « septième continent », dans le nord-est du Pacifique.

Plastique Pyrénées

Echantillonnage du collecteur de pluie et neige à Bernadouze (Ariège) @ J.Sonke CNRS-ANR ATMO-PLASTIC.

Sans frontières
« Les milieux naturels comme la zone de Bernadouze dans les Pyrénées sont des sentinelles marqueurs de l’impact humain, ils ne réagissent pas de la même manière que les zones urbanisées depuis plus de 40 ans », raconte Gaël Le Roux. Ce qui provoque inévitablement un bouleversement très rapide des écosystèmes dans ces zones pourtant préservées. « Pour lutter contre la dispersion du plastique dans l’air, il faut d’abord mieux gérer l’utilisation, la production et surtout la gestion du tri qui posent un réel problème à l’échelle globale. » En effet, certains pays moins développés n’ont pas recours au recyclage ou à l’incinération de leurs déchets plastiques et les entassent dans des décharges à ciel ouvert. Un constat qui illustre bien la problématique de l’économie mondiale du plastique : « En France, il y a eu des annonces de l’interdiction des pailles en plastique. Pourtant tous les matins les briques le lait au chocolat que je donne à mes enfants sont équipées de paille en plastique », témoigne en souriant le chercheur avant de continuer :
« Ce sont souvent des effets d’annonce qui montrent une réelle prise de conscience, mais on ne s’attaque jamais vraiment au problème de fond ». L’idée serait donc d’en arriver à des politiques globales avec une aide dédiée aux pays en voie de développement qui consomment de plus en plus de produits manufacturés. Tout en intégrant le concept que l’homme a déjà laissé un héritage à la terre que certains chercheurs s’amusent à appeler « plasticocene ». Une référence à l’ère de l’homme dit « Anthropocène », c’est à dire le moment où la main de l’homme a eu un impact visible sur l’écosystème dans la chronologie géologique. Depuis l’étude publiée en 2019, qui a été confirmée aux USA dans certaines zones des grands parcs naturels, deux projets autour du plastique sont financés. Le premier : « plasticopyr », est un projet à travers 6 sites entre l’Espagne et la France qui a pour but de proposer à terme des solutions efficaces de gestion des déchets sur les sites naturels, ainsi qu’une sensibilisation du grand public. Le deuxième a été créé pour déterminer l’origine de ces microparticules de plastique. Pour cela, plusieurs sites à travers le monde ont déjà été ciblés.

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