Reportage

Desman, le trompe-la-mort

Illustrateur : Laurent GONZALEZ,
le 22 février 2021 Temps de lecture : 5 min.
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Je suis petit, poilu et je vis dans les Pyrénées. Qui suis-je ? Ok, c’est trop vague. Deuxième indice : j’ai une trompe comme l’éléphant, je suis menacé de disparition du fait de l’activité humaine, de la pollution et du changement climatique. Vous l’avez ? J’aime nager dans les cours d’eau d’altitude mais bien malin qui m’aperçoit. Toujours pas ? Normal, le desman est un animal mystérieux et méconnu. Frédéric Blanc, chef de projet au Conservatoire d’espaces naturels en Occitanie, nous aide à combler nos lacunes.

Le desman, ou rat-trompette, est aussi mystérieux qu’insaisissable. Cet animal menacé endémique des Pyrénées fait l’objet de toutes les attentions de la part des spécialistes de la biodiversité mais reste méconnu du grand public : « C’est un peu notre dahu à nous. Une bête semi-aquatique mystérieuse qui constitue à elle seule un indicateur fiable de la santé de l’écosystème pyrénéen » résume-t-il. Entre la taupe, la musaraigne et le rat, le desman a un faciès déconcertant. Classé dans la famille des talpidés, cet insectivore occupe les rivières et torrents du massif pyrénéen jusqu’à 2500 mètres d’altitude et, de façon plus marginale, du nord de l’Espagne et du Portugal.
Apparu voilà plusieurs millions d’années, le mammifère a vu sa population régresser de 60 % en 25 ans. Il fait aujourd’hui partie des espèces répertoriées comme « vulnérables » par le Centre de surveillance et de conservation de la nature. Trois populations distinctes sont présentes entre Espagne, France, Portugal et Andorre. Éloignées les unes des autres, elles souffrent de la consanguinité. Pour tenter d’enrayer cette disparition annoncée, le Conservatoire d’espaces naturels de Midi-Pyrénées a mené pendant dix ans avec plusieurs associations et institutions d’Occitanie un projet baptisé « Life + Desman », visant à protéger l’animal et son habitat, et à mieux connaître son comportement : « Avec l’étude génétique des excréments, on a pu caractériser son régime alimentaire, et découvrir que le desman avait une zone de vie bien plus étendue que prévu, certains individus couvrant jusqu’à 18 kilomètres en un an ! » Une donnée qui vient exploser le seul petit kilomètre de champ d’action qu’on lui attribuait jusqu’alors. « Cela remet en question la gestion de l’habitat de l’espèce qu’il faut impérativement prendre en considération, notamment dans les aménagements locaux », ajoute Frédéric Blanc. Achevé en juin dernier, le programme Life + Desman, sera suivi prochainement d’un nouveau plan d’action nationale.

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