Reportage

Le mystère de la femme sauvage des Pyrénées

Illustrateur : Laurent GONZALEZ,
le 16 février 2021 Temps de lecture : 5 min.
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De toutes les légendes pyrénéennes, celle de la femme sauvage du Vicdessos (ou femme nue du Montcalm) est la plus étrange. En grande partie avérée, elle charrie depuis deux siècles un parfum de scandale qui fascine autant qu’il effraie. Le journaliste et écrivain lot-et-garonnais Michel Gardère est l’un des rares à avoir enquêté sur la réalité historique de cette histoire, n’hésitant pas à s’exposer sur place, en Ariège, à la rudesse de l’hiver et à la douceur des bistrots. Il en restitue pour nous la substantifique moelle, dans un récit qui s’ouvre au restaurant et s’achève au paradis.

La première fois que j’ai entendu cette invraisemblable histoire de la femme sauvage des Pyrénées, ce fut lors d’un repas de journalistes dans un restaurant toulousain. Le Pois Gourmand, me semble-t-il. À la fin de ces agapes farouches et joyeuses, l’aubergiste vint se mêler à la conversation, bouteille de gnole en main. Il nous raconta ce drame qu’il tenait d’un sien parent qui la connaissait lui-même d’un vague cousin ariégeois. Bref, il ne savait plus trop d’où elle venait… Étant avant tout journaliste d’investigation, je fus intrigué par ce conte pyrénéen.
De retour chez moi, je fouillai sur internet et découvrit une flopée d’histoires relatives à cette folle aventure. Je téléphonai donc à mon patron, à L’Événement du Jeudi, Jean-François Kahn, pour l’informer que je partais quelques jours en Ariège, à Foix d’abord et à Suc ensuite – où la femme nue (la nuda) fut aperçue la première fois – pour mener l’enquête. Comme d’habitude, il accepta d’enthousiasme. Le papier parut la semaine suivante. Il connut un certain succès et je reçus quelques lettres m’incitant à poursuivre mes recherches : les lecteurs voulaient en savoir plus. Ce que je fis. Ce travail, qui dura plus d’un an, donna un livre rédigé avec la complicité habituelle d’Anne-Charlotte Delangle, consœur dotée d’un rare talent pour trouver l’introuvable.

À la fin du printemps 1807, deux chasseurs de Suc (Ariège), aujourd’hui Suc-et-Sentenac, partent à la chasse dans les rudes monts du canton de Vicdessos.
À l’heure du casse-croûte, ils s’installent au soleil, sur un rocher, et entament le pain et le saucisson. Le litron de piquette, aussi. Soudain, ils aperçoivent un ours. L’un des deux s’empare illico de son fusil, épaule dans l’intention de dégommer l’animal qui se vend fort cher, tant pour sa viande que pour sa peau.
« Arrête ! Arrête ! lui dit1

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