Enquête

Entre elles

Rédaction : Emilie DIAS,
le 4 mars 2021 Temps de lecture : 8 min.
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Les réseaux professionnels féminins ne sont plus une exception. Lieux d’échange et d’entraide, ils visent à rendre la confiance aux entrepreneures. Boudu s’est intéressé à deux d’entre eux, Bouge Ta Boîte et Glow Up, le nouveau projet des Toulousaines Audacieuses, pour tenter de comprendre le phénomène.

Dans le quartier de François-Verdier, ce 15 septembre 2020, c’est le lancement du réseau féminin Bouge Ta Boîte. Fondé fin 2016 par la journaliste Marie Eloy, le réseau est présent dans 65 villes en France, et pour la première fois à Toulouse.
Dans la salle de réunion, une trentaine de femmes viennent assister à la conférence de Valérie Moreau, animatrice, et membre du réseau. Parmi elles, quelques « bougeuses » et beaucoup de curieuses. La présentation de l’animatrice terminée, place au tour de table. Chaque femme expose son activité en 30 secondes.
« Je veux rendre la Responsabilité Sociale des Entreprises accessible à tous », lance Camille. « J’ai créé la boutique L’Indiscret pour mettre en valeur le savoir-faire français », poursuit Mathilde. Pour ces femmes, c’est une première simulation du Bouge Up, le rendez-vous bimensuel du réseau Bouge Ta Boîte. Une réunion de deux heures où les cheffes d’entreprise présentent leur activité, leurs besoins et leur démarche. Car le réseau est avant tout un lieu d’entraide, de recommandation.
« Vous avez des professions différentes, mais dans votre vie professionnelle, vous aurez, peut-être un jour, besoin d’un expert-comptable ou d’un graphiste. Vous avez toutes les mêmes problématiques de cheffe d’entreprise », explique Valérie Moreau aux entrepreneures. Suzanne Hyronde, coach pour les entreprises et les particuliers a rejoint le réseau Bouge Ta Boite en avril. Les Bouge Up sont pour elle, un moment de solidarité où chaque entrepreneure s’épaule, s’écoute : « On se donne beaucoup d’idées, même si on n’appartient pas au même secteur d’activité ».

réseau femmes Toulouse

Lancement du réseau Bouge Ta Boîte à Toulouse.
@DR

En se recommandant, ces cheffes d’entreprise gagnent ainsi plus de clients et de chiffre d’affaires. Mais pour Suzanne Hyronde, le business « n’est qu’une conséquence de fin. Ce n’est pas le premier but recherché. »
L’objectif premier de ces réunions est de donner confiance aux entrepreneures. Camille Meneghin, a adhéré au réseau Bouge Ta Boîte à Toulouse pour cette raison. Elle qui a fondé son entreprise immobilière il y a un an, avait besoin de soutien : « Pendant les deux heures du Bouge Up, nous sommes dans notre cocon, en confiance. Quand je ressors de la réunion, je me sens à chaque fois reboostée. Je sais que je ne suis pas la seule à subir certaines difficultés. » Rester entre femmes permet d’être plus en confiance et de s’exprimer plus librement. Camille Meneghin a, par le passé, assisté à des réunions de réseaux mixtes. Chaque fois, elle en est revenue déçue : « Je me demandais toujours si un homme voulait travailler avec moi pour le business ou pour autre chose ». Aujourd’hui encore, elle subit quotidiennement des remarques sexistes : « Il y a très peu de temps, un commercial m’a démarchée pour de la publicité. Au bout de 10 minutes de conversation, il a enfin compris que c’était moi la gérante. Il m’a dit que c’était drôle d’avoir à faire à une femme cheffe d’entreprise. » Si le réseau combat ce genre de propos, il ne se dit pas pour autant féministe : « Bouge Ta Boîte est là pour mettre en avant les femmes qui sont encore trop peu nombreuses dans l’entrepreneuriat », précise Camille Meneghin.
Émanciper les femmes entrepreneures est aussi le cheval de bataille du réseau Les Toulousaines Audacieuses, fondé par Carole-Anne Roland. Nous la rencontrons à l’hôtel Ibis Capitole, avec son associée Marion Bonzom-Malaizé. Un lieu que Carole-Anne Roland n’a pas choisi au hasard. C’est à cet endroit qu’elle a organisé le premier événement du réseau féminin toulousain, en octobre 2018 : « J’avais réussi à réunir 10 personnes, puis le réseau s’est agrandi. En deux ans, 400 femmes ont fréquenté nos événements ». Des événements qui prennent la forme d’ateliers, d’échanges et d’entraide entre entrepreneures. « Ces femmes parlent librement, elles se sentent moins jugées. Il n’y a pas d’ambiguïtés, de rapport de séduction. Souvent, les femmes sont plus bienveillantes les unes avec les autres », explique Carole-Anne Roland. Marion Bonzom-Malaizé, 34 ans, s’est-elle aussi sentie plus en confiance dans ce réseau : « C’est mon mari qui m’a poussée à rejoindre Les Toulousaines Audacieuses », s’amuse-t-elle. Celle qui a fondé son cabinet d’expert-comptable il y a deux ans, voulait sortir du cliché du comptable smoking noir à lunettes. Il y a un an, Marion Bonzom-Malaizé a rejoint le réseau féminin toulousain. Carole-Anne a vu tout de suite en elle une associée exigeante et complémentaire : « Quand je lui ai présenté le projet Glow Up, elle avait les yeux pétillants ».

réseaux féminins Toulouse

Carole-Anne Roland,, fondatrice du réseau Les Toulousaines Audacieuses devenu Glow Up et Marion Bonzom-Malaizé
@DR

Les deux entrepreneures ont décidé il y a quelques mois de transformer le réseau Les Toulousaines Audacieuses pour Glow Up, un espace de coworking et de formation réservé aux femmes. Carole-Anne Roland a constaté depuis la création de son réseau que « de nombreuses entrepreneures souhaitaient être accompagnées dans la création ou le développement de leur entreprise. À Glow Up, elles bénéficient de formations complètes grâce à notre programme Créat’her ». Des formations qui abordent aussi les problématiques féminines comme le congé maternité. Les deux entrepreneures qui veulent « faire briller et émanciper les entrepreneures », ne souhaitent pas non plus exclure les hommes du monde de l’entreprise : « Lors des événements des Toulousaines Audacieuses, nous avons toujours quelques hommes qui assistent à nos ateliers. Nous ne les rejetons absolument pas ! » insiste Carole-Anne Roland. « Nous pensons que l’émancipation des femmes doit passer par ce genre de réseau et d’espace, car les inégalités entre les hommes et les femmes sont encore trop tenaces », poursuit Marion Bonzom-Malaizé. Glow-Up a pu ouvrir ses portes en novembre 2020, mais les multiples mesures sanitaires ont contraint les deux entrepreneures à fermer leur espace. « Aujourd’hui nous proposons uniquement la partie formation de notre projet », regrette Carole-Anne Roland. Les deux entrepreneures n’abandonnent pas leur idée et souhaitent, quand la situation sanitaire le permettra, ouvrir à nouveau le premier espace collaboratif féminin toulousain.

Femmes, mères et cheffes d’entreprise

Anais Lisette, formatrice et animatrice dans l’apprentissage de la langue des signes, s’est lancée dans l’entrepreneunariat quand sa fille n’avait qu’un an. Concilier sa vie professionnelle et familiale n’a pas été chose facile. «Je mettais toute mon énergie dans mon entreprise, c’était mon premier bébé. Quand ma fille est arrivée, je ne pouvais plus consacrer autant de temps à mon travail. J’ai dû faire garder très tôt ma fille pour pouvoir développer mon entreprise. » Pour partager ses difficultés de mère et de cheffe d’entreprise, Anais Lisette a pris la codirection début 2019, du réseau féminin les Mampreneures. Chaque mois, les 20 Mampreneures s’aident, se conseillent : « Lors du Mamcafé, nous donnons nos astuces pour savoir comment chacune gère son agenda professionnel et personnel. » Denise Aloisi, entrepreneure dans le design et la communication, a rejoint le réseau l’année dernière. Depuis, elle se sent plus épanouie : « J’ai réussi à trouver cet équilibre entre vie personnelle et professionnelle grâce aux conseils des 20 autres entrepreneures qui comme moi vivent au quotidien les mêmes difficultés de cheffe d’entreprise. »

 

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