Interview

Amandine MarshallNil n’est prophète

Rédaction : Sébastien VAISSIÈRE,
le 2 avril 2021 Temps de lecture : 5 min.
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Docteur en égyptologie, historienne et archéologue, Amandine Marshall a conquis en 15 ans et une vingtaine d’ouvrages, la reconnaissance de ses pairs et celle du grand public. Affranchie du milieu universitaire dont elle a fui les aigreurs et les egos, elle publie une bio attendue de l’égyptologue Auguste Mariette, quelques mois après avoir lancé deux chaînes YouTube au ton résolument décalé.

Amandine Marshall, qui est cet Auguste Mariette dont vous publiez la bio ?
Un aventurier du XIXe siècle célèbre en son temps mais trop souvent oublié de nos jours. C’est pourtant un homme extraordinaire. Un pionnier de l’égyptologie, découvreur du Sérapéum de Saqqarah, conservateur au Louvre… et créateur de l’intrigue du célèbre opéra de Verdi Aïda. J’ai une admiration sans bornes pour ce personnage à part. Sa loyauté, son parcours et son engagement total sont admirables. Il a sacrifié sa santé et sa vie de famille pour l’égyptologie, et compris avant tout le monde le danger que courrait l’Égypte en cédant ses trésors archéologiques au plus offrant.

Comment en a-t-il pris conscience ?
Le Louvre l’a envoyé acheter des manuscrits en Égypte. Sur place, il a découvert le pillage en règle des trésors du pays orchestré par les marchands d’antiquités d’un côté et de l’autre par les locaux qui réduisaient les momies en poudre.

Que fait-on avec la poudre de momie ?
De l’engrais et des remèdes magiques.

Mariette a-t-il tenté de s’opposer à ces pillages ?
Oui. Il a quitté le Louvre pour se mettre au service du vice-roi d’Égypte et lancer un programme de sauvegarde du patrimoine. Cette première mondiale lui a valu bien des problèmes. Ironie du sort, lorsque les premières expositions ont ouvert au public, les visiteurs ne comprenaient pas pourquoi les œuvres n’étaient pas à vendre, et certains demandaient à lécher les vieilles pierres pour profiter de leurs vertus magiques. Il fallait du caractère et de la persévérance pour ne pas baisser les bras !

Vous semblez apprécier les personnages qui sortent du rang…
C’est vrai. En particulier ceux qui s’entêtent et persévèrent. Ça me parle et ça m’inspire. J’ai dû moi aussi m’entêter et persévérer pour réaliser mes rêves. Si j’avais écouté les autres, je n’aurais rien accompli.

On vous a découragée de devenir égyptologue ?
À l’université on vous fait comprendre qu’il n’y a pas de boulot, ou alors qu’il faut se faire bien voir par les bonnes personnes et se mettre à leur remorque. Ce n’est pas mon caractère. J’ai préféré tracer ma voie et vivre de ma passion. J’écris des livres, des articles dans des revues spécialisées, j’anime des conférences, des visites guidées, des chaînes YouTube…

Le milieu ne vous fait-il pas payer cette indépendance ?
Écrire des livres pour enfants et de vulgarisation suffit à faire de vous une ratée dans le milieu de l’égyptologie française. Une égyptologue, ça écrit pour l’élite, pas pour les gens ! Pour ma part les allers-retours entre recherche scientifique et vulgarisation font partie de mon équilibre. J’ai contourné la difficulté en publiant mes recherches directement en anglais. Cela m’a permis de crédibiliser mon travail et d’obtenir la reconnaissance de mes pairs à l’étranger.

Pourquoi ce snobisme ?
Les premiers égyptologues étaient français et issus d’une élite sociale devenue élite intellectuelle. Leurs successeurs en ont gardé un peu la grosse tête. à l’étranger, il est fréquent que dans des rencontres internationales on me dise « Tiens, vous êtes sympa pour une française. » Le plus grave, ce n’est pas la réputation mais la conséquence sur le savoir.

Laquelle ?
À trop négliger le grand public et la vulgarisation, les égyptologues ont laissé le champ libre à des gens qui racontent n’importe quoi en surfant sur le parfum de secrets et de mystère que charrie l’Égypte ancienne. Or, l’Égypte ancienne n’a besoin ni de secrets ni de mystère. Elle est suffisamment passionnante comme elle est. Elle n’a besoin que d’une chose : qu’on la raconte clairement et au plus grand nombre.

1980 : Naissance à Toulouse
1997 : Les fabuleuses légendes de la mythologie grecque, Lombrail-Akermann (recueil de mythes)
2004 : Journal d’un enfant en Égypte ancienne, Gallimard
2014 : Être un enfant en Égypte ancienne, Éditions du Rocher
2020 : conseillère scientifique auprès de France Télévision
2020-20021 : lancement des chaînes YouTube NerfertiTube et ToutankaTube
2021 : Auguste Mariette : un aventurier-égyptologue, Mondes Antiques, réédition augmentée

Amandine Marshall

Auguste Mariette
Un aventurier-égyptologue Mondes Antiques, réédition augmentée

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