Interview

Laurent BarrouFantaisies aéronautiques

Rédaction : Sébastien VAISSIÈRE,
Photo : Rémi BENOIT,
le 6 avril 2021 Temps de lecture : 3 min.
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Aux horaires de bureau, Laurent Barrou travaille chez Airbus. On lui doit notamment des éléments de mobilier et d’aménagement de cabine de l’A380. Le reste du temps, ce designer aéronautique toulousain crée sous le pseudonyme de Yelken Octuri des visuels 3D d’aéronefs chimériques renouant avec le temps où l’aviation était l’apanage des rêveurs et des fous. Un travail colossal consenti pour la beauté du geste, qui lui vaut depuis 10 ans l’intérêt de milliardaires pressés de se payer ces jouets qui n’existent pas.

Les avions que vous imaginez ont-ils une chance de voler un jour ?
Ce n’est pas leur vocation. Je cherche avant tout à créer de belles images et à appliquer à ces projets imaginaires la rigueur du dessin 3D qu’on exigerait pour un projet industriel véritable. Le reste dépend de celui qui les regarde. Certains projets pourtant farfelus m’ont valu des appels de milliardaires qui avaient pris ces avions de science-fiction pour des réalités et voulaient connaître leur prix !

Pourquoi utiliser la 3D ?
J’aime la 3D parce qu’elle permet de générer des images proches de la réalité. On baigne tellement dans ces images qu’on n’imagine même plus le travail qu’elles demandent. Si elles sont bien réalisées, seuls des professionnels peuvent y distinguer le vrai du faux. C’est idéal quand on veut travailler à la frontière du rêve et de la réalité.

Vous qualifiez vos créations d’avions de science-fiction. Pourtant, elles ne ressemblent en rien à ce que la science-fiction produit d’ordinaire… 
Quand on dit science-fiction, on pense immanquablement aux vaisseaux de la Guerre des étoiles. On est tous pareil. Moi le premier : je suis un couillon de base et j’adore ce genre d’univers. Je m’efforce d’explorer d’autres voies, d’autres réalités possibles. Ces avions sont des narrations. Il faut accepter d’entrer dans leur histoire et de se laisser porter.

Comment travaillez-vous ?
Je commence souvent par le dessin et je vois où le crayon me mène. Il y a une grande part de hasard là-dedans. Je saisis une idée au vol que je laisse murir des semaines durant. Parfois des mois entiers. Pour ce qui est des aménagements physiques, des vues intérieures et du mobilier, j’ai toujours mon mètre pliant à côté de l’ordi. Ça me permet d’injecter de la réalité dans l’imaginaire. Dès que je sors de mes compétences et que je me penche sur le fuselage, la conception des ailes, la résistance des matériaux, je ne tiens pas compte de la réalité.

Une façon de vous libérer des contraintes que vous rencontrez dans votre tâche de designer aéronautique ?
Dans la création on peut se faire plaisir partout. Et cela n’a pas forcément de lien avec les contraintes qu’on vous donne.

Vous voulez dire qu’il est plus difficile de créer sans contraintes qu’avec ?
Oui. Je remarque ça tous les jours, chez moi comme chez les autres. On est conservateurs, y compris avec ses pensées. Rien n’est plus difficile que de penser « à côté » des schémas habituels.

Vos créations, aussi farfelues soient-elles, inspirent-elles les constructeurs ?
Non, mais elles m’ont valu de travailler sur l’aménagement intérieur de projets ambitieux et tout à fait sérieux comme le projet d’avion supersonique SonicStar de la société Hypermach ou le dirigeable de l’entrepreneur canadien Hokan Colting. Ce dernier avait un projet magnifique de dirigeable transportant une quarantaine de personnes à l’intérieur de l’enveloppe, et décollant depuis la mer. Hélas, le projet reposant uniquement sur des fonds propres, n’a pas abouti.

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