Interview

Napoléon et nous : spleen à Soult-Berg

Rédaction : Sébastien VAISSIÈRE,
Photo : Rémi BENOIT,
le 4 mai 2021 Temps de lecture : 5 min.
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De retour des guerres napoléoniennes, la plupart des maréchaux ont acquis des hôtels particuliers parisiens et des châteaux Ancien Régime. Soult, lui, fit bâtir dans son village près de Mazamet un château qui, 200 ans plus tard, baigne dans une mélancolie digne du Guépard de Lampedusa. Atmosphère de gloire éteinte et de peinture écaillée à laquelle Boudu vous propose de goûter, guidés par les frères Reille-Soult de Dalmatie, descendants du maréchal.

 

Pourquoi Soult a-t-il fait bâtir le château de Soult-Berg ?
Xavier Reille-Soult : Par attachement familial et affectif à sa vallée natale. Quand on sait que le voyage Mazamet-Paris prenait alors entre une semaine et dix jours et que Soult n’a jamais cessé d’occuper à Paris des fonctions ministérielles, on comprend que ce n’était pas pour des raisons pratiques. Le résultat est un bel hommage à l’Empire. Tout dans la construction et la décoration du château de Soult-Berg témoigne du goût de cette époque.
Jean-François Reille-Soult : Il voulait mourir dans son village. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé. Sur la fin, il dirigeait même son ministère depuis Saint-Amans.

Le château est un héritage patrimonial et historique de votre ancêtre. Quid de son héritage moral ?
X R-S : On ne peut qu’être fiers de cet ancêtre à la fois grand militaire et grand homme d’État, et l’on reste attentifs à la trace qu’il laisse dans l’Histoire de France.
J-F R-S : Son histoire est précieuse parce qu’elle est à la fois une épopée individuelle et une aventure collective. Épopée individuelle d’un fils de notaire pauvre né sous l’Ancien Régime, engagé dans l’armée à 16 ans, qui devient héros d’Austerlitz et président du Conseil sous Louis-Philippe. Aventure collective militaire, dont l’écho retentit encore aujourd’hui, y compris chez nos ennemis d’hier… ce qui nous rend d’autant plus grognons quand les politiques d’aujourd’hui ne sont pas au rendez-vous !

 

 

À quel rendez-vous faites-vous référence ?
J-F R-S : Aux célébrations du bicentenaire d’Austerlitz en 2005 auxquelles aucun représentant de l’État n’a assisté officiellement. La France a même refusé l’exposition tournante proposée par les Autrichiens et les Russes. Drôle de sort réservé à une bataille enseignée dans toutes les écoles militaires du monde.
Que vous inspirent les polémiques sur le sens à donner aux commémorations du bicentenaire de la mort de Napoléon, notamment au sujet du rétablissement de l’esclavage ?
J-F R-S : Les reproches faits à Napoléon sont en partie justifiés mais presque toujours anachroniques. Or, en matière d’Histoire, il n’y a rien de pire que les anachronismes.
X R-S : Ces procès peuvent aussi se comprendre comme des écrans de fumée. Le volontarisme de Napoléon met en perspective la faiblesse de certains de nos gouvernants actuels. Ces débats sont bien entendu légitimes, mais réduire l’épopée napoléonienne à ces questions est blessant pour tous les Français.

Soult traîne lui aussi son lot de casseroles. Il lui est reproché de s’être un peu trop servi dans les musées espagnols au cours de la guerre d’Espagne…
J-F R-S : Le plus étrange est que cela ne repose sur aucun fait. Le comportement de Soult en campagne n’a été ni meilleur ni pire que celui des autres généraux des armées engagées. L’explication réside en partie dans le fait que la première histoire de Napoléon et de l’Empire a été écrite par Adolphe Thiers. Or, ce dernier a été longtemps ministre sous l’autorité de Soult, et les deux hommes se détestaient. Thiers a donc réservé un sort particulier à Soult dans son Histoire du Consulat et de l’Empire, et créé un précédent dont la mémoire du maréchal a du mal à se défaire.
X R-S : Voilà quelques années, j’avais croisé Denis Tillinac qui préparait la rédaction d’un livre sur les maréchaux, reprenant un vieux projet d’Antoine Blondin qui n’avait finalement pas abouti.
En discutant, je me suis aperçu que Tillinac n’avait pas une bonne opinion de Soult sans véritablement savoir l’expliquer. Je suis moi aussi convaincu que l’ouvrage de Thiers est pour beaucoup dans cette image déformée qu’ont certains Français de Soult.

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