Enquête

Gers, homo sweet home

Rédaction : Mariane RIAUTE,
le 8 juillet 2021 Temps de lecture : 5 min.
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« L’Eldorado du tourisme LGBT ». C’est en ces termes que le site internet nord-américain Gay Voyageur présente la région Occitanie dans un papier dithyrambique paru au printemps. Un signe révélateur de l’intérêt croissant manifesté par la communauté LGBT mondiale pour notre région en général…
et pour le Gers en particulier.

Depuis son bureau de la rue Saint-Angèle à Québec, Danny Krinstrom, directeur commercial du site internet de tourisme Gay Voyageur, braque ses jumelles en direction de l’Occitanie : « On trouve là-bas énormément d’établissements bienveillants. Bien d’avantage qu’ailleurs. C’est une région en avance en matière de tourisme homosexuel international » s’emballe-t-il.
Même dans le Gers, département rural par excellence éloigné des grandes Gay Pride de Toulouse et Montpellier, les offres LGBT-friendly fleurissent. Chambres d’hôtes, restaurants ou cours de yoga agitent le drapeau arc-en-ciel en guise de promesse d’un accueil sans discriminations. Clark Massad, qui étudie les tendances du tourisme LGBT en tant que vice-président de l’International LGBTQ+ Travel Association, répond – avec son accent britannique à couper au couteau – aux demandes des régions qui souhaitent mieux accueillir les clients LGBT. Selon lui, la ruralité gersoise est devenue en quelques années une attraction pour cette clientèle : « Il est beaucoup plus facile pour les LGBT de vivre à la campagne, un lieu où le mot communauté a du sens. À la campagne mon mari et moi n’avons jamais été dérangés ! »
À l’Hôtel Guilhon dans le Gers, Thierry Gallardo et son époux louent une chambre d’hôtes étiquetée LGBT-friendly. Le couple, qui vit à Lectoure, n’a jamais ressenti d’agressivité à son encontre. « Le Gersois est tolérant et a une certaine culture du bien-vivre. Il ne s’occupe pas des affaires des autres », observe Thierry Gallardo. Si la campagne sied bien aux deux hommes, ils s’accordent sur cette tradition d’ouverture et de discrétion cultivée par les Gersois. À quelques heures de route vers l’est, à Peyrusse-Grande, se trouve la chambre d’hôtes gay et naturiste Le Clos des Secrets. Marco trouve un intérêt à définir son logement comme LGBT-friendly : « Il y a une complicité dans le milieu gay qui n’est pas la même chez les hétéros. J’accueille les gays à poil et je leur fais la bise. Ça les mets tout de suite à l’aise. Pour les hétéros je suis habillé et on serre la main. Ça met une barrière ».
Quand il sort de la bulle à l’abri des regards qu’offre son écrin de verdure, Marco n’échappe tout de même pas à la valse des moqueries, comme dans n’importe quelle région française. Rejeté par sa famille d’accueil à l’âge de 16 ans, il vit depuis huit ans dans le village où il a épousé son mari. Même à l’occasion d’actes quotidiens comme l’achat d’huile de moteur pour tracteur, il essuie des quolibets : « Les Gersois ont besoin de touristes donc ils acceptent notre venue, mais certains nous regardent quand même de travers. Si on continue d’y séjourner, ils verront qu’on est comme tout le monde et ils apprendront à nous connaître ». Une ouverture d’esprit prêtée aux habitants du sud de la France à nuancer par la pluralité des expériences vécues dans la région, aussi plurielle que les définitions actuelles de genres et de sexualités. Marco n’en finit pas de faire rire ses clients autour des particularités du Gers : « Vous imaginez, les Mousquetaires, D’Artagnan… c’est quand même trois garçons, et l’auteur était gay… Entre nous, on ne va pas se mentir ! »


Réalité objective de l’engagement gersois, une charte Gers-friendly a été conçue en 2005 par le Comité Départemental du Tourisme et des Loisirs du Gers. Les établissements qui signent la charte garantissent aux clients « une tolérance et une ouverture d’esprit totale, évitant tout acte ou attitudes homophobes et discriminatoires ». Lors de sa création, avec la Réunion, c’est une première en France. Loin du Gers, l’aire urbaine de Nice a fait de même en lançant en 2011 le label « Nice, irisée naturellement » pour attester de la qualité de l’offre touristique gay-friendly. 270 établissements ont déjà signé la charte Gers-friendly. Pour Raphaëlle Lequaib du CRTL, cette démarche est essentielle pour ouvrir le Gers : « Le Gers est une terre de métissage et d’accueil pour tous, ça fait partie de notre ADN ».

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Marco avec un client du Clos des Secrets @DR

Au Clos des Secrets, Marco n’a que peu hésité à signer la charte pour proposer « un endroit tranquille où les gays peuvent se poser au bord de la piscine en se tenant la main. Ce n’est pas le cas partout ». Si la majorité des touristes LGBT ne souhaitent pas s’afficher au premier abord comme homosexuels, les mauvais accueils ou refus de locations du fait de leur orientation sexuelle les y encouragent quelques fois. Or ces établissements friendly, parfois même tenus par des personnes elles-mêmes LGBT, offrent sécurité et liberté à ceux qui le souhaitent. « La charte gay-friendly est une vraie philosophie, un état d’esprit et souvent c’est une fierté pour ceux qui la signent de s’affirmer comme accueillants pour tous », explique Raphaëlle Lequaib. Une charte avec un fort potentiel économique et de distinction avec les autres régions. Un marché de niche qui compte une clientèle connue pour son pouvoir d’achat supérieur à la moyenne. Patrick Fontanel, chargé des relations presse au Comité Régional du Tourisme et des Loisirs d’Occitanie, remarque l’engouement de la presse nationale et internationale gay pour le voyage en Occitanie, même en dehors des vacances scolaires : « C’est une clientèle souvent sans enfant, avec un haut revenu et qui consomme beaucoup de loisirs ». L’IGLTA estime la population LGBT entre 6 et 8 % de la population totale et 10 % du marché du tourisme national. Avec 1,3 million de touristes chaque année, le Gers accueille potentiellement une centaine de milliers de touristes LGBT. Les acteurs de la région ont donc un véritable intérêt à promouvoir ce tourisme. Selon Clark Massad, cette ouverture « ne doit pas être perçue comme du pinkwashing, c’est-à-dire faire venir la communauté LGBT juste pour l’argent. Les touristes LGBT ne sont pas dupes ». La communauté étant avertie et très présente sur les réseaux sociaux, si d’aventure une enseigne se révélait faire du pinkwashing, elle serait vite remarquée.
Le succès du Gers est tel, que le phénomène dépasse désormais le seul cadre des vacances. Le projet de Marco qui projette de créer une communauté où les homos pourraient vieillir en paix dans le Gers en témoigne. Au sein d’un petit village de bungalows, il souhaite accueillir des hommes qui pourraient mal vivre leur homosexualité en vieillissant ailleurs. Un souhait sécuritaire face aux incertitudes du lendemain : « J’aimerais qu’on profite ensemble, à notre rythme, et qu’on ne se retrouve pas seul, car pour la plupart on n’a pas d’enfant ». Son projet a été révélé il y a quelques semaines sur son compte Facebook, et déjà les premiers candidats se manifestent.

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