Air du temps

Van : ma liberté de voyager

Rédaction : Orane BENOIT,
Illustrateur : Laurent GONZALEZ,
le 8 juillet 2021
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“I, I love the colorful clothes she wears. And the way the sunlight plays upon her hair”. Les Beach Boys entonnent à peine le premier couplet de Good Vibrations que déjà on se sent partir. On ne sait pas surfer, ni même chanter, mais l’attitude est là. Cheveux au vent, lunettes rondes, à une vitesse qui n’excède pas 70 km/h, on profite du paysage. Le confinement a réveillé chez les Français le goût de la liberté. Et le van se révèle être la solution parfaite pour s’affranchir de toutes les contraintes et toucher du doigt les vacances en autarcie. Boudu a fait du stop en Occitanie, à la rencontre des adeptes de la vanlife.

Paysage idyllique, doigts de pieds en éventail, guirlande lumineuse et van Volkswagen… la vanlife a envahi les réseaux sociaux en même temps que les routes d’Occitanie. Phénomène aussi récent qu’inattendu :  « Il y a de cela 10 ans, on voyait très peu de vans sur la route et c’était assez embryonnaire dans le Sud-Ouest », explique Jean Philippe Ferton, fondateur de Van Away. Après avoir testé le road trip en van lors de voyages professionnels, cet ancien responsable de projet en informatique rentre en France convaincu du potentiel de ce mode de voyage. En 2011, il crée à Toulouse Van Away, sa première agence de location de vans aménagés. Il reçoit chaque année plus de 30 % de demandes supplémentaires et compte aujourd’hui 22 agences dans toute la France. Au début de la crise sanitaire, alors que le secteur du tourisme en prend un coup, l’activité du loueur de van voit au contraire ses commandes exploser. C’est « l’effet Covid ». Les voyageurs contraints de rester dans l’hexagone découvrent le tourisme de proximité. Sans pour autant se réinventer totalement, le tourisme s’adapte : « Le temps des dinosaures du tourisme industriel est certainement derrière nous. On entre dans des logiques plus segmentées, plus artisanales et personnalisées du voyage », explique Jean Didier Urbain, anthropologue spécialiste du tourisme (voir interview p.56). Les transports en commun deviennent la bête noire des voyageurs et le van le moyen de s’affranchir de toute forme de dépendance : « On auto-organise, on auto-produit, on auto-consomme. Le van, représente l’imaginaire d’une autonomie, voire d’autarcie dans le voyage », poursuit l’expert.

Exotique
Si chaque génération a sa référence : Into the Wild ou Scooby Doo, Little Miss Sunshine ou les Beach Boys, le van renvoie immanquablement au mouvement hippie, au Flower Power, et à son van emblématique orné de grosses marguerites de toutes les couleurs. Contrairement au routard de Jack Kerouac, héritier des beatniks avec une logique de contestation par le vagabondage, l’errance et la clochardisation, le hippie, nous rappelle Jean Didier Urbain, rêve d’une société alternative fondée sur la débrouille et l’autonomie : « Le van, c’est la maison sur le dos. On se passe de tout et de la société que finalement on fuit ».
Pour Elodie et Benoît, fondateur de Va Vis Van, qui aménage et loue une flotte de vans (voir p.54), ce mode de voyage est surtout un état d’esprit, « le moyen de se connecter à la nature et un sentiment de liberté ». En se rapprochant de la nature, beaucoup cherchent à s’extirper du confort du quotidien et à renouer avec l’essentiel… bien que certains vans soient mieux équipés que les studettes de 9 m² des étudiants. Tout le monde y trouve son compte, y compris les familles :  « Si beaucoup partent avec des ados réticents, ils se rendent compte que ça ne leur fait pas de mal » explique Céline de Van Away. Chez Va Vis Van, Elodie et Benoît recommandent fortement l’Occitanie, un « terrain de jeu incroyable » pour trouver un peu d’exotisme et de nature. « À 2h de la mer et 2h de la montagne, Toulouse est le point de départ parfait. S’il pleut sur le bassin d’Arcachon vous n’avez qu’à bifurquer vers Perpignan où il y a toujours du soleil. Pour plus de dépaysement l’Espagne n’est pas loin, et les Pyrénées restent le lieu favori des randonneurs. »  Aucune ombre au tableau donc pour le van, à part la corvée de recharge d’eau et de gaz. Si beaucoup décident de louer un van clé en main, le temps d’une semaine de vacances, d’autres sautent le pas et investissent. Le van devient alors plus qu’un simple moyen de transport : un « membre de la famille » observe Dominique Miretti, garagiste et patron de l’Atelier des transporteurs, qui constate que « les gens n’arrivent pas à s’en débarrasser, même s’il n’est plus en bon état ». Pour la première sortie d’Ushuaïa, son fourgon tout juste aménagé, Charlotte a décidé de le tester à deux pas de chez elle dans les Pyrénées. « Je n’avais jamais eu d’expérience en van, mais j’aime voyager seule. Le fourgon m’apporte plus de sécurité et de liberté. » Estimé à 5000 euros, le budget de départ pour l’achat de son van d’occasion et son agencement s’est avéré un peu juste. Avec le confinement, les petites annonces ont explosé… et les prix avec ! Difficile de s’y retrouver, « Les gens vendent tout et n’importe quoi. » Mais l’étudiante en master 1 en assurances de 27 ans a pu compter sur le soutien de son père bricoleur et s’en est sortie avec un budget total de 10 000 euros.

Thérapeutique
Aménager son van seul n’est pas évident. Depuis 2018, de nouvelles mesures imposent aux propriétaires de vans une homologation VASP, sésame indispensable pour passer le contrôle technique et être assuré. François Moncassin, globe-trotter de 43 ans et fondateur de Van Création, propose ses services pour aménager les vans en respectant ces normes. En 2020, dès le premier confinement, il a vu le nombre de demandes doubler. Le menuisier aimerait croire à un changement de société mais craint « un effet de mode chez les néos ». Julien, ancien salarié d’Éco Campers, entreprise d’aménagement de véhicules touristiques à Toulouse, connaît bien ces règles très contraignantes. Le trentenaire en pleine création de sa société, la Van Life School, habite son fourgon aménagé de ses mains. Pour cet aventurier qui a passé 7 ans sur les routes à l’étranger : « la van life, ce n’est pas forcément un gars qui a fait lui-même son van, qui vit à l’arrache et se lave dans les rivières. Chacun a sa propre définition ! Pour moi, il n’y a pas de frontières. » Pourtant, depuis le début de la crise, les frontières sont à nouveau des limites à la circulation. Le voyage en van permet de retrouver les vertus de « déconnexion » et de « thérapie » du voyage, et de « s’extraire d’un corps de règles qui nous contraint dans nos déplacements, nos rythmes et nos temporalités. », explique Jean Didier Urbain. Le van comme thérapie pour soigner les maux de l’époque et traverser les privations de liberté… même les Beach Boys n’auraient pas osé en rêver.

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