Carte blanche

AZF : carte blanche à Pierre Nicolas

Rédaction : Pierre NICOLAS,
Illustrateur : Laurent GONZALEZ,
le 4 septembre 2021 Temps de lecture : 7 min.
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Ça fait 20 ans que je me tais. 20 ans que je me repasse en boucle ce vendredi matin du 21 Septembre 2001. Ça ne s’oublie pas. J’ai tout vu, j’étais aux premières loges. Je me suis toujours tu par respect pour les 31 morts et les 5000 blessés. Moi, j’ai bonne conscience, je n’ai touché personne. Je suis un détail de l’histoire. Mais aujourd’hui j’ai décidé de parler pour l’Histoire, précisément.

Le petit bout de fer et la voiture rouge
Je me présente. Je suis un petit rien, une tige d’acier torsadée d’une quinzaine de centimètres de long et de 20 mm de diamètre. J’étais ce qu’on appelle un fer à béton. Petite parenthèse : c’est vers 1900 qu’on a commencé à me mélanger dans les structures en béton. J’en renforçais la rigidité et je les empêchais de prendre feu. J’étais une belle invention une sorte d’ami public Numéro 1 et pourtant en une seconde je suis devenu le cauchemar d’une ville entière.Comment vous dire ? Ce fameux vendredi, tout allait bien, et puis l’instant d’après, l’espace d’un flash, c’est arrivé. Un éclair m’a projeté comme un missile en direction de la ville. On m’a retrouvé presque un kilomètre plus loin dans la cour du lycée professionnel Gallieni, sur le toit d’une voiture. Une R5 rouge.Je suis né loin du Sud-Ouest, il y a presque 100 ans, dans l’un des hauts fourneaux de Lorraine. Les Allemands venaient de perdre la Première Guerre Mondiale et ils devaient rembourser les dégâts qu’ils avaient causés. C’est comme ça que les Alliés les ont obligés à donner à la France les brevets de fabrication des ammonitrates. C’est de l’engrais chimique. Il peut aussi devenir à l’occasion un puissant explosif.

À l’aube des années 1930, on m’a envoyé du coté de Toulouse pour être utilisé dans la construction d’une immense usine chimique. Pourquoi Toulouse ? Eh bien d’abord parce que c’était le plus loin possible des Boches et de leurs canons présumés revanchards. L’autre idée c’est que les grandes plaines, l’eau de la Garonne et le soleil encourageaient les cultures et donc l’engrais. Or, il fallait nourrir la France et sortir les paysans de leur XIXe siècle.

À moi seul, j’étais un confetti, une pièce minuscule d’un1

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