Analyse

AZF des lettres qui ne s’oublient pas

Rédaction : Jean COUDERC,
Photo : Rémi BENOIT,
le 4 septembre 2021 Temps de lecture : 8 min.
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Alors que l’on s’apprête à commémorer le 20e anniversaire de l’explosion de l’usine AZF, le moment est venu de s’interroger sur la place que ce dramatique évènement occupe désormais dans l’Histoire toulousaine. Et d’essayer de comprendre s’il a modifié en profondeur la ville et ses habitants.

Reparler de la catastrophe d’AZF a pour singularité de mettre à peu près tout le monde d’accord : tout a été dit… ce qui n’empêche pas chaque toulousain d’accepter de se pencher une nouvelle fois sur la question, au cas où on aurait oublié quelque chose, minoré un aspect, ou exagéré un autre. Parce qu’au fond, AZF fait partie de notre histoire commune, pour le meilleur et pour le pire, comme le rappelle Yannick Lacoste, référent en Haute-Garonne de Génération Écologie, le parti de Delphine Batho : « Cette usine avait quelque chose d’emblématique, elle existait avant Aérospatiale. On avait un attachement particulier à l’Onia (ancien nom d’AZF, ndlr) qui était un peu comme un vieux grand-père. » Un avis partagé par le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, pour qui les Toulousains n’avaient d’autre choix que d’assumer collectivement ce fardeau : « Cette usine était là depuis si longtemps qu’elle nous appartenait un peu à tous. On l’avait gardée alors qu’on avait toujours entendu qu’elle pèterait. C’était une épée de Damoclès qui faisait partie du paysage. Donc on était tous concernés. Lors de l’explosion, c’est une partie de nous-même qui a été touchée. » Directeur de la Toulouse School of Economics, Joël Echevarria va plus loin : « Tout le monde a pensé, ce jour-là, qu’une canalisation avait pété dans son sous-sol. Donc chez lui. Ça signifie que plusieurs centaines de milliers de Toulousains ont eu la même réaction au même instant. Dans l’inconscient, c’est un truc qui marque. » Mais l’usine a beau faire partie du paysage, la population avait fini, à la longue, par oublier ce que l’on y fabriquait précisément. Et donc sa dangerosité. Le retour à la réalité n’en a été que plus violent : « Passé le sentiment d’injustice, il y a eu une prise de conscience : Toulouse est une ville industrielle. L’essentiel des Toulousains étant des néos, ils n’avaient1

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