Santé

Covid-19 et troubles alimentaires, l’urgence

Rédaction : Lauriane PELAO,
Illustrateur : Laurent GONZALEZ,
le 4 septembre 2021 Temps de lecture : 4 min.
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La Covid-19 et son cortège d’angoisses et de confinements ont aggravé le sort des victimes de troubles alimentaires (TCA). Dans notre région, à l’instar du reste du territoire français, certaines associations ont relevé quatre fois plus d’appels d’urgence liés à ces troubles. Les thérapeutes ont dû s’organiser pour y répondre.

L’association Anorexie Boulimie Occitanie a dû parer au plus pressé. En quelques semaines, dès le premier confinement, ses bénévoles ont doublé les groupes de parole et instauré des rendez-vous individuels en visioconférence. « Nos appels et mails ont été multipliés par 4 », confie Claude Bois, présidente de l’association. Concernant principalement la boulimie, l’anorexie et l’hyperphagie, ces appels au secours révélaient souvent des situations difficiles et des pertes de contrôle, comme ce fut le cas pour Justine, une étudiante toulousaine anorexique mentale et boulimique âgée de 21 ans : « Je passais mon temps à compter les calories, à faire une crise, à m’empiffrer puis à culpabiliser. C’est un engrenage dont on ne peut sortir seule. Pendant le confinement, les seules discussions que j’avais, c’était au téléphone avec une amie anorexique. On se tirait vers le bas. Je me faisais vomir une, deux, trois fois par jour et personne ne pouvait le savoir ».
Les thérapeutes comme Caroline Séguin, diététicienne et nutritionniste spécialisée dans les troubles alimentaires, ont dû eux aussi se réorganiser face à l’afflux de nouveaux patients, aux rechutes et aux urgences : « J’ai réduit les délais d’attente, travaillé le week-end et le soir, raconte-t-elle. Je recevais régulièrement des appels de personnes au bord du suicide. Le confinement, la situation anxiogène, renvoie à la dimension de restriction. C’est stressant pour tous, mais l’impact est encore plus important sur les personnes atteintes de TCA. C’est souvent un cumul de facteurs qui provoque ces troubles, et le Covid est l’un d’entre eux ».
Estelle, une trentenaire toulousaine atteinte d’anorexie mentale et de boulimie, a rechuté lors du deuxième confinement : « Au premier confinement, on pensait tous que la pandémie allait s’arrêter en quelques mois. À l’annonce du deuxième, il n’y avait plus d’espoir de retrouver une vie normale. Lors du discours de Macron, je me suis dit que c’était l’occasion de manger plus léger et c’est parti en cacahuète » se désole-t-elle.
« Enfermer quelqu’un qui a des TCA chez lui, avec les placards et le frigo à proximité, c’est comme mettre un alcoolique devant un bar » assène Caroline Seguin. Pour Claude Bois, les étudiantes seraient les plus touchées : « Les cours à distance posent problème. Pour les étudiants, c’est un désert social et ils n’ont pas le moral ». Marie a vécu cette situation en mai 2020. Atteinte d’anorexie restrictive, cette Bruguiéroise de 31 ans était dans l’hyper-contrôle de sa consommation alimentaire durant le premier confinement : « Sur le moment j’ai cru que mon état s’était amélioré car mon poids s’était stabilisé. Mais c’était très néfaste. Au moment du déconfinement, tout s’est effondré car il y avait trop d’incertitudes et aucune possibilité de maîtriser la situation ». Avec un poids de 33 kg pour 1,60m, elle attend une place pour être hospitalisée.
À ce contexte anxiogène s’ajoute l’effet délétère des réseaux sociaux. Justine en a fait les frais : « J’ai vu les hashtags pro anorexie refaire surface ». Ces hashtags, régulièrement détournés pour éviter la censure du réseau social, dirigent vers des photos de jeunes femmes en état d’extrême maigreur pour « s’en inspirer », des recettes avec très peu de calories et des propos minimisant la gravité de la pathologie. Pour Patricia Filaire, vice-présidente d’Anorexie Boulimie Occitanie, les réseaux sociaux peuvent avoir des effets pervers, « Ils conduisent au déni, ou à sous-évaluer son état. Ils permettent aussi aux personnes atteintes de TCA d’être vues et soutenues ».
Avec le troisième confinement d’avril dernier, et le couvre-feu, les malades comme Justine voient leur angoisse croître : « Je n’arrive plus à avoir un bon rapport avec la nourriture. Je sais que la bonne solution serait d’aller voir un psy, mais je ne le ferai que si on m’y force ».

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