Interview

Bernard Cadene, l’évolutionnaire

Rédaction : Mélanie CARON,
Photo : Rémi BENOIT,
le 6 octobre 2021 Temps de lecture : 3 min.
Partager : TwitterFacebookMail

Ancien publicitaire de renom et artiste-peintre, Bernard Cadene installera en octobre à la galerie Daudet sa 140e exposition. Intitulée Les chemins de la Liberté, elle témoigne de l’inaltérable soif de nouveauté de l’artiste qui, à 80 ans, n’en finit plus de faire évoluer sa peinture.

Les chemins de la Liberté est votre 140e exposition. Que vous évoque ce chiffre ?
Avec le temps, j’ai arrêté de les compter. Il y en a eu tant, en France comme à l’étranger ! Cela m’évoque principalement que je vais avoir 80 ans… C’est aussi la première exposition depuis le début de la crise sanitaire. Je suis content d’exposer une nouvelle fois à Toulouse, dans une galerie que j’apprécie et avec laquelle je travaille depuis 25 ans.

Pourquoi ce titre ?
Parce que je suis libre dans ma tête, dans ma vie et dans ma peinture. Cette exposition est axée sur mes œuvres les plus récentes et montre l’évolution de ma peinture. C’est un mélange de figuration et d’abstraction, où la couleur occupe une place très importante. J’ai laissé libre cours à ma créativité.

En quoi consiste votre processus créatif ?
Je ne cherche pas à produire à tout prix, pour autant je ne passerais pas non plus des heures sur une esquisse. Je vois très rapidement si ça passe ou ça casse. Si ça casse, j’attends un peu avant de revenir sur mon tableau et de repeindre sur ce que j’avais fait. Mais quand ça ne me plaît vraiment pas et que je ne peux rien faire dessus, je détruis la toile. Cela n’arrive pas souvent mais je suis intransigeant là-dessus. Je ne veux pas laisser derrière moi des œuvres de mauvaise qualité.

Pourquoi cette recherche éternelle du renouvellement ?
Je suis incapable de me cantonner à un domaine précis. Je suis resté longtemps dans la figuration, j’ai fait beaucoup de croquis, de dessins, de nus, maintenant je m’oriente vers un mode d’abstraction, à ma manière. Ce sont les images qui parlent ! J’aime le mouvement, l’équilibre et l’harmonie des couleurs… tout ce qui me donne envie le matin lorsque je passe la porte de l’atelier. J’ai deux véritables modèles. En peinture, c’est Picasso. Il n’a jamais fait plusieurs fois la même chose. C’est un vrai créatif. Il évolue en permanence, contrairement à d’autres qui peuvent être assez répétitifs. En musique, j’aime Miles Davis, qui est passé de la bande originale d’Ascenseur pour l’échafaud à du rap avant l’heure, en fin de carrière. Ces deux personnages sont des maîtres de la créativité, le coeur même de l’art. C’est exactement ce vers quoi je tends.

Boudu magazine Bernard Cadene

Aimez-vous exposer ou préférez-vous la quiétude de votre atelier ?
Lorsque j’expose, j’assiste souvent aux vernissages pour rencontrer les visiteurs. Voir les réactions des gens me fait plaisir. Il faut savoir se confronter au regard des autres, à leurs commentaires… une exposition, c’est un aboutissement. Certains voient même dans mes peintures des choses auxquelles je n’avais pas pensé, je pourrais écrire un livre avec tout ce que j’entends !

L’exposition dont vous gardez le meilleur souvenir ?
J’aime les expositions institutionnelles. J’ai donc adoré Double Jeu, en duo avec Philippe Gauberti, dans le Grand Presbytère de Martres-Tolosane, l’année dernière. Je regrette qu’une telle exposition ne soit pas possible au cœur de Toulouse. C’est une grande métropole qui manque d’un bel espace d’exposition pour la peinture contemporaine.

Que vous inspire votre parcours ?
J’ai fait toute ma vie ce dont j’avais envie. C’est tout ce qui compte. Je ne regrette rien. Je peux même affirmer que je suis heureux. Seul petit remord : ne pas m’être remis à peindre plus tôt. J’ai travaillé dans la publicité pendant des années pour des raisons alimentaires. Petit à petit mes pinceaux ont heureusement repris le dessus et m’ont permis de vivre de ma passion.

Envisagez-vous la retraite ?
J’ai l’impression d’être à la retraite depuis que je suis entré aux Beaux-Arts. Je ne pourrais jamais lâcher mes pinceaux. Qu’est-ce que je ferais sans eux ? Peindre c’est toute ma vie. J’aimerais mourir en peignant dans mon atelier.

À lire aussi dans ce numéro

Interview -

Kader BelarbiCaballet

Du jamais vu. C’est ce que promet le ballet du Capitole avec Toulouse-Lautrec, la nouvelle création de son directeur et chorégraphe Kader Belarbi...

> Lire l'article <
Boudu magazine Kader Belarbi
Portrait -

Anne-Marie de Couvreur-MondetLa femme de l'onde

Portrait d'Anne-Marie de Couvreur-Mondet, inventeuse du concept de radio d’entreprise, patronne de Mediameeting.

> Lire l'article <
boudu magazine 61 Anne-Marie de Couvreur-Monde
Interview -

Pollution lumineuse : plaidoyer pour l’obscurité

Samuel Challéat a fait de la pollution lumineuse son cheval de bataille...

> Lire l'article <
Boudu magazine Samuel Challéat