Conversation

Article completLaurent Mauvignier, mal en campagne

Rédaction : Sébastien VAISSIÈRE,
Photo : Rémi BENOIT,
le 6 octobre 2021 Temps de lecture : 10 min.
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Avant que les nouveautés de la rentrée littéraire n’engloutissent définitivement les romans de l’an passé, il est urgent de lire Histoires de la nuit. Un ample roman sur l’enfance, l’isolement, le déterminisme, le rural et la peur, qui place définitivement son auteur, le Toulousain Laurent Mauvignier, parmi les grands écrivains français de ce début de siècle. D’où cette conversation longue et libre, dans laquelle il est question de chat crucifié, du rôle prépondérant de la fiction dans l’éducation, du désarroi d’un Tourangeau perdu au milieu des supporters du Stade Toulousain, et de ce secret jusqu’alors connu des seuls écrivains : « Les livres savent des choses que leurs auteurs ignorent ».

Dans Histoires de la nuit vos personnages traînent comme un boulet leur condition de ruraux, de provinciaux, de résidents de la France périphérique. Était-ce votre cas ?
Je suis né et j’ai vécu longtemps en Touraine. À Descartes d’abord, à Tours ensuite. J’ai eu très vite envie de quitter la campagne. J’ai intégré les Beaux-Arts à Tours avant même d’avoir le bac. J’avais certes le goût de la peinture et du dessin, mais ce qui m’attirait dans les Beaux-Arts, c’était l’idée de la ville.

La première rencontre avec la ville, c’était comment ?
Tours m’a semblé gigantesque. J’y ai vu un Escalator pour la première fois de ma vie, et découvert qu’il fallait payer pour prendre le bus.

Et les Beaux-Arts ?
J’avais autour de moi des gens borderline. Certains sortaient de taule. On faisait la fête tout le temps. On arrivait en cours dans des états pas possibles. Une époque d’ivresse, de rencontres artistiques marquantes, comme avec Valère Novarina qui était venue passer quelques jours avec nous. Une période un peu folle, peut-être, au cours de laquelle j’ai réalisé que je n’étais pas le seul à ne pas vouloir devenir comptable.

C’était donc la comptabilité que vous fuyiez ?
Ma mère me rêvait guichetier au Crédit Agricole de Descartes. Ce n’était pas vraiment mon objectif. Ce n’était pas méchant de sa part. C’était juste comme ça. Quand on était jeune, à cette époque, à la campagne : la vie était tracée d’avance, finie avant d’avoir commencé. Un peu comme si on vous disait : « Tu ne risques pas de rater ta vie : c’est déjà fait ». Moi je voulais inventer quelque chose pour ma vie. C’est bien l’ambiance à la Chabrol, mais il vaut mieux en sortir. En même temps, ça m’a libéré. En1

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