Interview

Luc FerryCoup de sens

Rédaction : Sébastien VAISSIÈRE,
Illustrateur : Laurent GONZALEZ,
le 5 novembre 2021 Temps de lecture : 10 min.
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Luc Ferry publie cet automne chez l’éditeur toulousain Privat une réflexion sur l’école qui nourrira à coup sûr les débats de la campagne pour la présidentielle. Le philosophe y consigne ses regrets d’ancien ministre, ses solutions de philosophe et ses espoirs de prof. Boudu en a recueilli l’essentiel entre deux saillies sur les « budgétaires de droite », les « pédagos » de gauche… et les exercices à trous.

Deux passages de votre livre font écho à l’actualité toulousaine. Commençons par le chapitre consacré au revenu universel de base, idée à laquelle vous n’adhérez pas. Chez nous, Georges Méric, le président du Conseil départemental de la Haute-Garonne, vient d’annoncer l’expérimentation à partir de mars 2022 d’un revenu de ce type pour 1000 jeunes de 18-25 ans tirés au sort. Pourquoi cette idée vous paraît-elle contreproductive ?
L’idée gagne du terrain, mais je ne vois aucune raison d’y adhérer. Contrairement au RMI ou au RSA, le RUB serait accordé à tous, soit dès la naissance, soit à l’âge de 18 ans, sans la moindre contrepartie ni condition de ressource. Autrement dit, une somme (par exemple entre 500 euros et 1000 euros mensuels selon les différents projets), serait allouée aussi bien aux fils de milliardaire qu’aux enfants de chômeurs, ce que je trouve aussi absurde intellectuellement que délétère moralement. Ceux qui approuvent l’idée par réflexe égalitariste ou par démagogie plus que par réflexion approfondie se font en gros le raisonnement suivant : face à la difficulté pour nos enfants d’entrer dans la vie active, dans un monde en perpétuelle mutation, face à un univers où les nouvelles technologies, la robotique et l’intelligence artificielle risquent de rendre le marché du travail plus compliqué, chacun, quoi qu’il arrive, aurait au moins un toit et de quoi manger à sa faim. D’abord, les amoureux de la protection sociale et du toujours plus d’État devraient bien se demander pourquoi le RUB est si ardemment défendu par les ultra-libéraux qui empruntent leur argumentation au pape du néolibéralisme lui-même, Milton Friedman.

Pourquoi l’est-il ?
D’évidence, le véritable but du RUB serait de ramasser toutes les prestations sociales d’État en une seule, pour solde de tout compte, ce qui serait au plus haut point risqué et supposerait1

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