Interview

Philippe Frézières« Ce qu’on disait ou laissait dire nous enverrait en prison aujourd’hui ! »

Photo : Orane BENOIT,
le 5 novembre 2021
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Admiré par certains, détesté par d’autres, Philippe Frézières a porté FMR pendant près de 30 ans. Alors qu’elle s’apprête à fêter son anniversaire, il nous raconte les grands moments de la radio la plus libre qu’ait connu Toulouse.

Dans quel contexte se crée FMR en décembre 1981 ?
Les élections présidentielles venaient de consacrer François Mitterrand, qui avait promis la libération des ondes. Mais l’espoir des années 1970 de changer les choses est vaincu. Cette désillusion a donné naissance au mouvement punk incarné par le slogan No Future. Le monde tel qu’il allait ne m’intéressait pas. Mais je n’avais pas de proposition à faire. Et je doutais qu’un média, fût-il libre, puisse changer les choses. Je ne croyais pas à l’idée que le peuple se dresserait si on lui disait la vérité.

Vous vous laissez pourtant convaincre ?
Oui parce que je pensais qu’il était néanmoins utile de soulever des questions, voire d’adopter une attitude ironique, distanciée.

Très vite, FMR se distingue par la qualité de sa programmation musicale et par son absence de limites. Pourquoi ?
Parce qu’on trouvait les imitations révulsantes. Pour nous, être anti-conformiste, ne pas respecter les codes, mettre du larsen à l’antenne, dire des gros mots, c’était la seule façon de faire une radio libre. On parlait de tous les sujets, en se moquant énormément de tous les hypocrites. Mais c’était un sarcasme positif qui invitait à l’éveil.

FMR, c’était une radio punk, ou une radio de copains ?
Ni l’un, ni l’autre. À FMR, il y avait des représentants de la bourgeoisie, de la classe moyenne, des prolos. Il y avait des frottements, les punks et les new wave se considéraient comme authentiques dans leur démarche, les conflits étaient fréquents. Vu que personnellement je n’aimais que le classique, je n’avais aucune difficulté à les renvoyer dos à dos lorsqu’ils se disputaient. Du coup, beaucoup de gens me détestaient, mais ce qui m’intéressait, c’était que ça grouille. Et puis j’avais l’intuition que notre originalité résidait dans ce brassage de toutes les couches de la société.

Votre émission, Services du soir, choquait, jusque dans les rangs de la radio où certains de vos camarades vous reprochaient de donner la parole à n’importe qui. Certains dérapages n’étaient-ils pas évitables ?
Services du soir, c’était l’émission où les gens disaient enfin ce qu’ils pensaient plutôt que ce qu’il faut penser. Et si l’émission a eu un gros succès, c’est parce que c’était ce que les gens attendaient des radios libres. Cela a d’ailleurs été repris par certaines radios commerciales comme Fun avec Dr Difool. Puis au bout d’un certain temps a surgi le problème FN-immigrés.

Comment l’avez-vous géré ?
Au début, il y a eu une phase assez épanouissante de débats, c’était marrant, on pensait qu’on allait surmonter ce moment, mais avec le temps, ces appels à caractère régressifs ont pris le pas sur ce qui était rigolo. C’est vrai que je prenais tous les appels, et que je ne prenais pas parti. Mais je n’étais pas irresponsable. Et quand les racistes sont devenus trop envahissants, j’ai arrêté l’émission. Mais il est difficile de comprendre cette époque tant l’actuelle est écrasée par la woke culture. Une chose est sûre : avec tout ce que l’on disait, ou laissait dire, sur FMR, on serait tous en prison aujourd’hui !

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