Interview

Julia Mouzon : « Nous sommes arrivés au bout de la contrainte légale »

Rédaction : Sarah AMALVY,
le 4 mars 2022 Temps de lecture : 4 min.
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Créatrice des Journées des femmes Élues, dont la 4e édition s’est tenue à Toulouse en octobre, Julia Mouzon milite pour une meilleure représentation des femmes en politique. Cette ex-colistière de l’ancien maire LR par interim de Bordeaux Nicolas Florian, fait partie des 35 jeunes sélectionnés par la Fondation Obama pour « accélérer le changement en Europe ». Pour cette polytechnicienne, le pouvoir exercé par les femmes est plus écologique, bienveillant, et dans le care que celui des hommes.

Julia Mouzon, pourquoi la parité en politique est-elle aussi importante à vos yeux ?
L’humanité a fait des progrès techniques, intellectuels et philosophiques immenses.
Et la seule chose qu’elle n’a pas encore essayé ces 10 000 dernières années, c’est d’avoir plus de femmes au pouvoir.

D’où la création de votre réseau Élues Locales ?
J’ai fondé Élues Locales, le premier réseau de femmes élues en France, pour soutenir et valoriser les femmes en politique. Comme les expériences de vie des élus façonnent les politiques publiques qu’ils élaborent, et que ces expériences de vie diffèrent selon qu’on est un homme ou une femme, il est important d’atteindre cette égalité pour créer des politiques publiques plus égalitaires.

Dans quelle mesure les femmes créent-elles des politiques différentes de celles des hommes ?
Elles explorent davantage leur vie personnelle et le champ des émotions. Elles s’investissent aussi davantage dans l’écologie. Ce n’est pas pour rien que le parti le plus paritaire en France est Europe-Ecologie-Les-Verts. Sur tous les enjeux où la notion de care, d’empathie, est présente, les femmes peuvent apporter quelque chose.

Qu’en est-il de leur façon d’exercer le pouvoir ?
Les femmes ont généralement du mal à se positionner sur les notions de pouvoir ou d’ambition. Pour elles l’enjeu est autre : celui d’un pouvoir co-construit, un pouvoir d’émancipation et non un pouvoir vertical, hiérarchique tombant et descendant.

Vous avez créé les Journées Femmes Élues, dont la 4e édition s’est tenue à Toulouse en octobre. Qu’en attendez-vous ?
Ces journées ouvertes aux femmes qui exercent des responsabilités politiques leur permettent d’échanger et de partager leurs expériences de mandats. Il faut qu’elles prennent conscience que leurs problématiques ne sont pas individuelles mais collectives. Pour cela nous les accompagnons toute l’année à travers des formations qui viennent renforcer leur impact politique.

Vous écrivez qu’être une femme en politique est une position difficile. Pourquoi ?
La politique est le seul domaine où la question de l’expertise technique n’entre pas en compte. C’est d’ailleurs important que tout le monde puisse faire de la politique quel que soit son parcours. Mais le corollaire est qu’il est préférable d’avoir une personnalité affirmée. Il est clair que les personnalités politiques qui brillent le plus sont celles qui ont confiance en elles. Les plus déterminées et assertives. Or cela pénalise les femmes car dans l’éducation, on n’apprend pas aux filles à s’affirmer.

Quel bilan tirez-vous de la loi sur la parité, votée il y a 20 ans ?
Les dispositifs existants sont nécessaires. Faire de la politique reste un luxe. Donc avoir un système de quotas pour en garantir l’accès à une certaine population me semble positif. Évidemment il serait préférable que cette participation se fasse naturellement, mais nous savons bien que ce n’est pas le cas.

Quelles sont alors les solutions pour lever ces obstacles ?
On vit dans un pays où l’égalité revêt une dimension importante, c’est même un pilier de notre république. Pourtant, aujourd’hui, l’égalité réelle n’est pas atteinte. D’un point de vue institutionnel, la France est un des pays les plus ambitieux sur la question de l’égalité. Les parlementaires ont voté beaucoup de lois ces dernières années, plus que dans un aucun autre pays au monde, pour atteindre une égalité politique. Je pense d’ailleurs que nous sommes arrivés au bout de la contrainte légale. Aujourd’hui, le facteur à mettre en œuvre est donc le changement culturel.

En septembre 2020, vous avez été sélectionnée par la Fondation Obama dans le cadre du programme Leaders. En quoi cela consiste-t-il ?
La fondation Obama a plusieurs programmes continentaux. L’objectif est d’encourager, d’inspirer et d’outiller les jeunes qui s’engagent à mettre en œuvre des changements progressistes. L’accompagnement est articulé autour de la notion américaine de community organizing. Une méthode anglo-saxonne davantage professionnalisée aux Etats-Unis où les techniques d’animation de communauté sont très valorisées. C’est par ailleurs la clé du succès de ce que l’on fait chez Élues Locales : la création d’un sentiment de communauté soutenante et solidaire. Tous les ans, nous formons entre 1000 et 2000 élues en France. Et notre objectif, demain, est d’en former 10 000.

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