Interview

Renaud GrussNouveau nouveau monde

Rédaction : Sébastien VAISSIERE,
Photo : Rémi BENOIT,
le 7 mai 2022 Temps de lecture : 5 min.
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Qu’auraient fait les compositeurs d’hier avec les instruments d’aujourd’hui? La même chose que l’Orchestre de chambre de Toulouse, qui présente une version électrique de la Symphonie du Nouveau monde de Dvořák. Branchée sur du 220V par son directeur musical helvète Gilles Colliard, cette adaptation est l’aboutissement de la vie artistique de Renaud Gruss, remuant administrateur de l’OCT, qui déteste les conformistes et les nœuds papillons.

Renaud Gruss, ce Dvořák électrique est-il un coup de tête ou un vieux rêve ?
Il y a très très longtemps que j’avais envie de rendre la musique dite classique plus spectaculaire, et d’attirer à elle un public plus large.

Les salles ne sont-elles pas déjà pleines ?
Contrairement aux apparences, la musique classique est en échec parce qu’elle s’adresse a un micro-public d’amateurs qui n’est pas si nombreux qu’on croit. Elle a échoué dans ce qu’on appelle pompeusement la démocratisation culturelle. Quand on regarde les statistiques, on constate qu’il n’y a ni ouvrier, ni paysan, et très peu de jeunes dans les salles qui programment du classique.

Qui est le spectateur-type de classique ?
63 ans en moyenne et diplômé (ce qui ne ne veut pas dire forcément aisé… cela fait longtemps que dans notre société, même les diplômés peuvent avoir des revenus faibles). Mais en gros, c’est cela : sexagénaire et bac+3. Ces dernières décennies, il y a eu des tentatives de démocratisation et de rajeunissement des publics dans tous les sens, mais rien n’y fait. Même à l’Orchestre de Chambre de Toulouse, où nous avons cassé les codes, nous n’échappons pas au phénomène.

Quel est le problème ? L’interprétation ou le décorum ?
Les deux mon capitaine. L’explication traditionnellement donnée par l’Association Française des Orchestres, qui regroupe les orchestres permanents du pays, c’est que les anciennes générations venaient à la musique classique parce qu’elle étaient cultivées et initiées, et que les nouvelles générations n’y viennent pas parce qu’elles ne le sont pas. Je m’inscris en faux. D’abord parce que je suis vieux moi-même (j’ai 63 ans) : je peux vous dire que quand j’étais jeune, on n’était pas plus cultivés que les jeunes d’aujourd'hui. On n’avait aucune formation musicale. On nous amenait pas1

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