Conversation

Samuel Vuelta-SimonVie, violence

le 10 juin 2022 Temps de lecture : 14 min.
Partager : TwitterFacebookMail

Fils de fondeur et de femme de ménage, Samuel Vuelta-Simon a réformé la lutte anti-drogue et géré la reddition d’ETA avant de devenir l’an dernier procureur de la République de Toulouse. Après 30 ans à naviguer entre terrorisme, faits divers et grand banditisme, il parle stups, violence, crime, éducation, lecture et Pays Basque, dans une conversation vaste et débridée qui tient tout entière dans ces vers de Nougaro : Vie, violence, ça va de pair. Les deux se balancent, paradis, enfer.

Quelle idée vous faisiez-vous de Toulouse avant d’y devenir procureur de la République ?
Très positive. Je n’y étais venu qu’en été. La brique du Sud, la chaleur, les rues pleines de vie. Les terrasses qui débordent même le lundi. Une ville presque espagnole, très italienne. Et puis le rugby, un sport qui me fascine et m’a donné des joies extrêmes. J’ai fait mes études à Bordeaux mais, bizarrement, je me suis toujours senti toulousain dans l’âme.

Avez-vous la même perception aujourd'hui ?
Non. Toulouse est belle, bien sûr. Intéressante, pleine de richesses, de vie. Tout y est léché, pensé. Les gens y font preuve de beaucoup d’imagination et d’innovation. Mais cette ville est tendue. La tension y est permanente, depuis les comportements au volant jusqu’aux actes les plus extrêmes, les plus violents.

Que vous disent les autres magistrats de cet état de tension à Toulouse ?
Ils s’y sont habitués. Ils disent que les choses ont changé depuis dix ans. Que des comportements qui n’existaient pas il y a dix ans sont désormais fréquents.

Jusqu’à atteindre le niveau de violence de Marseille ?
La différence entre Marseille et Toulouse n’est pas dans l’intention, mais dans la fin. À Marseille, un règlement de compte en bas d’une tour, ça se fait à la Kalachnikov. Une rafale : trois morts. Ici, ça se fait au 9mm. Ce ne sont pas les mêmes dégâts. L’expérience des tireurs n’est pas la même non plus. À Marseille on confie ce genre de contrats à des professionnels. Ici les trafiquants s’en chargent eux-mêmes. À Marseille, une séquestration commence dans le coffre d’une bagnole et finit en barbecue. Ici ça commence dans le coffre d’une bagnole et ça finit le plus souvent par la libération du gars.

La drogue occupe donc une1

La suite est réservée aux abonnés.

Accédez à tous les contenus de Boudu en illimité.
Ou achetez directement le magazine en version pdf

À lire aussi dans ce numéro

Interview -

Véronique Cabut« Le rire est un remède à la barbarie »

L’Hôtel de Région d’Occitanie expose jusqu’au 3 juillet des dessins de Cabu...

> Lire l'article <
Boudu-magazine-68-véronique-cabut
Portrait -

L’ange thuriféraireLe bon ange de Pauline Maringe

Le 4 février dernier, à Toulouse, L’ange thuriféraire vêtu d’une tunique jaune, de Bernhard Strigel, un chef d’œuvre de la Renaissance allemande, s’est vendu 2,8 millions d’euros aux enchères. Un coup...

> Lire l'article <
Allez-y quand même -

Six raisons d'aller à Brest

Oui, il pleut à Brest. Mais moins qu’à Biarritz et à peine plus qu’à Pau...

> Lire l'article <