Interview

Marche des fiertésValeur d’exemple

Rédaction : Camille HUGUENOT,
le 7 juillet 2022 Temps de lecture : 4 min.
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Le 2 juillet s’est tenue la 27e Marche des Fiertés de la Ville rose, évènement aussi festif que politique. En première ligne, Jérémy Perrard, coordinateur de l’association Pride Toulouse.

Une marche des Fiertés est-elle encore nécessaire en 2022 ? 
Elle est là pour rappeler que rien n’est jamais gagné. L’histoire montre qu’on peut revenir en arrière sur des acquis, des droits ou des libertés. Elle est nécessaire en termes de visibilité et pour donner confiance. Elle est avant tout une marche revendicative et politique.

Qu’entendez-vous par politique ?  
On a eu le mariage pour tous, mais la lutte n’est pas finie. On a obtenu la PMA, mais c’est un acquis partiel car elle exclut les femmes transgenres. Il y a aussi des questions liées à l’Éducation nationale. Les écoles ont un rôle à jouer dans l’éducation des citoyens, mais pour l’instant c’est un échec car les enseignants ne sont pas formés.

Quelle est la différence entre Marche des fiertés et Gay pride ? 
La Gay pride était la genèse du mouvement. Puis on s’est rendu compte que cela n’était plus en adéquation avec la représentation du mouvement LGBTQ+. Le nom Gay Pride rendait invisible la diversité des orientations et identités de genre. Marche des fiertés a l’avantage d’être plus accueillant, plus divers, et souligne que l’événement est ouvert à tout le monde parce que chacun doit prendre part au combat.

Boudu-magazine-69 Jérémy Perrard

© Rémi Benoit

Après deux ans de Covid, la Marche revêt-elle un sens particulier ? 
Il faut impérativement sonner le rappel des troupes. Ces deux ans ont fragilisé la société et les associations. Le Covid a amplifié le déclin de l’engagement associatif. Si on veut que les associations continuent à faire leur boulot, il faut que des citoyens soient prêts à prendre le relais car beaucoup sont épuisés.

Des revendications particulières cette année ? 
Arrêter l’hypocrisie. Lors de la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, on a vu fleurir des drapeaux LGBTQ+ dans les villes mis en place par les collectivités, l’État. Or, on nous demande de faire toujours aussi bien, voire mieux, en nous donnant moins d’argent. La lutte contre l’homophobie et la transphobie ne doit pas se résumer au 17 mai. Lutter contre les discriminations est un combat de chaque jour. 

Toulouse est-elle une ville plus ouverte en la matière ? 
Croire qu’à Toulouse c’est plus facile qu’ailleurs, peut-être parce qu’elle s’appelle Ville rose, est simpliste. Toulouse a beau être une ville multiculturelle riche d’un important tissu associatif, les victimes de discriminations existent, aussi bien dans l’espace public que chez elles. Et même si ça avance plutôt bien à Toulouse, ce n’est pas toujours le cas à l’échelle de l’Occitanie. Toulouse doit montrer l’exemple au reste du territoire.

Dans son rapport national annuel, SOS homophobies recense deux fois plus d’actes et anti-LGBT+ en 2021 qu’en 2020. Comment l’interprétez-vous ? 
Et encore, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. On sait qu’il y a énormément de victimes de discriminations qui ne portent pas plainte. Ce rapport confirme que la haine se manifeste majoritairement dans l’espace public et sur les réseaux sociaux. Les gens se cachent derrière la liberté d’expression, la liberté de parole. Or l’homophobie n’est pas une opinion mais un délit.

Que préconisez-vous ? 
On a tous un rôle à jouer. Si on veut lutter contre les discriminations souvent liées à la peur, elle-même liée à la méconnaissance, il faut communiquer, parler, discuter, échanger, débattre, parfois s’engueuler. Cela permettra de faire bouger les choses.

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