Interview

Jean-Michel LattesTarif, fais-moi peur

le 3 novembre 2022
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Si l’on en croit les prix du marché, la facture d’électricité de Tisséo sera multipliée par 5 en un an. Pour alléger la douloureuse, son président, Jean-Michel Lattes, compte sur le bouclier de l’État et sur des modifications de fréquence.

À quoi vous attendez-vous pour votre prochaine facture d’électricité ?
Cette année, elle s’élève à 6 millions d’euros. L’an prochain, si on se fie aux prix du marché et si rien n’est fait, elle sera de 30 millions. L’électricité est pour nous l’énergie la plus stratégique, puisque métro, tram et Téléo en dépendent.

Que faire ?
L’État a annoncé un bouclier tarifaire dont on ne connaît pas encore les contours. On devrait donc être moins secoués que prévu, mais on ne sait pas exactement dans quelle proportion.

Quelles conséquences sur les tarifs ?
Aucunes. Les Toulousains, comme tous les Français, sont déjà aux prises avec l’inflation. La solution tarifaire n’existe donc pas. La seule solution est étatique. L’État doit jouer son rôle de régulateur. Le président de la région Grand-Est, Jean Rottner, a déclaré fin octobre que sans action de l’État, il serait contraint d’arrêter plusieurs lignes de train. Le gouvernement, dont la mobilité est un axe majeur, peut-il accepter qu’on arrête des transports collectifs ? Je ne crois pas.

Les prix baisseront-ils un jour ?
On espère qu’ils redeviendront raisonnables. Ce n’est pas exclu : on traverse une crise conjoncturelle liée en grande partie à la guerre en Ukraine. Les prix évolueront avec le conflit.

Prévoyez-vous des mesures d’économie ?
Deux mesures de bon sens. La première pour Téléo, qui fonctionnait jusqu’à 00H30 et qu’on arrêtera à 22 heures. On s’est calés sur les horaires de l’hôpital. Il n’y a plus de besoin pour le personnel de l’hôpital après 22H, et la fréquentation de Téléo au-delà de cet horaire est résiduelle.

Et pour le métro ?
On ralentit la fréquence aux heures creuses. On peut se le permettre parce que le rythme du métro toulousain est exceptionnel. Il suffit d’attendre un métro à Paris pour s’en apercevoir. Aux horaires courants, on est à 90 secondes entre deux rames. On va ralentir la fréquence de 20 secondes en semaine pendant les heures creuses, et de 40 secondes pendant les heures creuses du week-end.

Pour quelle économie ?
Un million d’euros.

Avant la crise, la consommation d’électricité du métro était-elle déjà surveillée ?
C’est une préoccupation de toujours. Les progrès de la technique ont d’ailleurs permis de réduire la consommation des rames. Le premier métro toulousain de Siemens consommait davantage que le dernier modèle d’Alstom.

L’électricité meut le métro, qui transporte les 2/3 des usagers toulousains. Quid des autres modes de transport ?
Le reste du réseau est à dominante gaz naturel. Grosso modo 70 % de gaz, un peu d’électrique avec la navette de l’aéroport, et du diesel avec les derniers bus achetés en 2014 qui ne seront pas renouvelés. La nature du gaz pourrait évoluer à l’avenir. On s’intéresse de près au gaz autoproduit par la fermentation de biomasse.

Et l’hydrogène ?
Il fait partie des perspectives à moyen terme, mais ce n’est pas la panacée. Montpellier est apparue très en avance dans ce domaine. Il y a eu beaucoup d’annonces. Et puis la Ville vient de décider de retarder son projet hydrogène de plusieurs années, et d’organiser un moratoire sur le sujet. Le coût est exponentiel. Un bus hydrogène, c’est 4 fois le prix d’un bus au gaz.

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