Portr'interview

Lola CrosPorte-voix d’Aveyron

Photo : Orane BENOIT,
Rédaction : Orane BENOIT,
le 3 novembre 2022
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Sa voix colorée par l’accent ruthénois se propage depuis 2 ans jusque dans l’habitacle des tracteurs aveyronnais. Créatrice du podcast Finta!, la journaliste Lola Cros part tous les mois à la rencontre des habitants qui font l’Aveyron.

Photo : Mathieu Lacout

Avec Finta! (« regarde », en occitan), la journaliste ruthénoise Lola Cros diffuse l’identité aveyronnaise au-delà du département. Il n’y a pas si longtemps pourtant, le journalisme n’était pour elle qu’une option parmi d’autres. D’abord étudiante en socio, elle fait ses premiers pas de journaliste à Centre Presse, pour un job d’été. Une parenthèse avant de s’envoler à Londres pour sa deuxième année de sociologie. De retour dans son Aveyron natal, elle intègre Centre Presse. Tout juste diplômée, la jeune journaliste obtient le prix Varenne pour son enquête sur les Aveyronnais de Paris. Après un passage à Midi Libre, du même groupe, elle s’installe en 2019 à Toulouse et rejoint le réseau Les Premières Occitanie, qui accompagne les femmes dans leur parcours de création d’entreprise, et reprend un projet de magazine de trois aveyronnais. Après quelques mois, les tâches administratives et de gestion deviennent de plus en plus pesantes : « Ça me faisait plus peur que rêver ! » Arrive alors le confinement, pendant lequel elle prend la décision d’utiliser la matière éditoriale du magazine pour la création d’un podcast : Finta!.

Pourquoi ce podcast ?
Le podcast n’existait pas en Aveyron. J’avais envie de donner à entendre, de faire témoigner les gens que je croise sur le territoire et de les faire cohabiter, un peu comme une galerie de portraits.

Qui entend-on dans Finta! ?
Des gens que j’ai déjà rencontrés, d’autres que je repère en faisant ma revue de presse. Des gens du département, mais de tous horizons.

Ont-ils des points en commun ?
Avoir grandi en Aveyron, ça ne suffit pas. Il faut qu’ils inspirent l’auditeur de Finta!. Je dirais qu’ils présentent tous une forme d’engagement qui les dépasse. Ils ne font pas leur jardin dans leur coin ! À première vue, ils ont des trajectoires individuelles différentes, mais ils vivent côte à côte. J’espère que la somme de ces histoires brosse une sociologie du département et de tous ceux qui ont choisi d’y vivre. Un territoire enclavé, rural et parfois rude.

Les années d’études en sociologie influencent-t-elles votre travail journalistique ?
Je me sers beaucoup de mon appétence pour les sciences humaines dans mon travail de journaliste. Pour moi, le journalisme d’investigation, c’est douloureux. Le conflit, les rapports rudes qu’il peut y avoir dans le métier… L’approche documentaire me correspond davantage.

Comment les entretiens se déroulent-ils ?
J’essaie de les voir une seule fois pour avoir de la spontanéité et je leur demande de choisir le lieu. C’est souvent chez eux, car ils se sentent bien, entourés de tous leurs bibelots, leur vie. Et puis, je ne fais pas semblant, les gens que je connais et que je tutoie quand je les croise dans la rue, je les tutoie aussi dans le podcast.

Finta!, c’est un peu la mémoire de l’identité aveyronnaise et le moyen de la transmettre ?
Ça infuse dans tous les sujets. J’ai envie de demander aux gens que je croise pourquoi ils sont en Aveyron et ce qu’ils veulent faire de leur passage ici. C’est toute la profondeur du verbe habiter. Tous les gens de Finta!, à différentes échelles, laisseront une trace et dessineront ce que sera la ruralité aveyronnaise de demain.

Qui sont les auditeurs ?
Les Aveyronnais, déjà. Ici, le bouche à oreille est le meilleur vecteur, bien plus que les réseaux sociaux. Je suis aussi beaucoup écoutée par les Aveyronnais qui vivent ailleurs. Et puis tous les gens qui s’intéressent à la ruralité et à la question de la péri-urbanité.

Comment définir la ruralité aveyronnaise ?
J’associe l’Aveyron à la ruralité heureuse. Le département n’a pas connu, comme d’autres, de grand déclin industriel. Je sens qu’il y a comme un carrefour, où les Aveyronnais qui n’ont jamais bougé vont devoir s’ouvrir un peu et à la fois ceux qui viennent y vivre ont besoin de connaître le territoire. Les gens de ma génération, ont toujours entendu : là-bas au sud il y a José Bové et le Larzac, à l’est depuis qu’il n’y a plus les mines tu n’as plus rien à en tirer… Nous avions vaguement des repères mais sans connaître toute l’histoire. J’aimerais bien que Finta! contribue à documenter ce lieu de vie.

Quelles vertus trouvez-vous à la vie rurale ?
Ce que j’aime à la campagne, c’est que tu n’as pas tout sur un plateau. J’ai toujours dans la tête l’image de la société comme un puzzle. Chacun a sa place, on est imbriqués les uns aux autres et c’est encore plus évident dans un village où chaque famille compte pour maintenir une école, un guichet de La Poste, un commerce de proximité. J’aime cette débrouillardise saine bien qu’elle puisse être étouffante. Je ne suis pas là pour faire la promotion du département, mais je crois que c’est dans de petites échelles que se trouve la clé pour retrouver de l’espoir.

Le podcast est-il enfin connu du grand public ?
Il faut encore expliquer ce qu’est le podcast. Ce n’est pas évident pour tout le monde. Il n’y a pas de raison que le podcast reste un format urbain et jeune. En ce moment les retours que je reçois, c’est Maurice, Jean-Paul, des papis qui découvrent le podcast par le biais de documentaires sonores. Notamment avec ma série Mines de rien. Ce sont des mineurs ou des enfants de mineurs qui l’écoutent, qui connaissent le sujet et qui ne s’empêcheront jamais d’en parler.

Avez-vous en tête une rencontre qui vous aurait particulièrement marquée ?
Je pense à Marie-Thérèse Lacombe. Une dame de 93 ans qui a fait énormément pour la condition et la reconnaissance du statut de femme d’agriculteur dans les années 50-60. Son plus grand combat a été de vivre loin de ses beaux-parents, car avant, c’était la norme. Se dire que ça a été un combat pour quelqu’un, un jour, ça nous parait tellement loin…

Quel avenir pour Finta! ?
Cette année, je compte rechercher des partenaires tout en restant intransigeante. Je ne veux pas de partenaires qui mettent leur nez dans ma ligne éditoriale. J’aimerais que le modèle économique me permette d’avoir de l’ambition éditoriale et me permette de faire de la création sonore, du reportage. J’aimerais que Finta! devienne un média polymorphe.

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