Portrait

Marcel MézyL’homme qui ressuscite les sols

Rédaction : Emilie DIAS,
Photo : Rémi BENOIT,
le 8 décembre 2022 Temps de lecture : 4 min.
Partager : TwitterFacebookMail

Dans les années 1980, Marcel Mézy crée un procédé de fertilisation naturelle révolutionnaire qui restitue la fertilité naturelle des sols. Sur le moment personne n’y croit. 40 ans plus tard, la roue a tourné, et l’invention, parfois qualifiée de troisième révolution agricole, change la vie des dizaines de milliers de paysans qui l’utilisent.

Des champs à perte de vue sur le causse aveyronnais. Au loin, les chevaux de Marcel Mézy paissent tranquillement. L’homme prend lui-même soin de ses bêtes : « Cette nuit, j’ai aidé une jument à accoucher. »
raconte-t-il. Malgré la nuit agitée, l’éleveur de 80 ans s’est pourtant réveillé en pleine forme : « C’est peut-être grâce à mon invention, s’amuse-t-il. J’en mange tous les matins au petit-déjeuner ! » Marcel Mézy ne fait pas que plaisanter. Voilà 40 ans, il a inventé un fertilisant à base de bactéries. Fils d’agriculteurs, l’Aveyronnais est le sixième d’une fratrie de huit garçons. Contrairement à ses frères, le jeune Marcel veut être paysan comme ses parents. Il passe le certificat d’études et devient exploitant à Grioudas, dans l’Aveyron.
Il observe alors au quotidien sa terre, son écosystème
« pollué et meurtri », cet humus, et ce sol dont la vie a été appauvrie par les engrais chimiques. Pour assainir sa terre et en restituer la fertilité naturelle, il expérimente des mélanges de plantes et de compost « presqu’au hasard ». Puis, un jour, il fait une découverte : « Je n’avais plus de place dans mes bacs à compost, alors j’ai tout mélangé. Deux jours plus tard, des brindilles avaient disparu, des champignons travaillaient, puis j’ai été de surprises en surprises. »
Sans le savoir, Marcel Mézy vient de découvrir la base de son fertilisant naturel. Un mélange de 18 plantes et de 8 essences d’arbre dont il garde le secret, et qui, par le truchement des micro-organismes et des bactéries, restitue la vie dans les sols, bloque les maladies, et réduit considérablement l’usage des produits phytosanitaires.
Sur le moment pourtant, personne ne croit à l’avenir de son procédé : « On se moquait de moi. On m’accusait de voler les gens. On me prenait pour un fou. » Commence alors un combat pour faire reconnaître son invention auprès de la communauté scientifique et de l’industrie agricole. Combat difficile face aux lobbys qui lui barrent la route. En 2003, il défend son invention au tribunal : « On voulait que mon produit porte l’appellation d’engrais. C’est tout sauf un engrais ! » À la barre, l’enseignant-chercheur Marcel Mazoyer, qui qualifie son invention de « troisième révolution agricole » le défend : « Ce n’est pas de sa faute s’il a 40 ans d’avance ! » Le paysan-chercheur de Grioudas obtient ce qu’il espérait. Son procédé ne portera jamais le nom d’engrais.


Désormais, la prise de conscience écologique joue en sa faveur : « Cela ne fait que six ans que nous avons eu la reconnaissance des institutions et de certaines industries agricoles. La reconnaissance des agriculteurs, elle, nous l’avons toujours eue. » Des maraîchers aux grands exploitants, 15 000 agriculteurs usent en France du procédé Mézy. Mathieu Cosse, éleveur de bovins dans l’Aveyron, est l’un d’eux. « Mon père a fait partie des premiers paysans à croire au fertilisant de Marcel. Cela fait 40 ans que notre famille l’utilise. Pour moi, ce produit est une révolution dans l’agriculture. » Grâce à la mixture Mézy, Mathieu Cosse a doublé et amélioré la qualité de sa production. Il regrette cependant que le produit ne soit pas assez mis en avant : « Il faudrait en parler au niveau européen pour qu’il soit plus facile d’accès. C’est assez fou qu’un agriculteur crée un procédé de fertilisation tout seul et qu’aucun laboratoire n’ait eu cette idée avant ! »
En 2015, Marcel Mézy installe son laboratoire de recherche dans son berceau natal de Grioudas. Une équipe d’ingénieurs y analyse les mille souches que contient le produit. « On peut faire des découvertes tous les jours. Avec ces souches, il y a de quoi guérir le Covid ! » s’amuse Adeline Angle, ingénieur biochimiste. Des souches qui ont toutes des fonctions bien différentes. Il y a peu, l’ingénieur a découvert que le fertilisant pouvait dépolluer l’humus des prairies, « en quelques jours seulement. » Des résultats prometteurs qui ne sont pas passés inaperçus. La RAGT, entreprise leader dans la distribution de semences, s’est récemment rapprochée du paysan-chercheur : « Il y a 42 ans, cette même société ne voulait pas entendre parler de nous ! » jubile-t-il. Partout dans le monde, son produit intéresse : Afrique, Asie, Europe, les projets pleuvent : « Je n’aurais jamais pensé que mon travail prendrait une telle ampleur. Mais j’étais persuadé du pouvoir des micro-organismes. » À Grioudas, un amoureux de la terre qui rêvait de lui rendre sa fertilité, vient de gagner le combat de sa vie.

À lire aussi dans ce numéro

Par Le Mangeur Masqué -

Laura PelouAligot et Millau

Son petit accent charmant ne trompe pas. Laura Pelou vient du Sud. Native de Toulouse, c’est dans l’Aveyron des farçous et de l’Aligot qu’elle a grandi, jamais très loin des...

> Lire l'article <
Reportage -

La Ferme aux ânesCoup de chaud

L’été 2022 n’a pas fait qu’échauder les vergers de la vallée de la Garonne et le raisin des vignerons du littoral. Il a aussi perturbé l’activité pastorale pyrénéenne, en tarissant...

> Lire l'article <
La ferme aux Ânes, à Appy, en Ariège
En couv' -

Thierry GarriguesPris au piège

Les paysans, dont le travail se pense sur le long terme, s’accommodent mal des hoquets soudains du climat. Exemple avec Thierry Garrigues, qui produit des kiwis à Senouillac, dans le...

> Lire l'article <