Interview

Cali, Bono et les cow-boys

Rédaction : Sébastien VAISSIÈRE,
le 4 mars 2023
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Cali, chanteur catalan enfiévré, fête les 20 ans de “C’est quand le bonheur?”, le refrain entêtant qui l’a fait connaître. Ce printemps 2023 sera donc le sien, fleuri par un album acoustique en mars, un spectacle (le 21 avril à Altigone), et un film en mai. Il en profite pour nous raconter que tout à commencé à Toulouse, en 1984, par une envie de pisser.

« Un cow-boy » est imprimée en lettres capitales sur l’affiche du spectacle. Le cow-boy, c’est vous ?  Un chanteur en tournée, c’est un peu un cow-boy. Il arrive sur son cheval, s’arrête au saloon, et repart vers une autre ville dans le soleil couchant. 

Vous n’êtes pourtant pas grimé en cow-boy sur scène… Non, je suis en clochard céleste. Assis sur un banc, éclairé par un réverbère qui est mon seul ami. Je raconte des histoires, je joue mes chansons à la guitare, comme ça, à l’os. Je me suis inspiré des clochards célestes du XIXe siècle, qui n’étaient pas des crève-la-faim mais des assoiffés de liberté.

À quoi le titre du spectacle fait-il référence? À la réplique célèbre du western de John Ford, L’Homme qui tua Liberty Valance : « Quand la légende est plus belle que la vérité, imprimez la légende ». Dans ce spectacle, je raconte des choses vraies, des choses fausses. On ne sait jamais vraiment. Tant qu’il y a de la poésie, des chansons, des conneries, peu importe que ce soit vrai ou pas. C’est aussi un clin d’œil à Bono, qui signe ses autographes avec cette phrase : Never trust a cow-boy. 

Pourquoi Bono ? J’ai la chance de le connaître. Je suis engagé dans son ONG One. On se voit quand il passe en France. C’est un peu grâce à lui si je suis devenu chanteur. C’était le 20 octobre 1984, devant feu le Palais des sports de Toulouse. À l’époque, à Perpignan, il n’y avait ni grande salle ni grand festival. Pour voir des concerts, il fallait pousser jusqu’à Barcelone, Toulouse ou Montpellier. C’était l’après-midi, on attendait. Moi, j’avais envie de faire pipi. Avec un copain, on est passés derrière la salle chercher des toilettes. Et là : Bono ! Il était surpris parce que je crois qu’on n’avait pas le droit d’être là, mais il nous a laissé engager la conversation en anglais. On a parlé un bon moment. J’avais 16 ans. J’étais super fier.

Vous souvenez-vous du concert ? Inoubliable. Ils terminent par la chanson 40. Bono prend le micro. Il dit que tout le monde n’a pas pu entrer, et qu’il y a encore des gens dehors. Et qu’ils vont pousser les amplis à fond pour qu’ils entendent. C’était tellement fort qu’il y a eu des larsens énormes. C’était fou, vertigineux, bouleversant. Je me suis dit « Voilà, je veux faire comme le monsieur. »

Avez-vous assisté à d’autres concerts marquants à Toulouse ? Je me souviens de Simple Minds, des Silencers… J’ai vécu quelques temps à Toulouse, rue Caraman. J’allais voir des groupes au Bikini, et écouter du blues au Cactus. 

Vous êtes un grand promoteur de la région. Vous y vivez toujours. Vous courez dans votre dernier clip des neiges de Formiguères aux eaux de Banyuls. Vous êtes même devenu ambassadeur de la marque Sud de France… J’en parle dès que je peux parce que c’est une région extra. Quand je suis en tournée à l’étranger, au Québec ou ailleurs, je retrouve toujours des gens qui ont le mal du pays et avec qui on parle de la région… Ce sont mes racines. Mon grand-père italien, engagé dans les Brigades internationales, qui se bat à Madrid puis épouse ma grand-mère sous les bombes à Barcelone avant de passer la frontière… Ce sont de vraies histoires, de vraies souffrances, de vraies racines. Je ne considère pas pour autant qu’elles vaillent mieux que d’autres. Je suis attaché à tous les sentiments régionaux à condition qu’ils ne soient pas prétexte à enfermement. Après, on va pas se battre, hein, mais même si on partage avec vous, Toulousains, le mot Occitanie, nous, les Catalans, on n’est pas occitans. 

Vous n’aimez pas ce nom ?  On aurait pu choisir un nom plus consensuel. Bien sûr, au moment du vote, vous étiez les plus nombreux… mais c’est bien, après tout, cette rivalité. C’est bien qu’il y ait Toulouse, c’est bien qu’il y ait Perpignan, c’est bien qu’il y ait le Stade et l’Usap. C’est bien qu’on s’engueule, après tout.

 

Bruno Caliciuri, dit Cali

1968_ Naissance à Perpignan

1984_ Croise Bono à Toulouse

1985_ Crée son premier groupe de rock : Pénétration anale

2003_ Premier album : L’Amour parfait

2009_ Tournée avec Barthe et Roy, anciens de Noir Désir

2010_ 4e album : La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur

2018_ Seuls les enfants savent aimer, roman,  Cherche Midi

2022_ Ces jours qu’on a presque oubliés – Vol. 1

2023_ Ces jours qu’on a presque oubliés – Vol. 2 (sortie fin mars)

2023_ Monsieur Constant, film d’Alan Simon, avec Jean-Claude Drouot (en salle en mai)

 

 

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