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Les eaux usées traitées au secours de la vigne

Dernière mise à jour : 11 janv.

Sur le massif de la Clape, dans l’Aude, plus de 80 hectares de vignes sont irrigués par des eaux usées traitées dans la station d’épuration de Narbonne depuis juin 2022. Un projet mis en place au terme de dix ans de recherche, qui a bénéficié d’un investissement de 1,3 million d’euros. Une première en France.



Gruissan, petite commune de 5000 habitants en bord de Méditerranée, est fameuse pour son littoral, ses étangs et ses salins. L’été, sa population est multipliée par dix et la commune devient l’une des stations balnéaires les plus visitées du département. Cette période de grande activité coïncide avec les mois les plus secs de l’année. « Au début des années 2010, les conséquences du dérèglement climatique étaient déjà visibles » rappelle Nicolas Saurin, chercheur à l’Inrae Pech-Rouge (Gruissan). Les précipitations étant de plus en plus faibles et l’eau agricole inaccessible, il était vital de trouver une solution.


La cave coopérative de Gruissan, qui n’est pas du genre à mettre de l’eau dans son vin, a trouvé le moyen de mettre de l’eau dans ses vignes : irriguer 80 hectares dans le massif de la Clape avec les eaux usées traitées en station d’épuration. Un défi relevé par l’Inrae de Pech Rouge, avec l’aide de l’agglomération du Grand Narbonne.


« Les eaux usées traitées sont d’ordinaire rejetées à la mer. L’idée est venue de traiter ces eaux pour les rendre compatibles avec un usage agricole » énonce le chercheur de l’Inrae. La station d’épuration de Narbonne consacre ainsi 20% de ces eaux traitées à l’irrigation viticole. 60 000 m3 bénéficient chaque année d’un assainissement spécifique dans le cadre de ce projet Irri’AltEau 2.0. Pour mener cette action inédite en France, nombreux sont les acteurs à avoir participé : la Cave coopérative de Gruissan, l’Inrae, l’agglomération du Grand Narbonne, Veolia ainsi qu’Aquadoc.


L’Inrae de Pech Rouge a par exemple mené des recherches sur l’irrigation en fonction du type de vin (rouge ou blanc) en définissant quelle dose apporter à quel moment et à quelle fréquence. Véolia a mené un projet pilote entre 2013 et 2018 pour essayer l’irrigation sur une petite parcelle de vignes. « Il existe 4 catégories d’eau : A, B, C, et l’eau agricole », explique Nicolas Saurin. Lors de la recherche expérimentale, les vignes ont été irriguées avec de l’eau traitée de niveau B, mais au même moment, la réglementation a changé. L’irrigation des vignes du Massif de la Clape devint possible avec de l’eau de niveau C.


La cave de Gruissan

La cave de Gruissan (© F. Scheiber)


La technique du goutte à goutte

Aujourd’hui, pour éviter tout risque sanitaire, l’eau destinée à l’irrigation subit un second traitement dans un conteneur fourni par le Grand Narbonne.


Première étape : filtrer l’eau dans un tamis, ce qui permet d’enlever toutes les matières en suspension. Deuxième étape : l’eau passe dans des lampes UV qui assurent la désinfection de l’eau pour abattre les paramètres bactériologiques. Troisième étape : l’eau part dans les cuves et subit au préalable une chloration au javel, qui agit une fois dans les cuves.


Enfin, pour permettre la distribution de l’eau jusqu’aux parcelles, l’Association Syndicale Autorisée (ASA) de Gruissan a été créée en 2019 par dix adhérents, dont l’Inrae Pech Rouge et la cave coopérative de Gruissan. Les travaux, menés par l’association, ont commencé en 2021. Une station de surpression a été bâtie collée à la station d’épuration, ainsi qu’un réseau d’irrigation collectif de 7,6 kilomètres et 13 mini-bornes d’irrigation.


Les viticulteurs paient l’eau à l’agglomération du Grand Narbonne au prix de 0,38€ le mètre cube. À la demande, le système ouvre les vannes pour l’irrigation des plants au goutte-à-goutte. Une vraie bonne nouvelle pour Frédéric Vrinat, président de la cave coopérative de Gruissan, qui confiait il y a quelques jours à nos confrères de France 3 Occitanie que « l’arrivée de l’eau et la possibilité de se connecter sur ce réseau pour irriguer, ont été un soulagement. On commençait à avoir une vigne qui décrochait et qui avait du mal, avec les conditions climatiques, à pousser normalement. »


Toutefois, Nicolas Saurin met en garde ceux qui verraient la réutilisation de l’eau comme la solution miracle. Selon le chercheur, il faut être capable d’évaluer le contexte de chaque situation. « Sur le littoral, récupérer ces eaux usées qui seraient jetées dans la mer est une opportunité. Mais à l’intérieur des terres, les stations d’épuration rejettent généralement les eaux traitées dans les rivières et les fleuves, qui sont eux-mêmes de plus en plus asséchés. » Autant dire que pour Nicolas Saurin, priver les rivières de ces eaux traitées n’apparaît pas la meilleure des options. Et d’encourager le monde agricole à repenser sa stratégie pour trouver des alternatives moins demandeuses en eau : « Dans ce contexte de réchauffement climatique, la seule solution est de combiner les ressources en eau et de penser multi-usages »

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