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Orgues et progrès – Festival Toulouse les Orgues

Dernière mise à jour : 5 janv.

On pensait avoir tout ouï, mais non. Après 10 ans aux manettes du festival Toulouse les Orgues, son directeur artistique Yves Rechsteiner trouve encore le moyen de surprendre. Cette fois, c’est avec un orgue transportable innovant et bourré d’électronique. Un instrument unique au monde qui met la puissance de l’orgue d’église à la portée des salles de spectacle, et sonne par moment comme si on avait branché la wah-wah d’Hendrix aux grands orgues de Saint-Sernin.



En créant le festival Toulouse les Orgues (TLO) en 1996, Michel Bouvard et Jan-Willem Jansenet entendaient valoriser l’enviable patrimoine des églises toulousaines : 20 orgues, dont la moitié classée au titre des monuments historiques (Saint-Sernin, Saint-Etienne, Dalbade, Daurade etc.). Il faut désormais ajouter à cette liste le bien nommé Explorateur, orgue à tuyau transportable qu’on entendra pour la première fois à Toulouse ce mois-ci au cours du festival. 


Son initiateur, le directeur artistique de TLO Yves Rechsteiner, en résume la genèse : « Tout est parti de l’envie de proposer des concerts d’orgue en dehors des églises. Pour cela, il fallait trouver beaucoup d’argent et concevoir un orgue transportable comme il n’en existe que deux en France. On a vite compris que l’association Toulouse les Orgues ne pourrait malheureusement jamais porter un tel projet. » Aussi l’idée reste-t-elle quelques mois en suspens. Jusqu’à ce que l’organiste helvète croise la route d’un facteur d’orgues flamand : Tony Decap. 


Bien que descendant d’une lignée de facteurs d’orgues, ce dernier n’est pas identifié dans le mundillo de l’orgue classique. Et pour cause : son truc, ce sont les orgues de barbarie commandés par ordinateur. « Je lui ai demandé s’il lui semblait possible d’utiliser cette technologie pour fabriquer un orgue classique transportable. À ma grande surprise, il m’a répondu que oui. Qu’il suffisait, en somme, de remplacer le rouleau par un clavier. » Les deux hommes tombent d’accord. Yves Reichsteiner investit ses propre deniers, récolte des fonds auprès de mécènes et d’amis, et passe commande à Decap… qui s’attaque à la fabrication de son tout premier orgue classique. 


Toulouse les Orgues
Photo: Rémi Benoit

Dentelle et bourrins  

Quatre ans plus tard, ce matin de septembre 2023, la machine attend au fond de l’église du Gesu. Pour le commun des mortels, pas de doute, c’est un orgue. Pour Yves Rechsteiner c’est bien davantage : « Quatre ans de travail, une collection de nuits blanches, et toutes mes économies » égrène-t-il avant de plaquer un accord qui remplit l’espace et vrille les tympans. Il faut dire que les tuyaux ne sont pas loin derrière, disposés en demi-cercle autour de l’organiste. Ce sont les seules pièces d’occasion de l’instrument. Chaque groupe de tuyau provient d’une église différente. De Toulouse, d’Allemagne, de Saint-Affrique… chinés chez des facteurs ou glanés sur Le Bon Coin. Tout le reste, de l’architecture générale à la console, sort des ateliers anversois de Tony Decap, y compris le code du logiciel qui pilote les clapets par le truchement de câbles optiques de dernière génération. 


Câbles électriques
Photo: Rémi Benoit

Le tout a des faux-airs de mobilier Art déco et de machine à coudre. Ce n’est pas un hasard : « J’ai demandé à Decap de s’inspirer des vieilles machines Singer » sourit Rechsteiner, dont les doigts glissent maintenant plus délicatement sur les touches. C’est étrange, mais cela ne ressemble plus à de l’orgue. La mélodie est modulée, flûtée, presque orientale, avec ici ou là des effets de pédale wah-wah. Et l’organiste d’expliquer que c’est justement cette modulation qui fait de l’Explorateur un orgue unique : riche de ses 20 ans de recherche sur le vent, et d’expérience dans la technologie MIDI, Decap a doté cet orgue d’une technique de variation du débit d’air. Une révolution : « Un orgue, c’est un son binaire. Ça sonne ou ça ne sonne pas. Quand j’appuie sur la touche, je n’ai aucun moyen de changer le son. Mais avec l’Explorateur, je contrôle le débit du vent. On passe d’un système on / off, à un univers qui autorise toutes les gradations et les nuances. C’est comme passer du noir et blanc à la couleur ! Cela ouvre des perspectives artistiques immenses. Contrairement à l’orgue d’église, on n’est pas tenu ici de jouer comme des bourrins. » Un orgue aux faux-airs de machine à coudre qui fait dans la dentelle et sonne comme une pédale wah-wah… Qu’on ne vienne plus dire que l’orgue ennuie. 

Tuyaux chinés
Tuyaux chinés Photo: Rémi Benoit


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