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PORTRAIT

Quentin Lamotte : Rajeunissement national

PAR Mathieu BELLISARIO | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 6 min

Comme Jordan Bardella sur la scène européenne, Quentin Lamotte, 32 ans, incarne le nouveau visage du Rassemblement National à Toulouse, celui d’un parti qui joue la carte jeune pour faire oublier les caciques d’antan. Inspiré par la pensée d’Éric Zemmour et le mandat de Robert Ménard, ce fils d’éleveurs de chèvres de Touraine arrivé à Toulouse en 2008 sera le candidat RN au Capitole en mars prochain. Inconnu mais ambitieux, il entend profiter de la multiplication des listes et des candidats pour s’inviter au deuxième tour.

« Quentin Lamotte ? Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise sur lui ? Il suscite chez moi plus l’indifférence que la crainte. » Dans les travées du conseil régional, les coups sont bas et le verbe haut quand il s’agit d’aborder la candidature aux municipales du benjamin de l’Assemblée. Certains à gauche évoquent, sous couvert d’anonymat, un homme « de façade », « sans réelle vision pour Toulouse », quand d’autres élus de l’opposition parlent d’un « opportuniste » qui n’a « que sa jeunesse à faire valoir ». Voilà le natif de Nanterre habillé pour l’hiver et la campagne. Écharpe nouée autour du cou, Quentin Lamotte rigole dans sa barbe finement taillée à l’idée d’évoquer son année de naissance. « 1987. Un des plus jeunes candidats des municipales en France ». Un atout ou une faiblesse ? « Je n’ai pas encore de passé politique ancré à Toulouse, pour ainsi dire, je suis assez lisse. De là à susciter l’indifférence, je ne suis plus sûr. Je pense même que certains ont peur. »

Les mots sont choisis, le ton plus affirmé dès que le candidat étiqueté « Rassemblement toulousain » vient à parler de ses ambitions : faire mieux, voire doubler le score de son prédécesseur Serge Laroze et ses 8,15 % aux municipales de 2014. En clair, s’assurer une place au second tour. « J’y serai. Dans un duel face à Jean-Luc Moudenc ou dans une triangulaire, peu importe », estime Quentin Lamotte qui voit la multiplication des listes jouer en sa faveur. La tâche parait pourtant compliquée. Historiquement, Toulouse n’a jamais voté massivement pour les candidats de l’ex-Front National. Ses conseillers municipaux ont d’ailleurs déserté le Capitole depuis 2001. L’intéressé peut aussi en témoigner après son revers cuisant lors des législatives de 2017 où il a recueilli seulement 7,7 % des voix dans la 1ère circonscription de Haute-Garonne. Chemise blanche près du corps et tasse de café noir à la main, Quentin Lamotte reste sûr de son fait : « C’est une stratégie. Il faut travailler cette terre, semer les graines pour ensuite viser plus haut et aider Marine Le Pen à gagner les présidentielles ».



Zemmour, le détonateur 

Travailler la terre, une expression qui ne doit rien au hasard. « J’ai grandi en Indre-et-Loire à côté de Tours, dans la ruralité » explique Quentin Lamotte. « Mes parents étaient éleveurs de chèvres, ils faisaient du fromage AOC Sainte-Maure-de-Touraine. »

Une jeunesse à la campagne, et un long silence qui l’accompagne. « J’ai connu les enjeux liés à l’emploi, à la perte des services publics » se rappelle celui qui est aujourd’hui courtier en assurances et crédits immobiliers. Dans la maison familiale, jamais de politique. « On ne votait pas. » Aucun débat lors des soirées électorales et pour cause : pas de télévision sur le meuble du salon : « ma mère était contre ».

C’est pourtant à l’intérieur de cette boîte cathodique que le déclic viendra quelques années plus tard. En regardant Eric Zemmour sur France 2 dans l’émission « On n’est pas couché ». Chroniqueur et détonateur. « Il mettait des mots sur les maux et exprimait clairement ce que je n’arrivais pas encore à structurer ». L’insécurité, l’immigration, la souveraineté de la France s’invitent chaque samedi soir chez des millions de téléspectateurs. « Des thèmes qui faisaient écho en moi » affirme Quentin Lamotte qui aurait pu commencer à voter lors des présidentielles de 2007. Nicolas Sarkozy face à Ségolène Royal. Ce sera sans lui.

Après les années fac à Poitiers et une licence à Coventry en Angleterre, son arrivée à Toulouse en 2008 le confronte à de nouvelles problématiques. L’IAE, qui allait bientôt devenir Toulouse School Of Management, la vie étudiante à deux pas de la place Saint-Pierre, et au milieu, « un sentiment d’insécurité palpable ». C’est-à-dire ? Quentin Lamotte le reconnait volontiers : il n’a jamais été victime d’agression. « Je touche du bois ». Reste donc ce fameux et indéfinissable « sentiment », qui trouve comme point de chute, le Front National. Militantisme, section de jeunes… L’apprenti frontiste fait ses classes en politique avant d’être nommé en 2013 trésorier de la Fédération de Haute-Garonne par Julien Léonardelli, délégué départemental du RN né un 14 juillet, la même année que lui. Son engagement au FN, Quentin Lamotte refuse d’en parler dans un premier temps à ses proches. Dans un filet de voix au débit moins rapide que d’ordinaire, il confesse avoir eu « peur de la réaction » de sa famille. Elle ne l’apprendra que quelques mois plus tard. Dans une relative indifférence. Mère, frère et sœurs, aucun commentaire. Le père lui, a suivi. Il milite désormais aux côtés de son fils. « La dédiabolisation opérée par Marine Le Pen y est pour beaucoup, il y a un changement d’image. Les murs sont tombés. » Quentin Lamotte évoque la fin de l’ostracisme, des années Jean-Marie Le Pen qui selon lui  « gâchait le message du parti avec ses outrances » et qui ont valu à l’ancien président-fondateur du FN d’être notamment condamné pour contestation de crime contre l’humanité. Tout sauf un détail. L’argumentaire est ensuite bien rodé, la jeunesse affichée comme argument électoral : « Notre parti fait confiance aux jeunes pour porter ses idées. Regardez Jordan Bardella, tête de liste aux Européennes à seulement 23 ans. Les autres ont encore une approche assez carriériste de la politique. Je le vois tous les jours au conseil régional » où Quentin Lamotte siège depuis 2015 après avoir mené la campagne en Occitanie auprès de Louis Aliot, baron du RN avec ses 30 ans de vie politique. Une autre vision de la jeunesse.

Lors du premier débat de la campagne, organisé par France Bleu.



Totem sécuritaire

Quand on continue de gratter, le mur du changement s’effrite : « Récupérer la souveraineté de la France, lutter contre l’immigration légale et illégale, la défense de la ruralité… Vous prenez le programme du FN il y a 20 ans, vous allez retrouver les mêmes choses qu’aujourd’hui ». La question de la sécurité revient d’ailleurs rapidement dans la conversation. Quentin Lamotte cite la ville de Béziers et ses chiffres de la criminalité en baisse depuis l’arrivée de Robert Ménard, élu maire en 2014 avec le soutien de Marine Le Pen. « Il a fait partir la délinquance. » Soit éloigner le problème sans forcément le solutionner. S’il devient maire de Toulouse, Quentin Lamotte demandera « un audit de la police municipale ». Sa première mesure. Son questionnaire tiré à 200 000 exemplaires et envoyé aux Toulousains place d’ailleurs le totem sécuritaire au cœur de ses propositions : « mendicité agressive », « trafic de drogue », « rodéos urbains » apparaissent en début de page, quand la scolarité, la petite enfance, la vie sociale et culturelle sont reléguées au verso. « Simple question de mise en page » se défend-il, hésitant, avant de dérouler son programme en matière d’éducation (lutte contre le décrochage scolaire, davantage de bio dans les cantines). La 3e ligne de métro ? « Ce n’est plus le moment de revenir sur ce projet aujourd’hui trop avancé » reconnaît-il. Lui propose de prolonger les deux lignes déjà existantes, et de relier la gare à l’aéroport via le tramway. « Un délire à sept milliards d’euros » pour Jean-Luc Moudenc qui a étrillé « les positions affligeantes du candidat d’extrême droite » en matière de transport. « Je ne sais pas si je dois être gentil ou méchant » réplique Quentin Lamotte quand il s’agit de qualifier en un mot, le maire de Toulouse. Son choix est fait. Ce sera « mollesse ». « Jean-Luc Moudenc est dans le compromis permanent. Ça ne marche pas. Il ne veut pas faire de vague ». Quand d’autres l’espèrent bleu marine.

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.