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Disparu, il a disparu

À Toulouse, nombreuses sont les carcasses de vélo qui dépérissent sur les arceaux de la ville. Une roue en moins, une lumière, une sacoche et plus de 2600 fois par an, le vélo entier volé.


Il est 18h30. Le soleil tape encore. Le weekend approche et vous n’avez qu’une envie : rejoindre votre bande de potes pour boire un verre place de la Trinité. Vous enfourchez votre beau vélo et roulez rue de Metz les cheveux au vent. Le temps est bon, le ciel est bleu. Vous sifflotez… puis vous sirotez en terrasse après avoir soigneusement attaché votre beau vélo. Il est là, non loin de vous. Vous le regardez. Souvent. Encore. Toujours. Et d’un coup, c’est la panique. Où est mon beau vélo ? 

Cette histoire, ils sont 2600 à la raconter tous les jours sur le groupe Facebook Vélo volé Toulouse. Chaque mois, une vingtaine d’alertes enlèvement est postée. En France, d’après une étude de l’ADMA, il y aurait, chaque année, au moins 580 000 vols de vélos. Toulouse n’est pas épargnée avec près de 3 400 vélos déclarés volés en 2020, selon l’Observatoire de la pratique du vélo réalisé par l’Agence d’urbanisme de Toulouse (AUaT). Difficile d’y échapper même avec un antivol de compétition, ou même un local spécifique… Depuis 2021, le marquage des vélos est devenu obligatoire. Un peu comme une plaque d’immatriculation reliée à une carte grise, ce numéro d’identification permet de prouver qu’un vélo vous appartient : « Nous retrouvons très régulièrement des vélos volés et le numéro d’identification permet de les restituer à leur propriétaire » précise la chargée de communication de la police nationale à Toulouse. Certains vont même plus loin et intègrent à leur vélo un dispositif de traçage GPS.  

En cas de vol, le premier réflexe est de porter plainte afin qu’il soit inscrit dans le fichier des vélos volés. Ensuite, il est conseillé de veiller sur les sites de revente en ligne, de poster une annonce sur les groupes Facebook dédiés et même de surveiller les vélos vendus sur les marchés…  

À Toulouse, plusieurs mesures sont mises en place pour lutter contre le vol de vélos. D’abord, le déploiement de la vidéo protection : « Tous nos opérateurs vidéo sont très sensibilisés à ce sujet. Je ne vous dis pas que la vidéo protection permet d’endiguer le phénomène, mais régulièrement cela nous permet de constater des vols en flagrant délit et donc de dépêcher un équipage sur place » explique Emilion Esnault, élu en charge de la sécurité à la mairie de Toulouse. Les images peuvent également être mises à disposition de la police nationale pour appuyer des enquêtes. En octobre dernier, neuf personnes avaient été interpellées pour vols et recels de vélos et de trottinettes.

De plus, des places de stationnement de vélos sécurisées sont installées dans la ville et dans les parkings souterrains « Sur les 1 516 places de stationnement en souterrain, il y en a déjà 763 qui sont sécurisées » ajoute Emilion Esnault.

Pourtant, au vu des témoignages partagés sur Vélo volé Toulouse il ne semble pas y avoir de solution ou de lieu miracles. Alors restez près de votre vélo, ne clignez pas des yeux, pistez-le avec une puce GPS, gravez-le et croisez les doigts.


 


Illustration : AREKUSU

Serre-moi la pince !


« Une sortie Train et vélo était programmée pour visiter Albi et ses alentours. La veille au soir, sachant que je partais tôt le matin, je laisse mon vélo garé dans ma rue, quartier Saint-Cyprien. Je l’attache à un arceau avec un cadenas en Z. D’habitude, il est toujours dans le local à vélo de l’immeuble. Le lendemain matin, en descendant pour aller à la gare vers 8 heures, je m’aperçois qu’on me l’a subtilisé dans la nuit. Je fais quand même un tour rapide du quartier au cas où…mais non, rien ! Sur l’application, la localisation GPS du vélo n’indique rien. Alors, je rentre chez moi pleurer et redormir un peu. À mon réveil, quelques heures après, je vérifie à nouveau la localisation GPS. À cet instant, je vois la petite boule bleue se déplacer sous mes yeux. Sans attendre, j’appelle Michel, mon copain d’enfance et on file en voiture au point indiqué dans le quartier Soupetard. Sur place, je vois apparaître au bout de la rue, mon cher vélo attaché avec un nouveau cadenas, juste à quelques kilomètres de la maison. Je contacte Police Secours ainsi que la Police Municipale qui m’indiquent qu’ils ne peuvent rien faire et que je dois me débrouiller seul. Je pars donc à la recherche d’une pince coupante dans les environs. Au bout de quelques minutes, et après avoir sonné aux portes de quelques riverains, j’aborde une femme entrant dans un immeuble, juste en face de là où mon vélo est prisonnier de son nouveau cadenas. Par chance, l’un de ses amis du quartier qu’elle appelle sur-le-champ, possède une pince coupante dite “Monseigneur”. En moins d’une minute, je brise le cadenas en Z du voleur, et je récupère mon vélo. Victoire ! »


Julien MOUNIER


Wanted  


Illustration : AREKUSU

« On nous a volé deux vélos. Dont un qui a été retrouvé. Mon fils avait accroché son vélo avec un cadenas dans la rue et le lendemain matin il n’était plus là… J’étais désemparé. J’ai commencé par regarder sur LeBonCoin puis j’ai appelé un revendeur pour savoir s’il n’y avait pas mon vélo. Je me suis inscrit sur le groupe Vélos volés Toulouse, et j’ai promis une prime de 100 euros. Trois semaines après, un homme, vélotaf, m’appelle pour me dire qu’il l’a retrouvé. C’était un Gitane des années 90 facile à reconnaitre car on l’avait repeint en rose et noir. Il ne pouvait pas y en avoir un deuxième à Toulouse. Il a été retrouvé sur un marché à Saint-Michel à Toulouse. Pour le récupérer, il a mis la pression au revendeur. Je le félicite parce qu’il aurait pu se faire agresser. J’étais super content ! »


Franck-Alexis TURPIN


AU VOLEUR !


Illustration :  AREKUSU
Illustration : AREKUSU

« Cycliste depuis plus de 50 ans, je me suis fait voler 3 vélos, dont deux récemment. Le dernier était mon cadeau de départ à la retraite. J’ai vraiment eu la haine contre les voleurs. Un a été volé dans ma résidence, le second sous la caméra près de la station de métro St-Agne. Le cadenas a été scié avec une disqueuse. Rien ne les arrête. J’avais contacté la Police et Allô Toulouse… Tout le monde se renvoyait la balle tout en se critiquant mutuellement ! J’ai écrit au Maire, au préfet, au Procureur pour exprimer ma colère. Seul le maire a répondu 3 mois après… Je suis devenue une cycliste vigilante, en criant après des types qui trafiquaient des vélos. J’ai pu sauver deux vélos et une trottinette comme ça. L’indifférence des Toulousains me met en colère. Scier les cadenas ne passe pas inaperçu. Mes vélos étaient de simples vélos mais pour moi ça a été une grande peine. »

Claudine BARRAUD



Illustration : AREKUSU

Croix de bois, croix de fer…


« Mon vélo, un beau Gravel, m’avait été offert par mes potes pour mes 30 ans. C’était un vélo qui avait une valeur sentimentale en plus d’avoir une valeur financière. Deux ans après l’avoir reçu, je me le suis fait voler place des Carmes en pleine journée. J’étais dans un bar à côté, je l’avais attaché à un plot en métal et je le surveillais. À un moment donné, j’ai levé la tête et il n’était plus là. Gros moment de panique. Celle qui monte en toi depuis ton ventre jusqu’à ta tête. D’abord, je me dis que j’ai mal regardé que j’ai dû le poser à côté. Sur place, l’antivol est toujours là, alors je doute, est-ce que j’ai bien fait le tour du vélo ? Je ne suis plus sûr… Ce qui est sûr c’est qu’en une fraction de seconde quelqu’un est passé par là et s’est envolé avec mon vélo. J’étais abattu. Je faisais pourtant très attention car je savais qu’il y avait beaucoup de vols à Toulouse. Je suis donc allé porter plainte au commissariat.

Les jours qui suivent, j’ai beaucoup regardé sur LeBonCoin, et je me suis inscrits sur le groupe Facebook Vélos volés Toulouse. Sur LeBonCoin, il m’arrive plusieurs fois d’en voir qui ressemble à mon vélo, même couleur, même modèle… et un jour j’en vois un qui ne présente aucun signe qui me prouve que ce n’est pas le mien. J’hésite un peu et je finis quand même par contacter le gars. Mon vélo est gravé avec un bicycode, donc mon objectif c’est de vérifier ce numéro et si c’est le mien… et bien je n’avais pas trop de plan. Je monte dessus et je pars ? 

Il était garé en double file avec le vélo sur un porte-bagage derrière. Dès que j’arrive je me rends compte que ce n’est pas le mien. Je me retrouve face au mec qui voulait vraiment vendre son vélo. Je commence par faire semblant, je regarde le vélo pour voir si je suis intéressé. Je tourne autour du pot, parce que j’étais un peu mal à l’aise, et je finis par lui dire que je vais réfléchir. 

Et là il monte dans les tours et s’énerve. Je lui explique qu’on m’a volé mon vélo et que j’essaye de le retrouver. Je pensais qu’il serait compréhensif et qu’il allait se calmer. Cest tout l’inverse. Il me dit que j’aurais dû lui dire avant. Sauf que moi je lui explique qu’en général les voleurs ne disent pas qu’ils ont volé un vélo... Il s’énerve encore, je m’énerve aussi. Puis il finit par remonter dans sa voiture et partir. Après ça, j’ai arrêté de chercher, j’ai fini par me faire une raison et me dire que je ne le retrouverai jamais. »


Tom Fante



Illustration : AREKUSU

Cash Cash


« J’habite le Tarn et je n’ai pas de voiture, je fais tout à vélo et j’en ai plusieurs. C’est donc une part assez importante de ma vie. J’avais tardé à réparer une crevaison sur mon vélo de tous les jours et j’ai dû prendre celui de randonnée pour aller à la gare. C’est un Croix de Fer 20 que j’ai appelé Olle et avec lequel j’ai pas mal voyagé. Un vélo d’aventures donc. À la gare, il y a des caisses métalliques dans une desquelles je l’avais enfermé avec un U. Le problème de ces boites, c’est qu’on voit bien quel type de vélo est dedans et que passé une certaine heure, pas si tardive, on est à peu près tranquille pour meuler un cadenas. Je le sais pour avoir déjà dû le faire sur l’un des miens après en avoir perdu les clefs : en 5 à 10 minutes c’est terminé. En revenant, le vélo n’y était plus. Pas de trace du cadenas coupé non plus. J’ai ressenti un espèce de vide, parce qu’au-delà de la valeur marchande, c’est un paquet de souvenirs qui m’avaient été pris. Et puis ça remettait en question quelques projets de randonnées en longue distance et un voyage. Pendant la demi-heure de trajet à pied jusque chez moi j’ai parcouru toutes les annonces LeBonCoin sur un rayon de 200 km frénétiquement. Les images de vélos défilent, j’essaie de capter celle du mien à la volée. Rien.

Le lendemain, je suis allé porter plainte. Comme mon vélo n’était pas marqué, la plainte sera classée sous deux semaines. Ma seule solution était de continuer à veiller les annonces. Plusieurs fois par jour, j’ai ouvert l’application dans l’attente d’un petit badge sur une des recherches. J’en voyais passer des bonnes affaires, des très mauvaises, des insolites, des belles, des laides, des rares, des banales... J’ai acquis une certaine expertise dans l’évaluation des annonces. Après plusieurs mois, je perdais espoir. Je m’étais fixé comme limite un an. Au bout d’un an, je passerai à autre chose, histoire d’avancer.

Le 21 février, dans un train de nuit pour Paris et à une semaine de l’année écoulée, je m’arrête sur une annonce. Dès la première photo, je le reconnais. Même modèle, mêmes pneus, mêmes roues, mêmes étriers de frein, même pédalier, même set d’éclairage, même moyeu dynamo rouge, même chargeur usb sur la potence, même selle, même sonnette…. 850€, à peine le prix des roues neuves, une bonne affaire. J’ai moyennement dormi cette nuit-là.

L’annonce était postée par l’Easy Cash de Périgueux, à de 200 km du vol. A priori quelque chose de sérieux. Le lendemain, j’appelle la gendarmerie de chez moi pour savoir quoi faire : pas grand-chose, la plainte est classée depuis longtemps. Frustration. Je propose d’appeler à Périgueux, ça a l’air de les débarrasser, la gendarme acquiesce. J’appelle le commissariat de Périgueux. Comme je ne suis pas devant le vélo, ils me disent d’aller sur place et de les appeler depuis là-bas, et d’appeler le magasin pour demander de retirer le vélo de la vente. J’ai peur que ça les alerte et que je le perde, je ne le fais pas. Je pose une journée de congés et prends un aller-retour depuis Paris avec un énième vélo que j’ai sur place. J’ai un peu d’appréhension sur le trajet, je ne connais ni la chaîne, ni le lieu, ni le proprio. Comment dois-je aborder le magasin ? Comment je me protège ? Bref, est-ce que ce n’est pas un coupe-gorge ? Google Street Map me dit que c’est en zone commerciale, ça me rassure un peu. J’y vais.

Devant le magasin, beaucoup de vélos, mais pas le mien. Je souffle un coup et file vers l’accueil. En rentrant, je le vois de face. C’est bien le mien, j’en suis sûr.

La personne à l’accueil, que j’aborde sceptique, me demande la plainte. J’attends devant le vélo, je n’en reviens pas. Quand ils reviennent, ils sont plus avenants : c’est le mien, ils le retirent de la vente. Je leur explique ma veille sur LeBonCoin, ils me répondent que ça fait longtemps qu’il est en magasin. Ils m’expliquent que de leur côté ils vont appeler le commissariat pour porter plainte contre le vendeur. Ils ont l’air d’avoir l’habitude. Ils me disent que la procédure peut prendre du temps. Un mois plus tard, toujours aucune de nouvelles. Je contacte le commissariat pour savoir où ça en est. Ils n’ont pas reçu la plainte. Deux mois plus tard, toujours rien. Je recontacte Périgueux. Ils n’ont pas reçu la plainte, ils recontactent la gendarmerie. Cette fois ça marche, ils la reçoivent dans l’après-midi. Trois mois pour transmettre une plainte, ce n’est pas glorieux. Moins d’une semaine plus tard, je reçois un appel du commissariat pour me dire que je peux me présenter au magasin pour récupérer mon vélo. Je suis en vacances, ça attendra la fin du mois. Je prévois un dernier voyage avec lui pour rentrer, évidemment. Une journée et 220km de retrouvailles. »


Tristan COMES


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