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  • Omar Hasan, sentimental bourreau

    « Je m’appelle Omar. Quand j’étais enfant, les gens m’appelaient «  le petit Hasan  », mais je n’aimais pas ça. Mon grand-père paternel pensait que j’avais honte de son nom de famille et de ses origines arabes, mais ce n’était pas le cas. Moi, je voulais juste qu’on m’appelle par mon prénom, Omar. Il se fâchait pas mal à cause de ce malentendu, et aussi parce que je faisais tout le temps des bêtises dans le magasin qu’il tenait. C’était une boutique d’alimentation générale perdue dans la campagne. Il y vendait de tout. Du kérosène pour allumer les lampes, et même des espadrilles. » Mon grand-père était un homme étrange. Au début, je croyais qu’il passait son temps à dormir, mais à y regarder de plus près, j’ai découvert qu’il méditait. Il priait beaucoup. Il était musulman. De Syrie. Il est arrivé en Argentine au début du XXe siècle, parce qu’il y avait des terres à travailler. Là-bas, il avait une femme et des enfants, mais il est parti tout seul. Il a rencontré ma grand-mère en Argentine. Il y a eu un mariage un peu arrangé, et puis voilà. Mon père et ses deux frères sont nés. » Mon grand-père est mort quand j’avais 12 ans. Il avait un accent fort, une poigne très ferme. Je pense que la génétique a joué dans la force que j’ai. La province et les cheveux longs » Je suis né en 1971 à Tucumán. C’est une petite province universitaire du Nord-Ouest de l’Argentine, à 400 km de la frontière avec la Bolivie. Là-bas, ça bouge beaucoup. On fait tout le temps la fête. On vit dehors, été comme hiver. De temps en temps cette vie me manque, parce qu’à Toulouse, si tu n’es pas au centre-ville, tout est mort à partir de 19h. » Quand tu es de Tucumán, tu te sens très provincial. Les gens de Buenos Aires se moquent de toi, de ton accent, de ton vocabulaire. La rivalité est très forte avec la capitale. Bien plus forte que celle qui oppose Paris à Toulouse. Dans l’équipe de rugby locale, on détestait les mecs de Buenos Aires. Ils étaient tellement différents, tellement arrogants. Ils ont été les premiers à porter les cheveux longs (c’était interdit pendant la dictature) et les premiers à faire la bise pour se saluer. Et puis, ils suivaient la mode, alors que nous, on se saluait normalement et on s’habillait toujours de la même manière. » J’ai été heureux, enfant, à Tucumán. Je n’arrêtais pas de faire des bêtises. À l’école, je me battais. Chez ma grand-mère, je mâchais tous les chewing-gums sans qu’elle me dise rien, parce que j’étais son premier petit-fils, son chouchou. Dans le supermarché de mon père, je piétinais les étals, je mettais les mains dans les pots de confiture et je faisais tomber les bouteilles. Et pendant le carnaval, je poursuivais les filles en les arrosant. Heureusement, j’étais curieux de tout. J’aimais passer du temps avec les gens, les écouter, apprendre. La vitesse et la peur « J’ai donc grandi comme ça. À toute vitesse. Je ne marchais pas, je courais. Quand ma mère me demandait d’acheter le pain, j’allais à la boulangerie en courant ou à vélo, mais toujours à fond. Mon but c’était qu’à mon retour, elle ouvre de grand yeux en disant :  « Mais…Omar…Tu es déjà revenu ?! » » Quand j’ai commencé le judo, c’était pareil. J’étais à fond. Je me souviens qu’un jour, je faisais une clé de bras à un copain. Il s’est mis à crier « J’ai mal ! » mais pendant un moment j’ai continué à serrer tellement j’étais pris par le jeu. J’ai arrêté le judo parce que près de l’endroit où je prenais le bus pour rentrer, il y avait un fou qui s’est mis à agresser les femmes avec un couteau. On lisait ça dans le journal toutes les semaines, et ça me faisait tellement peur que je n’ai plus voulu y retourner. » C’est à ce moment-là qu’un copain a insisté pour que je l’accompagne au rugby. J’y suis allé par curiosité. Je n’avais ni short, ni maillot, ni crampons. J’ai tout de suite adoré. Surtout le contact physique. Et puis l’esprit, les copains, les surnoms, les rigolades… Mes parents, par contre, n’étaient pas chauds. Mon père trouvait le rugby trop violent et ma mère avait peur que je me fasse mal. Un jour, elle s’est confiée à un de mes copains de l’équipe, en lui disant qu’elle craignait que je me blesse. Mon copain lui a répondu :  « Madame, ne vous inquiétez pas. Ce sont les autres qui ont peur qu’Omar leur fasse mal, pas le contraire. » La chanson et le rugby marron » À cet âge-là, j’étais un peu timide. Déconneur, mais timide. J’avais 15 ans. Je me cherchais un peu. Je faisais le pitre pour faire marrer les copains. Je jouais de la guitare, je chantais, j’imitais les profs, les entraineurs, les animateurs de la télé et les chanteurs de charme. Pour draguer les filles, j’ai appris à danser, j’achetais des livres de poésie et j’apprenais les poèmes par cœur. Je ne voulais pas draguer comme les autres. Je voulais sortir de l’ordinaire. Et des fois, ça marchait. » Et puis il y avait le chant. Je chantais à la maison, je chantais sur la place du village, le soir, devant les anciens, des chansons que d’habitude les enfants de cet âge ne connaissent pas, je chantais à la chorale, je chantais le dimanche après la retransmission du foot, quand la radio diffusait des morceaux de tango et de folklore argentin, et je chantais dans le bus, a capella, pour mes copains du rugby. En grandissant, j’ai délaissé le chant et la musique, et quitté la chorale au profit du rugby et de mes études universitaires. » Je n’ai pris confiance en moi qu’à l’âge de 18 ans, avec mes premières sélections en équipe 1 de Natacion y Gimnasia (le club de Tucumán ndlr) et en équipe d’Argentine. Tout de suite, j’ai pris conscience de mon potentiel, et des possibilités qui s’offraient à moi. Alors, tout est allé très vite. En 1996, quand le rugby est devenu professionnel en Europe, j’ai décidé de quitter l’Argentine. Là-bas, le rugby pro était très mal vu. On en était encore au rugby « marron », celui des joueurs payés sous la table. Si un international partait jouer en Europe, il était suspendu un an de toutes les compétitions argentines, et quand il rentrait, on l’accusait de préférer l’argent au rugby. La France et les bagarres » Malgré tout, j’étais décidé à partir. Je ne voulais pas moisir à Tucumán. Je voulais progresser, m’améliorer, devenir pro. J’ai demandé aux internationaux argentins expatriés de me donner des contacts en Europe. À l’époque, en 1997, Pichot jouait en Angleterre, Reggiardo à Castres et Arbizu à Brive. Moi, à choisir, je préférais partir pour l’Angleterre plutôt que pour la France. Le rugby français, pour moi, c’était le rugby des bagarres. Chaque fois qu’on jouait la France avec les Pumas, c’était des rencontres très physiques et des bagarres terribles. Rugbyman pro, c’est le rêve, mais s’il faut se battre tous les week-ends, c’est pas marrant. » J’ai quitté l’Argentine en 1997 pour jouer à Wellington, en Nouvelle-Zélande, puis en Australie, aux Brumbies. Là-bas, j’ai connu de grands rugbymen comme Roff, Finegan et Mortlock, et vécu un rugby semi-pro qui a depuis disparu. Je me souviens que certains gars de l’équipe, notamment les Îliens, gagnaient leur vie en ramassant les poubelles. Je serais bien resté aux Brumbies, mais l’une des conditions exigée pour faire partie de l’équipe était d’être éligible à la sélection nationale australienne. Comme j’étais déjà international argentin, c’était impossible. Sinon, qui sait… » C’est comme ça que j’ai fini par signer en France, à Auch, en 1999, puis à Agen six mois plus tard. Et finalement, des bagarres, j’en ai pas connu tant que ça. Fourroux et le rêve intérieur » J’ai accepté de venir à Auch parce que Jacques Fourroux était président du club. Et pour moi, Fourroux, c’était LA référence du rugby français. Il était passionné par la mêlée argentine. C’était un mec intelligent, qui a toujours été en avance sur les autres dans sa conception du rugby. Je lui serai éternellement reconnaissant de m’avoir fait venir en France. » Je l’avais découvert, enfant, dans Test-Match, le seul magazine argentin consacré au rugby. Je lisais et relisais sans cesse ce journal. J’apprenais par cœur la composition des équipes, la taille et le poids des joueurs. On était en plein dans la génération Fourroux, et le nom des joueurs du XV de France nourrissait mon rêve intérieur de rugby de haut niveau. En ce temps-là je gardais mon ambition secrète. Je cachais ma passion aux autres, mais elle me dévorait déjà. » Je me suis tout de suite senti bien en France. Peut-être que là aussi, ce sont les gènes qui parlent, parce que du côté maternel, j’ai une arrière-grand-mère originaire de Loudenvielle. À mon arrivée, je ne parlais que cinq mots de français, appris pendant ma première tournée en 1992 : lait, chaud, chocolat, huître et merci. J’ai adoré découvrir Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Toulouse, Sarlat. J’ai aimé traverser la France, rouler de paysage en paysage, voir défiler les vergers, les champs, les prairies… je me sentais chez moi, comme je me sens chez moi partout où la culture rugbystique est forte. L’apéritif et les bouffées d’orgueil La seule chose à laquelle j’ai mis du temps à m’habituer, c’est cette manie de l’apéritif. Ici, c’est une institution, mais moi, je m’en fiche complètement. Même chose pour la troisième mi-temps : après les matchs, moi, j’ai faim. J’aurais préféré aller manger plutôt que de boire pendant des heures. Mais là aussi, c’est une institution. Je préfère les troisièmes mi-temps argentines. Il y a des orchestres, de la danse, du chant : c’est une vraie fête. » 1999 est une année importante pour moi, parce qu’elle correspond à mon arrivée en France et à un déclic collectif en équipe nationale. Après des années à subir des défaites terribles, en particulier les 100 points encaissés en 1996 contre les Blacks, on a pris conscience cette année-là, en Coupe du monde, qu’on était une équipe puissante et qu’on pouvait battre n’importe qui. Le regard que les autres équipes portaient sur nous a changé instantanément, jusqu’à l’apothéose de la Coupe du monde 2007 et notre victoire sur la France. Un beau souvenir. J’ai toujours donné tout ce que j’avais dans les tripes les jours de matchs contre la France. Question de respect. Je n'aime pas boire pendant des heures. Après les matchs, moi, j’ai faim. »   Ce que je voyais sur le terrain en jouant contre la France, c’était incroyable. J’ai dans la tête des images de trois-quarts français qui se faufilent partout et qui sont insaisissables. Je vois Ntamack se balader entre les lignes, avec ses longues, longues jambes… et puis les crochets de Castaignède… Cette façon de jouer des Français, c’était unique. Aujourd’hui tout le monde joue le même rugby, au Nord comme au Sud. Et ce qui caractérisait la France, ce french flair, s’est un peu perdu. »   Mes préoccupations de pilier étaient très éloignées des envolées du french flair. Mon truc, c’était d’observer mon adversaire direct, d’anticiper et de ne jamais entrer en mêlée de la même manière. C’est une conception très argentine de la mêlée. Là-bas, on a une approche psychologique et technique du poste de pilier. La domination de l’adversaire n’est pas seulement une affaire de force brute. Les commandements en mêlée d’aujourd’hui vont dans ce sens, en privilégiant la technique. On perd un peu l’esprit de la mêlée, le plaisir de l’impact, mais on gagne en exigence technique, ce qui est valorisant pour les avants. »   Avant les matchs, j’étudiais le comportement de mon vis-à-vis, je mentalisais, je m’imaginais face à lui, comme je le fais aujourd’hui avant d’entrer sur scène. Une fois sur le terrain, je ne voulais pas céder un pouce de terrain. J’avais des bouffées d’orgueil qui sortaient naturellement. Ça ne se voyait pas, mais ça bouillonnait en moi. Je me donnais, jusqu’à atteindre mes limites. Combien de fois, en sortant de la mêlée, je me suis relevé en voyant des étoiles à cause de la tension, de la pression et du manque d’oxygène… Les cons et les forts »   À Agen, j’ai pu m’en donner à cœur joie. De 1999 à 2004, on a eu une mêlée terrible. Avec Crenca et Rué, on tuait tout le monde. Dès mon arrivée, j’ai proposé à Lanta une façon de travailler. On faisait dix entrées en mêlée la veille de chaque match, et j’expliquais bien à chacun ce qu’il devait faire. C’était un travail minutieux et efficace. Un travail qui a fait notre force. Les autres disaient de nous qu’on était « cons et forts », et c’était probablement vrai. À Toulouse, à la fin de ma carrière, certains coéquipiers me disaient : « Mais comment tu as pu jouer avec des cons pareils ? » Il faut dire que dans ces années-là, on les avait bien bougés, les Toulousains. »   La seule ombre au tableau de mes années agenaises c’est la défaite en finale du championnat 2002 contre Biarritz, à la dernière minute. Un souvenir douloureux. Ça n’enlève rien au fait qu’on a marqué une époque, avec cette mêlée agenaise. Même entre nous, on n’était pas tendres : je me souviens d’un test match en Argentine en 2002 où je me retrouve face à Crenca. Je ne lui ai fait aucun cadeau, c’est le moins qu’on puisse dire. Après le match, il était furieux ! »   En 2004, j’ai failli quitter définitivement le rugby. Mon professeur de chant m’encourageait à rejoindre ma femme, qui vivait à New-York, pour me lancer là-bas dans une carrière de chanteur lyrique. L’idée m’enchantait. J’étais prêt à repartir à zéro, à travailler à la plonge dans les restos pour me payer des cours de chant. J’avais 33 ans, une jolie carrière derrière moi, deux participations à la coupe du monde et de belles performances. Mais il faut croire que je n’en avais pas fini avec le rugby. J’ai été approché par Jean-Michel Rancoule, du Stade Toulousain. Je lui ai donné mon accord par téléphone. Il était tellement pressé et avait tellement peur que je change d’avis qu’il voulait me donner rendez-vous à mi-chemin entre Toulouse et Agen pour me faire sa proposition de contrat. Je n’arrivais pas à imaginer qu’on me fasse signer un engagement au Stade Toulousain sur un capot de voiture, comme un gitan, au milieu d’un péage d’autoroute à Valence-d’Agen. Je ne demandais pas de signer au siège du club, mais au moins sur une table… Et finalement, on a signé sur une table. Les trois-quarts et la conquête »   Signer au Stade à 33 ans. Quel défi ! Palmarès fabuleux. Des jeunes partout. Des stars à chaque poste. Je suis entré par la petite porte, avec pour mission de jouer et de former les jeunes piliers. Il n’était pas prévu que je joue tous les matchs, ni que je laisse quelque trace que ce soit dans le cœur des supporters. Finalement, c’est ce qui s’est passé. » Déjà, à Agen, sous l’influence de Christophe Deylaud, on produisait beaucoup de jeu, mais à Toulouse… fallait voir. C’est bien simple, rien n’était prédéterminé. Nous les gros, on ne savait plus où donner de la tête. Avec Heymans, Clerc, Poitrenaud, Michalak, ça partait dans tous les sens. C’était difficile d’assurer le soutien parce qu’on ne savait jamais où ces types-là allaient partir. La priorité de Guy Novès, c’était les trois-quarts et la conquête. La mêlée passait au second plan. D’ailleurs, ce n’est pas sa spécialité. Guy, c’est d’abord un meneur d’hommes qui sait choisir le moment pour bousculer ou protéger un joueur. J’ai beaucoup d’admiration pour lui. »   À mon arrivée à Toulouse, j’ai aménagé mon temps entre rugby et musique. Grâce au conservatoire de Toulouse, qui a accepté d’adapter mes horaires, je me suis mis à rêver d’une reconversion dans le chant lyrique. Le désir et la reconnaissance »   Il m’arrive de me demander ce qui se serait passé si j’avais choisi le chant plutôt que le rugby, mais ça ne m’obsède pas. Les barytons que j’ai rencontrés dans le milieu, comme Gabriel Bacquier, m’ont dit que mon timbre de voix n’a pas d’équivalent et m’ont encouragé. Peu importe si j’arrive trop tard. Ce qui compte, c’est que le chant occupe aujourd’hui 80% de mon temps et que je ne cesse pas de travailler. J’aimerais avoir une carrière de chanteur d’envergure nationale. Je rêve de chanter dans des stades, de parcourir le monde, de chanter avec des grands, comme Aznavour, pour employer différemment ma voix de chanteur lyrique. J’ai des modèles : Dimitri Hvorostovsky chez les barytons, Plácido Domingo chez les ténors. Voilà quelqu’un que j’aimerais rencontrer. Il a chanté des chansons connues, dans un répertoire latino populaire tout en restant crédible dans le monde de l’opéra. C’est remarquable. »   J’ai tellement d’envies. Envies de scène, de comédie, de chant, de disque. Je suis prêt à tout essayer. Enfin, pas tout à fait : j’étais récemment en famille à Orlando, en Floride, au Parc Universal Studio. Ce jour-là, il y avait un casting pour le télé-crochet American Idol. Ma femme me dit : « Omar, vas-y ! On ne sait jamais » . Je me suis retrouvé devant une fille qui me demande de chanter a capella. Je choisis Granada . Elle était très enthousiaste, comme savent l’être les Américains. J’ai été sélectionné pour l’épreuve du soir. On devait se produire sur scène, devant un jury, et chanter une chanson choisie dans une playlist imposée. Malheureusement, la playlist, c’était pas trop mon univers. Je me voyais mal chanter du Michael Jackson, devant les caméras. Je me suis dégonflé. »   Je sais que j’ai encore le temps, mais j’attends le déclic, le tremplin qui lancera définitivement ma carrière de chanteur. Ça finira par arriver, comme c’est arrivé dans ma vie de rugbyman. Ça marchera si je parviens à rester authentique sur scène comme je l’ai été sur les terrains. C’est peut-être une nouvelle façon pour moi de chercher la reconnaissance. Sur le terrain, c’était plus diffus, noyé dans le nombre et l’adrénaline. Sur scène, c’est un contact sans intermédiaire. Tout aussi direct que les fois où, à Toulouse, quelqu’un m’arrête dans la rue pour me féliciter et me parler d’un souvenir de match. J’aime l’idée de procurer des émotions aux autres. C’est un moteur, chez moi. Et je n’ai pas trouvé dans ma vie de meilleure solution pour y arriver, que de porter des crampons ou de chanter des chansons.

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  • Quand Toulouse voulait bétonner le canal du Midi

    Le 23 avril 1964, au Capitole de Toulouse. Dans son fauteuil de maire, Louis Bazerque relis l’avis de son conseil municipal : «  Nous demandons la déviation du canal du Midi dans la traversée de Toulouse et l’établissement sur son tracé actuel d’une grande voie de pénétration urbaine  ». Face à lui, épinglé sur un grand panneau en liège, le schéma de structure de la ville signé des célèbres architectes Daniel Badani et Pierre Roux. Il décrit la ville telle qu’elle sera d’ici une ou deux décennies. On y voit les projets d’implantation des administrations, des industries, les règles de construction et la percée des nouvelles voies. Sur le schéma Badani, tracé en rouge, le canal du Midi est devenu une autoroute urbaine. Bazerque, le bâtisseur de gauche, l’ami de la croissance et des milieux économiques, est satisfait. Adepte des initiatives spectaculaires, il vient de lancer le chantier du Mirail, a fait raser le quartier Saint-Georges et remplacer les Halles des Carmes et de Victor-Hugo par des parkings aériens. Pourquoi pas, dès lors, bétonner le canal ? On dégagerait ainsi 5 hectares pour de nouveaux programmes immobiliers à Port-Saint-Sauveur et Saint-Etienne, vers les Ponts-Jumeaux ou le canal de Brienne. Quant aux 30 hectares de lit asséchés, ils pourraient abriter, sous la voie rapide, de gigantesques parcs de stationnement. De quoi désengorger le centre d’une cité en pleine expansion. Bazerque l’exécutant L’essor de l’aéronautique, la croissance de la population étudiante, l’exode rural et le retour des Français d’Outre-Mer ont fait gagner à la ville 60000 habitants en huit ans. Au recensement de 1962, les Toulousains sont 325000. La même année, face aux caméras de l’émission  Midi-Pyrénées Magazine,  produite par l’ORTF, Louis Bazerque paraît préoccupé : «  Il y a 2000 voitures de plus par mois dans la ville et les voies sont inadaptées. J’en appelle à une discipline absolue des piétons et des automobiles. Ainsi, tout ira bien dans notre bonne ville.  » Il s’en fallut de peu que Louis Bazerque ne signât le bétonnage du canal du Midi. Archives Jean Dieuzaide. Cette situation complexe ouvre un boulevard aux maîtres des Ponts-et-Chaussées. Pour eux, la solution tient en un mot :  expressway.  Avant de redessiner les villes, ils se rendent à Chicago, et en reviennent des étoiles plein les yeux. « Ces visites officielles se sont multipliées à partir de 1946, raconte Matthieu Flonneau, maître de conférence à l’Université Paris 1. Nos ingénieurs ont découvert ces immenses voies pénétrantes, encouragées par le lobby de l’automobile. Bien que nos villes étaient infiniment moins malléables, l’administration française a choisi d’appliquer ce modèle”. Car les idées et les ordres viennent d’en haut. Nous sommes aux temps des plans directeurs d’aménagement du territoire et de l’État-providence tout-puissant. En juin 1964, Toulouse, comme sept autres ville françaises, est nommée « métropole d’équilibre » , un statut qui la dotera de nouvelles fonctions jusque-là réservées à la capitale. Le moyen surtout pour l’État d’intervenir plus directement dans la gestion de la ville. «  On a surévalué la responsabilité de Bazerque , juge aujourd’hui le géographe toulousain Robert Marconis. À l’évidence, il ne maîtrisait pas la situation et n’avait pas d’équipe suffisante. On lui servait des plats tout prêts et il jouait le jeu : c’était un exécutant de l’urbanisme d’Etat  ». Riquet l’oublié Au milieu des années 1960, l’idée de recouvrir le canal du Midi fait ainsi son chemin, et n’émeut personne. D’autant plus que l’œuvre de Riquet a perdu de sa superbe. Le visiteur qui débarque gare Matabiau reste séduit par la beauté des platanes centenaires, mais les rives sont jonchées de détritus et l’eau est sale : «  Le canal empestait, c’était un vrai tout-à-l’égout,  grimace Pierre Cardinale, du club Ô fil de l’eau . Sur les péniches vivaient des gens du voyage et de modestes mariniers. En bordure, on trouvait de petites maisons occupées par de petites gens ».  Si les bateliers ne chôment pas encore, le canal ne cesse de perdre du terrain face à la route et au chemin de fer. Le 20 octobre 1967, l’été indien s’est durablement installé à Toulouse, où il fait plus de 25 degrés. Ce jour-là, le Consortium de Modernisation des Voies Navigables Méditerranée-Atlantique se réunit à la Chambre de commerce. Il confirme son intérêt pour la déviation du canal. L’idée remonte à une loi de 1903, qui fixait les grandes lignes de l’aménagement du canal du Midi et du canal latéral à la Garonne (les deux formant le canal des Deux Mers, entre Atlantique et Méditerranée) : «  Il s’agissait de les moderniser, d’élargir leurs écluses et leurs ponts pour permettre la navigation de bateaux de plus grand gabarit,  raconte Robert Marconis . Pour gagner du temps et de l’argent, il était déjà question, à Toulouse, de dévier le canal du Midi par la vallée de l’Hers  ». Mais le Consortium redoute que les travaux n’interrompent le trafic déjà chancelant et prévient : «  Nous protestons avec force contre toute rupture de la navigation, ce qui reviendrait à anéantir la liaison fluviale  ». Bazerque ne maîtrisait pas la situation et n’avait pas d’équipe suffisante. On lui servait des plats tout prêts et il jouait le jeu : c’était un exécutant de l’urbanisme d’Etat . Robert Marconis Pompidou l’ambivalent À la fin de la décennie, le libéral et hyperactif ministre de l’équipement Albin Chalandon s’empare du dossier. Le 18 décembre 1968, il adresse un télégramme au préfet de la Haute-Garonne, Alexandre Stirn : «  Après comparaison de diverses propositions, voies en aérien, voies sur berges et autoroute dans le lit du canal, il apparaît nettement que cette dernière solution répond le mieux aux objectifs (…) J’ai décidé d’accorder dès 1970 tous les crédits d’études nécessaires  ». En revanche, Chalandon refuse de financer la déviation du canal et se met à dos les amis de la batellerie. C’est le début d’un long bras de fer. Atout touristique et patrimonial, le canal du Midi a longtemps été une entrave à la circulation automobile. Archives VNF, Direction interrégionale Sud-Ouest. En 1971, un mois à peine après son élection inattendue au Capitole, Pierre Baudis, centriste et gestionnaire, reçoit la visite de Georges Pompidou. Logé à l’ancienne école hôtelière, le chef de l’Etat est venu découvrir le prototype de Concorde. Tout en consacrant Toulouse capitale de l’aérospatiale, il exalte dans son discours l’«  incomparable paysage français qui doit être protégé contre le vandalisme de l’argent et de la technique  ». Car Pompidou n’est pas seulement le Président du tout-auto et des voies sur berges parisiennes, celui qui roule en Porsche, peste contre les limitations de vitesse et demande que «  Paris s’adapte à la vie des Parisiens et aux nécessités de l’automobile  ». Il est aussi l’initiateur du premier ministère de la protection de l’environnement, et l’inlassable défenseur des platanes qui bordent les routes du Midi. Son premier ministre Jacques Chaban Delmas, qui est aussi maire de Bordeaux, vient, quant à lui, de débloquer les fonds nécessaires à la modernisation du canal latéral à la Garonne. Les adversaires de l’autoroute se réjouissent : «  C’est l’époque où l’on redécouvre le charme du canal, havre de paix et de verdure au milieu du béton , rajoute Robert Marconis.  L’époque où certains s’enchaînent aux platanes, où l’on inscrit le bas-relief des Ponts-Jumeaux à l’inventaire des Monuments Historiques  ». Des comités de quartiers apparaissent, marqués politiquement par les valeurs de 1968. Le citoyen s’affirme. Et il est sensible à l’environnement. Attali le rase-campagne C’est dans ce contexte particulier que Jean Frébault, jeune diplômé des Ponts et Chaussées, prend en octobre 1971 la direction de la toute première agence d’urbanisme de Toulouse. En service dépêché, il constitue une petite équipe qui affiche ses convictions jusque sur la porte d’entrée de l’agence. On y lit, en gros caractères, ces paroles de  Toulouse  de Nougaro : «  Parfois au fond de moi se raniment l’eau verte du canal du Midi et la brique rouge des Minimes. » L’agence d’urbanisme, qui fait le lien entre les collectivités locales et l’administration centrale, rend un avis défavorable sur le projet : «  On refusait de sacrifier l’organisation d’une ville pour des questions de mobilité, explique Jean Frébault.  Mais on était peu audibles et on avait fort à faire avec nos contradicteurs.  » Georges Pompidou dans le bureau de Pierre Baudis, le 7 mai 1971. Un président tiraillé entre nécessité de développement et souci du patrimoine. Photo André Cros, Archives municipales. Car pour appliquer le schéma de structure Badani, le tout puissant ingénieur en chef de la Direction Départementale de l’Équipement est à la manœuvre. La cinquantaine sévère, Jean Attali est un bras armé de l’état, avec une main de fer sur ses services : «  On le surnommait Attila, c’était un ingénieur routier “rase-campagne”» , persifle Jacques Coupy, un de ses adjoint, chef du Groupement d’Études et Programmation de la DDE. «  Un homme exigeant et charismatique. Nous nous sommes souvent accrochés. Il ne fallait pas se montrer faible face à lui  ». On le surnommait Attila, c’était un ingénieur routier “rase-campagne” Jacques Coupy Baudis le méditant En juin 1973, Jean Attali et ses ingénieurs retrouvent Pierre Baudis au Capitole, pour une réunion de la plus haute importance. Le haut fonctionnaire annonce solennellement : «  Le ministère de l’équipement a inscrit au VIIème plan la réalisation d’une autoroute urbaine, entre les Herbettes et l’échangeur des Ponts-Jumeaux. Le détournement du canal serait entièrement financé par la direction des routes. Je propose qu’à la fin de l’année prochaine, un avant-projet définitif soit présenté par la DDE  ». Le maire ne dit pas non, «  mais c’est un petit oui  », tempère Jacques Coupy. Le sort du canal paraît ainsi scellé au moment où Pierre Baudis décolle vers l’Asie, pour quelques jours de vacances. Il en reviendra transformé. «   Pierre Baudis m’a téléphoné. Il m’a dit : “J’ai longuement médité là-bas, au bord des canaux. Le canal du Midi, c’est quelque chose d’exceptionnel dans Toulouse. Je ne peux pas laisser faire ça.” Quand je l’ai répété à Attali, j’ai pris un de ces savons ! » Au centre d’intérêts contradictoires, Pierre Baudis décidera seul du sort du canal du Midi. Photo André Cros, Archives municipales. Le mois suivant, Pierre Baudis est réélu conseiller général de son canton, en centre-ville : «  Son slogan de campagne était “Non à l’autoroute !” , sourit Jean Frébault.  Il avait eu une fulgurance, une révélation !  ». Dans une interview accordée au journal Le Monde, il enfonce le clou : «  J’ai choisi en faveur des piétons, contre l’automobile qui, s’y l’on n’y prend garde, finira par chasser les habitants des villes (…) Nous allons remettre en service des coches d’eau, mettre des bancs, planter des arbustes et des massifs de fleurs  ». En lisant ces lignes, Jean Attali, incrédule, lâche à son adjoint : «  Nous n’avons plus un maire, mais un jardinier !  ». Un jardinier qui, sitôt cette idée abandonnée, lancera un projet de voies rapides sur les berges de la Garonne, qui ne verront pas le jour. À ces deux exceptions près, le schéma de structure Badani est aujourd’hui achevé. Busquets le différent «  Toulouse était en retard et son retard a sauvé son canal ! Certaines villes n’ont pas eu cette chance  ! », se désole Jean Frébault, aujourd’hui membre du Conseil de Développement du Grand Lyon.  À Lille, on a sacrifié les anciennes fortifications, à Strasbourg, la pénétrante des Halles déchire le centre ville, et à Lyon, le tunnel sous Fourvière est la saignée la plus agressive que l’on puisse imaginer.  » « Il reste toutefois des traces méconnues de ce projet extravagant,  révèle Alain Garès, directeur général d’Europolia, un ancien de l’agence d’urbanisme de Toulouse, aujourd’hui en charge des grands projets de la métropole :  près du canal, certaines avenues sont très larges parce qu’elles étaient destinées à se brancher sur la future autoroute, via des échangeurs ». En une décennie d’atermoiements, on aura causé aussi des dégâts irrémédiables. Pour anticiper un maximum de trafic automobile, de magnifiques ponts du XVIIIème siècle ont été démolis. «  L’autoroute du canal devait arriver aux Ponts-Jumeaux : pour la raccorder à la rocade Ouest, on a détruit l’ancien stade Ernest Wallon »,  fait également remarquer Robert Marconis . « Aujourd’hui, tout cela serait impensable, reconnaît Jean-Luc Moudenc.   De Louis Bazerque, je retiendrai l’idée que la ville doit se transformer . Je suis aussi fidèle à Pierre Baudis, qui a voulu qu’on embellisse et qu’on préserve le patrimoine. » Dans son fauteuil de maire, il regarde les plans dessinés par l’urbaniste Joan Busquets  : « Contrairement à certains de ses prédécesseurs, Busquets est quelqu’un de modeste et de nuancé : il fera évoluer Toulouse en respectant son histoire et ses hommes ».

  • Cinémathèque : étoiles et toile

    The Host , pour la bête L’actualité nous donnant des raisons légitimes d’avoir la pétoche, commençons cet été à la cinémathèque par de la peur pour de faux. The Host, film coréen de son état, œuvre hybride entre la comédie grotesque, le film d’horreur glaçant et le pamphlet écolo bon teint. Passée la scène d’exposition qui voit une immonde créature, tout droit sortie des égouts de Séoul, semer le chaos en ville et enlever une innocente jeune fille, on comprend qu’on a fait le bon choix. La bête répugnante s’en donne à cœur joie, les gens courent partout et la caméra suit sans ciller avec un sens du mouvement sidérant. Rarement séquence de désolation ne fut si bien menée. Elle vaut à elle seule l’achat du ticket. Tout comme Godzilla incarnait la menace nucléaire dans un Japon traumatisé par les bombardements de 1945, cette créature mutante fait resurgir le danger de la nature qui pèse sur nos petites têtes occidentales. Péché Mortel, pour le technicolor noir À un moment, il faudra bien se taper un classique. Sur l’affiche, l’actrice Gene Tierney accroche le regard… Moins connue qu’Ava, mais tout aussi belle. Banco ! Sous son feuillage coloré, voilà un film noir comme du charbon. Le Technicolor flamboie comme au bon vieux temps de l’Universal, et le mélodrame qui se joue entre les protagonistes se meut en un sommet de cruauté. Un plan suffit pour comprendre que Gene Tierney incarne ici l’une des plus belles femmes fatales du 7e Art. Le regard clair et profond, une beauté aux traits délicatement dessinés, elle cache sous ses airs dociles un amour sans mesure pour l’homme qu’elle a choisi. Un amour exclusif, possessif, passionnel, destructeur. Il est des moments fugaces qui marquent durablement : des lunettes en forme de cœur sur le bout du nez, elle regarde, impassible, la noyade d’un jeune handicapé. Sans le moindre mouvement, sans la moindre expression, juste le lourd regard de la mort. Vue l’audace de certaines scènes, on sort en pensant que la censure hollywoodienne des années 1940 n’était pas si terrible que ça. La Soif du mal, pour le plan qui tue On connaît tous ce monument. Parfois de nom, comme de nombreux Welles. Ou dans un vague souvenir. D’urgence réagir ! Remettre sa mémoire en place, faire émerger les moments fugaces du dessus, rouvrir les portes du Xanadu de notre enfance… La Soif du Mal ? Charlton Heston en policier mexicain, Welles himself en flic pourri dégoulinant de vices, des ombres, des lumières, du baroque pur jus. Et puis Le plan ! Celui qui tue ! Le plus beau. Trois minutes mythiques au bout d’une grue pour la séquence d’ouverture. Il n’en faut pas plus de cinq pour acheter le ticket. La Planète des Singes, pour l’enfant qu’on était Vu et revu. L’original, la suite et les trois ou quatre ersatz qui ont suivi. Mais quelque chose nous attire inexorablement. Pourtant on sait bien quelle tête ils ont ces singes, toutes narines dehors, le cuir rugueux et les oreilles flottantes. Enfant, Charlton Heston vêtu de sa peau de bête trop étroite nous a suivi, du primaire au lycée, au gré des rediffusions télé. En y repensant, des images nous hantent : l’arrivée des trois astronautes sur la planète désertique, Roddy Mcdowall maladroitement grimé derrière le masque du Dr Cornelius, le plan final qui clôt le roman de Pierre Boulle à merveille. Ce film renvoie à l’enfance et à ses interrogations sur la condition humaine. On revoit La machine à explorer le temps balayer l’Histoire jusqu’à l’ère des Morlocks, aujourd’hui ridicules avec leur peau verte et leur longue chevelure blonde. Ou toujours le même Charlton Heston (décidemment !) qui s’extasie devant une fraise, lui qui ne s’est jamais nourri que de Soleil Vert. C’est avec un brin de nostalgie qu’on prendra place une 10e fois pour ce voyage futuriste, en désespérant de ne pas avoir amené les enfants, eux qui n’ont connu dans les récentes versions, que des singes sans intelligence et des hommes dépourvus de rêve. Sabrina, pour la longueur en bouche Ce n’est peut-être pas le meilleur film de Wilder, mais un petit Billy vaudra toujours un grand de beaucoup d’autres. Ses comédies ont les mêmes qualités qu’un grand cru de Bordeaux : de la matière, de l’élégance, de la longueur en bouche. Et recèlent quelque chose qu’on ne comprend qu’après y avoir goûté… Chez BW les schémas propres au genre débouchent sur un examen plus ample des relations qu’entretiennent nos contemporains les uns avec les autres. Ici, ce sont les rapports de classe qui gangrènent la classique comédie romantique. Audrey Hepburn est moins fatale que Gene Tierney, mais infiniment plus jolie qu’une armée de singes. Et bien plus chic. Le grand Humphrey sur talonnettes lui fait les yeux doux ; William Holden joue le parfait bellâtre sans consistance. Et Billy Wilder fait danser toute cette tribu avec sa maestria habituelle. Alors qui aura la belle ? L’homme qui en savait trop, pour le meurtre aux cymbales Mazette, quel été ! On se sentirait presque soulagé d’en venir à bout. On a échappé à une créature mutante des bas-fonds séouliens, à une bombe mortelle prête à tout pour vous posséder, à des singes qui parlent, à la colère de Humphrey et de William et même à la petite culotte de Charlton ! On est le 20 août, la 12e édition d’  À ciel ouvert  s’achève ce soir. Quoi de mieux qu’un Hitchcock pour finir en beauté ? Les mains de James Stewart tachées par le meurtre d’un Daniel Gélin espion, la musique du génial Bernard Hermann, la scène finale du meurtre aux cymbales et Doris Day (mouais !). Efficace bien qu’un peu daté. On découvre sans peine que le film est sorti en 1956. 60 ans tout juste ! Célébrons ce film et ce bon vieil Alfred sans qui le cinéma ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Carrie au bal du diable, pour l’horreur en split screen Cela fait plus de dix ans que l’on n’a plus de si bonnes nouvelles de De Palma. Pas l’obscur chanteur itinérant entraperçu le jour de la fête de la musique sur la route d’une grande place toulousaine. Non ! Là on parle du digne héritier d’Hitchcock, le  frère « de sang »  de Dario le Baroque,  le maître du suspense et des frissons, nourri au lait des pulsions surnaturelles. À la simple évocation de son nom, les vieux amateurs de genre crient au génie. Le nouveau millénaire l’a hélas quelque peu mené dans l’impasse. Raison de plus pour revoir la vengeance de la terrifiante Carrie, jeune fille spéciale et télékinésiste, élevée dans une dévotion extrême par sa « boutinesque » de mère. Tout y est, comme dans un de ses meilleurs films… la séquence d’horreur en split screen, du suspense au ralenti, un final éprouvant, des yeux exorbités faisant tournoyer des couteaux affutés, les stridences du violon de Pino Donaggio (empruntées à Psychose), l’inquiétante Sissi Spacek qui n’a rien d’une princesse et l’affreuse mère incarnée par Piper Laurie qui donne raison à Alfred : « Plus le méchant est réussi, plus le film l’est aussi  ». http://www.lacinemathequedetoulouse.com/programmation/agenda?from=2016-07-04&to=2016-08-04 Enregistrer Enregistrer Enregistrer Enregistrer

  • Polititweet

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  • Tribu : Nakache watch

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  • Le Tour du monde en 6 Toulouse

    Fort Toulouse, Alabama, États-Unis Cet ensemble militaire a été conçu au début du XVIIIe siècle pour défendre la frontière orientale de la Louisiane française. Son nom est un hommage à Louis Alexandre de Bourbon, Comte de Toulouse. Fils de Louis XIV et de Madame de Montespan, ministre de la marine quand le Royaume installait ses colonies aux Amériques, on le disait fort court (pas finaud), mais fort gentil. Le fort se visite, tout comme le parc alentour. L’été, des reconstitutions permettent de se replonger dans la vie quotidienne des Français de Louisiane des années 1700. Toulouse Street, Nouvelle Orléans, Louisiane, États-Unis C’est la rue de la soif du Vieux Carré français, le quartier chaud, jazz, festif et historique de Nola. On s’y vautre la nuit dans le stupre et le jour dans les bergères des musées coloniaux. Pauvre, la ville a le plus fort taux d’homicide des États-Unis. Toulouse, Kentucky, États-Unis Un no man’s land où l’on croise des animaux sauvages et des Rednecks. C’est dans cet État qu’est né le Bourbon. On peut y monter un pur-sang dans un champ de tabac en écoutant du blue-grass. En toute sécurité, puisqu’on compte 134 armes à feu pour 100 habitants, le record national. À visiter avec un gilet pare-balles. Tolosa, Guipúzcoa, Espagne Paisible commune au bord de l’Oria, idéale pour se reposer. À condition d’éviter son carnaval – le plus célèbre du pays basque –, sa feria de la San Juan , sa feria de la cerveza , sa semana de la alubia de Tolosa et, chaque samedi, son mercado del Tinglado. Tolosa, île de Leyte, Philippines Les Toulousains philippins ont été témoins de la plus grande bataille navale de l’histoire, en octobre 1944, et du plus violent typhon jamais observé, en novembre 2013. Sur leurs plages paradisiaques, il n’est pas interdit de faire œuvre de charité. Tolosa, la Plata, Argentine C’est un quartier rectangulaire au bord de la ville des diagonales dans une agglomération parfaitement quadrillée. Les Argentins ont méticuleusement planifié la Province de Buenos Aires. Le rêve d’une société harmonieuse, où toutes les rues seraient des nombres. Enregistrer Enregistrer Enregistrer Enregistrer

  • Côté cour

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