retour haut de page

INTERVIEW

Happycultrice

PAR Julie GUÉRINEAU
Temps de lecture 4 min

Parce que les salariés aspirent aujourd’hui au bonheur au travail, une nouvelle profession venue d’outre-Atlantique a fait son apparition dans les entreprises : le chief happiness officer (CHO). Mais comment distribue-t-on le bonheur à ses collègues ? Boudu a posé la question à Julie Artis, CHO de l’entreprise toulousaine et montpelliéraine Synox, distinguée en janvier par un Master de La Lettre M pour le bonheur au travail.

Qu’est-ce que le bonheur au travail ?

Le bonheur, c’est très subjectif. Mais pour moi, le bonheur au travail, c’est travailler dans un contexte favorable à des relations harmonieuses, éprouver au quotidien des émotions positives, se sentir utile, reconnu, et avoir la capacité de se développer personnellement dans un contexte professionnel, pouvoir utiliser ses compétences pour s’épanouir totalement et être qui on a envie d’être.

Comment êtes-vous devenue responsable du bonheur au travail chez Synox ?

Depuis quelques années, je m’intéresse au développement personnel. J’ai même un blog sur le sujet. Fin 2016, je me suis dit que ce serait intéressant d’appliquer tout ce que j’apprends dans ce domaine au contexte professionnel. J’en ai parlé à mon patron pendant notre entretien annuel et il a accepté que je me lance en parallèle de mon poste de resposable marketing et communication. J’ai aussi suivi une formation à la Fabrique Spinoza (un think tank sur le bonheur citoyen, ndlr).

Comment rend-on les salariés heureux ?

Je suis partisane de la stratégie des petits pas. J’aime bien planter des petites graines un peu partout et voir si ça pousse. D’abord, il faut s’assurer que tout le monde se sente en cohérence avec les valeurs de l’entreprise. Ensuite, je fais de petites interviews vidéo pour valoriser les collaborateurs et leur montrer que ce sont eux qui font la société. Tous les lundi matins, on organise des happy moments. Chacun donne son happy moment de la semaine passée. C’est un petit rien, mais ça permet de donner une énergie ultra-positive pour aborder la semaine. J’ai été surprise par l’engouement que ça a suscité. C’est devenu un rituel. On a aussi les traditionnels afterworks, les séminaires annuels. Et puis, il est essentiel de développer un climat de bienveillance en entreprise. Par exemple, on travaille sur l’écoute active pour que les réunions soient plus sereines.

Le bonheur au travail, c’est bien plus profond qu’un babyfoot et un openspace hors de prix.

Et le babyfoot ?

J’ai poussé un gros coup de gueule après l’émission Capital sur le bonheur au travail. On avait l’impression que le bonheur, c’était juste un babyfoot et de beaux openspaces hors de prix. Alors que c’est tellement plus profond…

Comment mesure-t-on le bonheur au travail ?

Chez Synox, on a développé une application spécifique. Tous les soirs, chacun clique sur le smiley correspondant à son humeur. C’est anonyme et ça nous donne une idée de l’humeur globale. Quand je vois que l’humeur a vraiment été pourrie sur une journée, le lendemain, je leur demande ce qui s’est passé.

Les entreprises sont-elles contraintes de se convertir au bonheur ?

Oui, il est urgent que les organisations revoient complètement leur mode de fonctionnement, ne serait-ce que pour pouvoir continuer à recruter des talents. Quand je rencontre des étudiants, je vois qu’ils sont en quête de sens dans leur future activité professionnelle. Ils ne cherchent pas juste un boulot pour gagner de l’argent. Ils veulent contribuer à quelque chose.

Et dans les générations précédentes ?

Certaines personnes en fin de carrière vont peut-être avoir un peu plus de mal à s’adapter à des entreprises libérées. Culturellement, les salariés ne sont pas habitués à ce qu’on les incite à être eux-mêmes et à apporter du personnel dans la sphère professionnelle.

Prôner le bonheur au travail flatte aussi l’image de l’entreprise qui la prône…

Oui, clairement. Ça permet de valoriser notre image de société fun et dans l’air du temps. Mais ça doit rester au second plan. La démarche de bonheur au travail doit avant tout être une démarche sincère et authentique si on veut qu’elle fonctionne.

On sait que le bonheur améliore aussi la compétitivité. C’est aussi un objectif ?

Oui, complètement. Il est évident qu’il faut faire tourner la boîte. Et pour améliorer la satisfaction client, il faut avant tout s’assurer que nos collaborateurs sont heureux. C’est une relation gagnant-gagnant. 
Mais je le répète, il faut que la démarche soit authentique en premier lieu, et surtout pas pensée en priorité pour augmenter le chiffre d’affaires de l’entreprise. Si ça rend les salariés plus efficaces, tant mieux.

Ce que vous faites dans une entreprise de 15 personnes est-il possible à plus grande échelle ?

De grands groupes comme EDF ou Veolia ont mis en œuvre ce type de stratégies. Mais ça ne fonctionne que si on ne l’impose pas, et si on dispose d’un noyau de personnes impliquée pour amorcer la dynamique. Après, les salariés prennent ou ne prennent pas.

Arrive-t-il que ça ne prenne pas ?

Chez Synox, j’ai tenté de proposer du yoga et des exercices de respiration. Chez les garçons, ça n’a pas pris du tout… Plus sérieusement, il faut aussi accepter que ça ne prenne pas avec tout le monde. Parfois, certaines personnes ne veulent tout simplement pas partager le type de bonheur qu’on veut leur donner. Il y a une part de lâcher prise et d’acceptation assez importante.

Quelles autres qualités faut-il pour être chief happiness officer ?

Il faut être à l’écoute et savoir gagner la confiance de ses collègues. Chacun doit savoir qu’il peut me parler s’il a des problèmes dans son job. Et puis il faut avoir un état d’esprit très positif. Sinon, ça ne marche pas.

Le bonheur et le malheur sont-ils contagieux en entreprise ?

Oui, complètement. Un climat plein d’énergie positive nous incite à partager notre bien‑être avec les autres. Par contre, quand une petite équipe ne va pas très bien, c’est tout le monde qui est tiré vers le bas. Alors le bonheur, c’est l’affaire de tous, et ça se partage.

Et si le CHO n’est pas heureux ?

Très bonne question ! Je travaille dans une petite équipe qui me connaît, et qui est très bienveillante quand elle voit que j’ai un coup de mou. Mais c’est vrai que vouloir tirer les gens vers le haut, ça pompe de l’énergie. Et on te donne moins droit à l’erreur si tu ne te sens pas bien. 

Partagez

  • Éditions trente&un

    32 rue Pierre-Paul-Riquet

    31000 Toulouse

    France

  • ABONNEMENT ET DIFFUSION

    abonnement@editions31.com

  • Rédaction

    redaction@editions31.com

     

  • Commercial

    Nadia KHARBAJOU
    Responsable régie publicitaire
    nadia@laboikos.com
    06 51 65 37 11

    Gaelle KREMER
    Commerciale
    gaelle.kremer@laboikos.com
    06 20 03 13 58

     

Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.