L’art ne fait pas de quartier

À Toulouse, les travaux de la ligne C du métro font râler commerçants, touristes et résidents. Pourtant, au milieu du vacarme des compresseurs et des pelleteuses, dans le quartier Saint-Aubin, une idée originale est née : transformer les tristes palissades en une galerie d’art contemporain à ciel ouvert. Enquête au cœur d’un dialogue inédit où la grisaille du chantier s’efface devant les bombes de peinture.
Pour comprendre comment ce projet s’est développé, il faut descendre sur le pavé. Direction la Colombette, ce quartier à l’identité forte et un brin frondeur, qui cultive depuis l’après-guerre son statut de République libre. C’est ici, en 1945, que les commerçants ont inventé leur célèbre foire annuelle pour écouler les stocks invendus, profitant du passage des Toulousains qui remontaient la rue pour fleurir leurs morts au cimetière de Salonique. 80 ans plus tard, cet esprit de singularité n’a pas quitté les lieux.
Lorsque Tisséo a débarqué, annonçant l’installation d’un chantier massif sur la place des Républicains pour une durée de trente mois, le quartier a d’abord cru devoir entamer une nouvelle révolution. C’est alors que l’association des commerçants et des habitants a proposé un compromis plutôt que de sortir les fourches. « Si on doit bouffer de la poussière pendant trois ans, autant que ce soit dans un cadre artistique », résume un habitué du quartier. L’idée germe : utiliser les palissades de sécurité comme de gigantesques canevas pour des artistes de rue.
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