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L’autre capitale du vin

Dernière mise à jour : 11 janv.


Président de l’Interprofession des vins du Sud-Ouest, Paul Fabre estime que les distinctions européennes obtenues récemment par Toulouse et le vignoble du Sud-Ouest ne sont que justice.


Paul Fabre, président de l'interprofessionnel des vins du sud-ouest.

Certains observateurs taquins ont été surpris par la désignation de Toulouse en tant que « ville européenne du vin en 2023 ». Une revanche ?

Ce n’est pas une revanche. Il ne s’agit pas de se prétendre plus fort que Bordeaux, Dijon, Beaune ou Montpellier, mais simplement de rappeler certains faits objectifs. Le commerce du vin a marqué Toulouse dès sa fondation. On a trouvé près de l’actuelle caserne Niel, lors des travaux du métro, des tonnes d’amphores. Toulouse était un port de reconditionnement du vin, et ses alentours sont longtemps restés couvert de vignes. 


Pourquoi la plupart des Toulousains l’ignorent-ils  ?

Parce que Toulouse ne vit pas du vin comme Bordeaux. Elle n’en demeure pas moins une ville de vin. En atteste, par exemple, son offre colossale en matière de formation (deux écoles d’ingénieurs viticoles, un diplôme national d’œnologie, un BTS, deux diplômes de sommellerie reconnus par l’Éducation Nationale, des formations cavistes…). S’ajoute à cela le vignoble de Candie, propriété, chose rare, de la commune, et donc des Toulousains. Sans oublier le N°5 Wine Bar, quatre fois reconnu meilleur bar à vins du monde.


Qu’attendez-vous de cette distinction ?

En dehors des frontières de l’hexagone, Toulouse est parfois réduite à l’aéronautique et au rugby. C’est l’occasion d’y adjoindre une dimension « bien-vivre », qui colle aux aspirations des citoyens européens. 


Cette distinction européenne semble importante à vos yeux. Vous nous expliquez ?

Elle s’inscrit dans une démarche globale. On a d’abord fait classer tous les vignobles du Sud-Ouest, « itinéraire culturel du Conseil de l’Europe » avant d’obtenir le prix Paolo Benvenuti qui couronne le travail des vignerons en matière de préservation des cépages autochtones. L’Union européenne incite les pays membres à valoriser leurs cultures communes. Or, la vigne et le vin font partie de l’histoire et de l’identité culturelle européenne. L’inscription du vignoble du Sud-Ouest dans le cadre de cet itinéraire culturel est une reconnaissance à l’échelle du continent, et le titre de « ville européenne » consacre Toulouse comme capitale de ce vignoble.


Toulouse, capitale des vins du Sud-Ouest, ce n’était pas forcément évident pour tout le monde !

Nous répétons inlassablement depuis une quinzaine d’années que le vignoble du Sud-Ouest, qui court de l’Aveyron jusqu’au Pays-Basque en empruntant les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, a une linéarité avec Toulouse comme capitale. Tous les vignobles du Sud-Ouest revendiquent Toulouse comme leur capitale.


La capitale d’un pays, on voit à peu près ce que c’est mais celle d’un vignoble… 

Pourtant, c’est important ! C’est LA vitrine de travail des vignerons. La ville dans laquelle, dans bar ou un restaurant, on peut demander un « vin d’ici ». C’est important pour ceux qui vivent sur place autant que pour ceux qui passent. Le souvenir d’une bonne bouteille de vin marque le lieu et le temps. La dimension symbolique du vin est primordiale.


Quelles sont les autres ? 

Elles sont nombreuses. Historique, paysagère, religieuse, spirituelle… et culturelle au sens large du terme. C’est précisément cette dimension culturelle que notre ville a envie de défendre. Des artistes s’en emparent, à la Cave Poésie par exemple qui ritualise des lectures œnologiques, au Taquin où des concerts mêlent vin et jazz ou via le collectif Pfff (voir reportage). Cette dimension culturelle décloisonne et relie les vignobles du Sud-Ouest atour de leur identité commune. 


Qu’est-ce qui peut bien relier les vignobles aveyronnais, basque ou tarnais ?  

Leur histoire commune, et leur choix de capitaliser sur cépages autochtones. Coincé entre Pyrénées, océan et Massif central, le vignoble se trouve dans une zone plus humide que celles dans lesquelles s’épanouissent la plupart des vignes. Ces conditions ont permis de conserver sur le territoire des lambrusques, des vignes sauvages, à l’origine des cépages domestiqués. De nombreux cépages sont ainsi nés ici. Les pèlerins ont en outre amené des cépages qui se sont mêlés à ceux du Sud-Ouest. On a chez nous des cépages qu’on ne trouve qu’ici… mais qui sont d’ailleurs ! J’aime cette idée d’autochtone métissé. 


Les points forts de cette année ?

Incontestablement la fête des vendanges en octobre, place du Capitole qui précèdera 

l’assemblée des villes européennes du Vin et l’assemblée des régions viticoles européennes qui se déroulera dans l’hémicycle du Conseil régional. Plus une multitude de manifestations diverses et variées. 


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